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Dossier

Outils de diagnostic : la complémentarité est de mise

Le Lien Horticole - n°742 - mars 2011 - page 16

Le suivi très concret de deux hêtres pourpres permet de bien comprendre les enjeux liés à la fois à l'expertise et à l'utilisation des outils auxquels l'expert fait appel.
Les méthodes de diagnostic ont beaucoup progressé ces dernières années, avec des analyses plus fines, mais aussi des interprétations plus délicates. Ci-dessus, un expert utilise un résistographe. Cet outil permet de mesurer la résistance que le bois oppose à la pénétration d'une mèche de quelques millimètres de diamètre. Il offre la possibilité de déceler des cavités internes ou des parties de bois qui ont perdu toute consistance. PHOTO : YAËL HADDAD

Les méthodes de diagnostic ont beaucoup progressé ces dernières années, avec des analyses plus fines, mais aussi des interprétations plus délicates. Ci-dessus, un expert utilise un résistographe. Cet outil permet de mesurer la résistance que le bois oppose à la pénétration d'une mèche de quelques millimètres de diamètre. Il offre la possibilité de déceler des cavités internes ou des parties de bois qui ont perdu toute consistance. PHOTO : YAËL HADDAD

Le suivi de deux hêtres pourpres du parc de l'Orangerie par la cellule expertise du département « arbres » de la ville de Strasbourg a été présenté en détails lors du colloque de la SFA à Strasbourg, en septembre dernier. Pour le premier, le diagnostic visuel a révélé en 2005 une faible vigueur du houppier, un aspect clairsemé avec des branches mortes et dépérissantes. D'anciennes plaies de taille sont visibles sur le tronc, ainsi que des fructifications du pourridié racinaire au niveau du collet. Ces observations faisant soupçonner une altération remontante, une mesure au tomographe (voir l'encadré ci-dessous) est préconisée. Elle révèle une image typique d'une pourriture de forme alvéolaire. Les préconisations d'intervention sont la suppression des axes morts et dépérissants et le suivi régulier par le gestionnaire responsable du secteur. Il peut signaler ainsi tout changement significatif sur l'arbre.

La tomographie couplée à un test de traction

En 2006, une tomographie de contrôle est réalisée au collet, après le diagnostic visuel annuel de routine. Le résultat montre un foyer de pourriture beaucoup plus étendu qu'en 2005. Une seconde mesure similaire, réalisée avec des points de mesure différents confirme ce diagnostic. Un essai avec un tomographe à courant électrique complète les analyses. La surveillance par le gestionnaire est maintenue. En 2007, l'arbre présente un dépérissement au niveau de l'extrémité des branches.

Une tomographie avec un plus grand nombre de points permet d'affiner le diagnostic en prenant mieux en compte les contreforts présents au pied de l'arbre. Elle est complétée par un test de traction pour répondre aux interrogations concernant l'ancrage de l'arbre et le risque de rupture au collet.

Son analyse conduit à considérer l'arbre comme fiable d'un point de vue structurel. En 2008, le sujet présente une plus grande quantité de bois mort et le contrôle réalisé avec le tomographe montre un foyer de pourriture moins étendu que les années précédentes. D'après le fabricant, ce résultat serait lié à des phénomènes internes au bois, mal connus, pouvant impacter les mesures. La surveillance se poursuit et des opérations de mulchage au pied de l'arbre sont mises en oeuvre pour limiter le piétinement du public. En 2009, le tomogramme de contrôle est proche des mesures prises en 2006 et en 2007. Les mesures réalisées au cours de l'année 2010 par plusieurs experts dans le cadre du colloque confirment l'extension du foyer de pourriture et un risque de rupture présent, mais elles autorisent le maintien de l'arbre vu le contexte environnant.

Le résistographe pour une mesure complémentaire

Sur le second hêtre expertisé, le suivi est réalisé depuis 2006. Cet arbre ne présente pas un historique d'élagage ou de travaux au pied, mais l'analyse visuelle révèle une faible vigueur, un houppier clair et au collet des fructifications anciennes de ganoderme. L'arbre présentant un point de greffe marqué au collet, deux tomogrammes sont réalisés de part et d'autre de ce point. Le tomogramme supérieur montre une altération limitée tandis que celui situé en dessous s'avère difficilement interprétable du fait de la présence de zones d'écorces incluses entre les contreforts racinaires.

Des mesures au résistographe dans cette zone montrent la présence d'une dégradation importante. Le seul moyen d'affiner cette investigation basale est d'utiliser le test de traction pour connaître l'ancrage et le risque de rupture au collet. L'arbre est considéré comme fiable d'un point de vue structurel. En 2008, le tomogramme de contrôle est fait au-dessus de la greffe et révèle un foyer de pourriture plus étendu qu'en 2006.

Sachant que selon le type de ganoderme, l'action du champignon est plus ou moins rapide, l'identification précise du champignon est réalisée. Il s'agit de Ganoderma adspersum dont l'évolution est lente. Les tomogrammes de 2009 sont proches de ceux effectués en 2008. Les tests de traction réalisés par deux experts en 2010 aboutissent aux mêmes conclusions : l'arbre peut être maintenu car le risque de rupture au collet ou de basculement de l'arbre entier existe mais reste faible.

Partage d'expériences pour un diagnostic plus juste

Pour Christophe Marx, en charge de la cellule « expertise » au sein du département « arbres » de la ville de Strasbourg, les diagnostics approfondis annuels ne constituent qu'un quart du travail. Le département « arbres » suit 70 000 sujets avec différents niveaux. Le souci de l'expert est d'apporter un diagnostic le plus juste possible. Le partage d'expériences avec d'autres professionnels est primordial. L'utilisation de plusieurs outils permet de croiser les avis. La remise en question des méthodes d'investigation est nécessaire pour quantifier au mieux le risque. Le plus souvent possible le diagnostic est comparé à l'altération réelle, lorsqu'un abattage est réalisé. Cela permet d'affiner au fil du temps les diagnostics.

Quatre instruments et leurs caractéristiques

Le marteau permet de repérer les zones susceptibles de présenter des cavités cachées. Quand on frappe l'écorce, l'arbre sonne « creux » là où le bois est altéré. Depuis quelques années, le marteau à ondes sonores a fait son apparition. Il s'appuie sur le principe que ces ondes ne se propagent pas à la même vitesse selon la densité du matériau traversé.

Le résistographe permet de mesurer la résistance que le bois oppose à la pénétration d'une mèche de quelques millimètres de diamètre. Le résultat peut être tracé en simultané à l'échelle 1 sur une bande de papier. Cet outil offre la possibilité de déceler des cavités internes ou des parties de bois qui ont perdu toute consistance. La mesure est quantitative mais elle se fait sur un axe donné. Les experts réalisent souvent plusieurs points de mesure dans des axes opposés et à différentes hauteurs. L'analyse en trois dimensions de l'altération est peu précise si l'on utilise ce seul outil. Mais le résistographe est rapide à utiliser, peu coûteux et permet de confirmer un diagnostic visuel.

Le tomographe. Deux modèles sont actuellement présents sur le marché. Ils mesurent la vitesse de propagation des ondes sonores ou la résistivité électrique du bois. Plus le nombre de capteurs qui sont installés sur l'arbre est important plus la mesure devient précise. En fonction des données géométriques du plan dans lequel la mesure a été effectuée, le système restitue une « image » des tissus sous la forme d'une carte 2D en couleurs, le tomogramme. En combinant les deux types de tomographes, il est possible d'affiner le diagnostic.

Le test de traction est une méthode qui se développe depuis une dizaine d'année en France. Élaboré par deux experts allemands, il est basé sur la statique intégrée de l'arbre (SIA), mais ce test constitue une étape complémentaire. L'élastomètre, fixé sur le tronc, permet de mesurer l'allongement des fibres du bois lorsque qu'une charge équivalente à un vent de 120 kilomètres à l'heure est exercée. Cette valeur, comparée à des données connue pour l'espèce, permet d'évaluer le risque de rupture du tronc. L'inclinomètre, fixé au niveau du collet, mesure le degré d'inclinaison du socle racinaire subissant cette même charge. Il apporte une information sur l'ancrage et le risque de basculement. Du fait de la complexité des calculs et de leur interprétation, seul un expert spécialisé peut réaliser ce type de diagnostic.

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