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Technique

Gazons et espaces verts demandent avant tout un sol fertile

Claude Thiery - Le Lien Horticole - n°751 - mai 2011 - page 8

Aérer le sol, lui permettre de stocker des éléments fertilisants et de les restituer à la plante, maintenir son taux de matière organique constituent les bases de la vie des végétaux qu'il accueille...
Le stade des Alpes, à Grenoble, a été le siège, en février, d'une journée technique sur la fertilité des sols. Aérés et riches en matière organique, ces derniers permettent d'assurer la bonne santé du couvert végétal.

Le stade des Alpes, à Grenoble, a été le siège, en février, d'une journée technique sur la fertilité des sols. Aérés et riches en matière organique, ces derniers permettent d'assurer la bonne santé du couvert végétal.

L'aération du sol est une opération indispensable pour permettre l'oxygénation, gage de bon fonctionnement des racines et de la vie microbienne.

L'aération du sol est une opération indispensable pour permettre l'oxygénation, gage de bon fonctionnement des racines et de la vie microbienne.

Les arbustes et les pelouses sont concernés au même titre que l'ensemble des espaces verts par les problèmes de fertilité du sol : aération, richesse en matière organique, capacité à nourrir les plantes...

Les arbustes et les pelouses sont concernés au même titre que l'ensemble des espaces verts par les problèmes de fertilité du sol : aération, richesse en matière organique, capacité à nourrir les plantes...

Comment améliorer la fertilité des sols en espaces verts et plus particulièrement ceux destinés aux gazons ? Tel était le thème abordé lors de la journée technique organisée par la société Echo Vert Rhône- Alpes, le 24 février dernier au stade des Alpes à Grenoble. L'intervenant Hervé Éric Cochard, agronome spécialiste des sols, est revenu sur les différentes propriétés du sol, et a rappelé qu'une plante saine dépend, avant toute chose, de la qualité du sol sur lequel elle est cultivée. Pour lui, la fertilité est l'aptitude de la terre à assurer de façon régulière et répétée la croissance des végétaux. Cette fertilité résulte des différentes propriétés du sol : physique, chimique et biologique. L'améliorer, c'est agir sur l'ensemble de ces différentes propriétés.

1 L'OXYGÉNATION DU SOL EST LA BASE DE LA FERTILITÉ. Ni les racines des végétaux, ni les micro-organismes ne peuvent fonctionner correctement en cas d'aération insuffisante du sol. Pire, dans un sol peu aéré, une matière organique en cours de décomposition peut capter le rare oxygène présent et rendre le milieu asphyxiant pour les racines. L'observation du profil cultural permet de se faire une bonne idée de l'état d'aération. Dans un sol fertile, l'air, comme l'eau, occupe environ 25 % du volume. Un sol compacté, une absence de drainage, voire, sur un gazon, une accumulation de feutre, peuvent être la cause d'un manque d'aération. Des racines de graminées de couleur rouille indiquent un milieu peu aéré. Intervenir sur les propriétés chimiques ou biologiques du sol (fertilisation et amendements) ne sert à rien si l'on n'a pas au préalable rétabli une aération suffisante du sol. Sur un gazon, on peut agir sur le drainage en profondeur ou en surface (fentes de suintement) par des aérations régulières (carottages et sablages) ou les défeutrages. Une forte activité de vers de terre, c'est l'équivalent de deux à trois aérations mécaniques. Le vers de terre est le meilleur agent naturel de la structure mais peut causer bien des désagréments en sols sportifs. Les brins d'herbes issus d'une tonte mulching ne se décomposent pas en sol mal aéré et s'accumulent sous forme de feutre rendant le milieu encore plus asphyxiant. Ce phénomène peut aussi se produire sur un sol très filtrant mais pauvre en matière organique et micro-organismes. Le feutrage se produit sur les sols à faible activité biologique. Après un défeutrage, il est conseillé d'apporter des amendements organiques pour réactiver l'activité biologique.

2 LA CEC (CAPACITÉ D'ÉCHANGE CATIONIQUE), ou quantité de cations qu'un sol peut retenir sur son complexe absorbant à un pH donné, est un élément important de la fertilité. Elle est apportée par les argiles et surtout par l'humus. En ce qui concerne l'argile, les analyses texturales nous indiquent la proportion des différents éléments physiques : sables, limons et argiles en fonction de leur granulométrie. Tous les éléments inférieurs à 2 microns sont classés argiles, mais il faudrait déterminer le type d'argile pour pouvoir interpréter correctement l'analyse. En effet, des limons très fins peuvent entrer dans cette granulométrie sans avoir les propriétés chimiques de l'argile. De plus, selon le type d'argile (montmorillonites, kaolinite...), la CEC est très variable. Certaines argiles ont par exemple la capacité de retenir fortement certains cations comme le potassium. Des sols très argileux avec une CEC supérieure à 30 peuvent créer les mêmes situations de blocage. Dans ce type de sols, sans une forte activité microbienne, les racines des végétaux ont difficilement accès à ces éléments bloqués. Il est difficile de changer la texture du sol, on peut tout au plus l'améliorer. L'apport d'une argile à forte capacité de rétention comme la zéolite peut, dans des sols très filtrants, renforcer une CEC insuffisante.

3 LE TAUX D'HUMUS DANS LES SOLS se situe entre 2 et 2,5 % en sols sableux, et jusqu'à 3,5 % en sol très argileux. Dans un sol très sableux, l'humus est essentiel pour la rétention de l'eau et la CEC. Sur les sols très argileux, l'humus est l'élément qui garantit la stabilité structurale, son taux doit être proportionnel au taux d'argile (environ 1/10e du taux d'argile). Ainsi un sol avec un taux d'argile de 30 à 35 % doit idéalement présenter un taux d'humus compris entre 3 et 3,5 %. Les analyses de sol indiquent le taux de matière organique, dont un tiers est constitué de matière organique dite libre, facilement minéralisable et à évolution rapide, et deux tiers de matière organique dite liée, stable et à évolution lente (humus). Sur un sol sportif, le pourcentage des matières organiques libres peut être supérieur à 50 %. Pour ne pas fausser les analyses lors des prélèvements, il convient de ne pas mélanger les couches profondes et les couches superficielles pour éviter de diluer les résultats. De même, ne pas prendre les 2 premiers centimètres du sol, souvent riches en matière organique fraîche non dégradée (litière). Sur un massif arbustif, on fera un premier échantillon entre -2 et - 20 cm et un second échantillon pour la profondeur comprise entre -20 et -60 cm. Pour une pelouse, une analyse jusqu'à une profondeur de -15 à -20 cm peut suffire, mais une analyse plus profonde peut être intéressante en cas de problème de drainage. Sur sol sportif, l'essentiel de l'alimentation se fait entre -10 et -15 cm.

4 L'HUMUS STABLE DISPARAÎT PAR MINÉRALISATION au rythme d'environ 2 % par an, soit entre 1,2 et 2 tonnes d'humus par hectare. Cette perte doit être compensée par de nouveaux apports de matière organique, c'est ce que l'on appelle le bilan humique. Sur un gazon, ce bilan est théoriquement légèrement positif, en grande partie grâce aux déchets racinaires. Encore faut-il que cette matière organique se dégrade (sol aéré et avec une bonne activité biologique). La minéralisation de l'humus fournit chaque année entre 60 et 100 unités d'azote par hectare (l'humus contient 5 % de son poids en azote). Ces restitutions doivent être intégrées dans les plans de fumure. Ainsi, un sol fertile, avec un bon taux d'humus, a peu besoin de fertilisants. Il faut également compter avec la restitution des déchets de tonte. Maintenir un sol riche en humus constitue aussi le meilleur moyen d'apporter des oligoéléments.

5 MORT OU VIVANT, LE CARBONE DANS LE SOL est la base de la vie des micro-organismes. L'essentiel du carbone du sol provient des végétaux et a été accumulé à partir du CO2 capté au niveau des feuilles par la photosynthèse. Les microorganismes régissent la transformation de la matière organique et l'absorption racinaire. L'activité microbienne dépend de plusieurs facteurs : température, aération, pH, présence de carbone et d'azote. Elle est à son optimum à 30 °C. À 10 °C, elle est très faible, aussi les apports d'amendements et d'engrais organiques ne doivent s'effectuer que sur un sol réchauffé. Les engrais organiques d'origine animale ont une action pratiquement aussi rapide qu'une fumure minérale, mais agissent fortement sur la biomasse microbienne. Une rhizosphère active limite les gaspillages d'éléments fertilisants, notamment l'azote : les bactéries et champignons mobilisent temporairement les nitrates et les restituent progressivement. Le meilleur moyen de retenir les nitrates, c'est une culture pérenne (racines) et une forte activité microbienne. Une forte activité microbienne, c'est aussi plus de déblocages d'azote insolubilisé dans les matières organiques. L'emploi répété de pesticides risque de tuer la vie microbienne du sol. Ils ne devraient être utilisés que lorsque le niveau de parasitisme n'est plus acceptable, il faut peut-être relever ce seuil d'acceptabilité. Certains produits sont plus dangereux que d'autres. Les fongicides, par exemple, s'accumulent au niveau des racines et perturbent l'activité racinaire (excepté l'Aliette, qui a un effet plutôt phytostimulant). Par contre un sol vivant peut favoriser la dégradation des pesticides.

6 S'IL EST FACILE D'AMÉLIORER L'ÉTAT BIOLOGIQUE DU SOL par des amendements organiques, il est toutefois nécessaire de bien connaître leur composition. Ils se définissent par rapport aux différentes fractions qu'ils renferment : fractions solubles, hémicellulose, cellulose, lignine, matières minérales. La fraction soluble riche agit rapidement sur la biomasse microbienne mais ne formera pas d'humus. Au contraire, la cellulose et la lignine ont peu d'action par rapport à cette biomasse, mais enrichiront le sol en humus (lignine = humus stable à long terme). Le nouvel indice Ismo (Indice de stabilité de la matière organique) indique comment va évoluer la matière organique et constitue un outil de comparaison des différents produits. Plus cet indice est élevé, plus le produit est apte à produire de l'humus. En création de gazon ou plantation, on privilégiera les produits à fort potentiel en humus (Ismo > à 50 %). Si le sol est déjà suffisamment pourvu en humus, ou en entretien, on choisira plutôt les produits agissant sur la biomasse.

7 QUELQUES MILLIMÈTRES AUTOUR D'ELLE, LA RACINE EXCRÈTE DES SUCRES qui profitent aux micro-organismes. Ces derniers produisent des vitamines et des antibiotiques qui stimulent et protègent les plantes. Par exemple, on n'a pas de Pythium sur un sol biologiquement riche. On peut augmenter ces effets par des apports de microbes antagonistes comme les Trichoderma pour leurs propriétés fongiques. Les extraits d'algues contenus dans certains amendements ont des effets éliciteurs (aident la plante à se protéger d'un stress). Les mycorhizes sont des champignons symbiotiques qui se nourrissent des sucres synthétisés par la plante. En échange, ils augmentent, par leur mycélium, la zone de prospection racinaire en fournissant de l'eau et des éléments fertilisants. Plus d'un tiers des éléments fertilisants peuvent être apportés par les mycorhizes. Ils existent naturellement dans un sol normal. En cas de culture sur un sol inerte, on peut enrichir en mycorhizes. Un sol biologiquement actif, c'est donc à la fois une croissance végétale forte, une défense renforcée des végétaux et une économie budgétaire : plus de restitution d'éléments fertilisants, captage des éléments minéraux par la biomasse du sol (moins de lessivages et de pollution).

Fertilisation organique sur sol sportif : l'exemple de Saint-Quentin-Fallavier

Les terrains sportifs de Saint-Quentin- Fallavier (38), établis sur des sols très filtrants, sont depuis plusieurs années uniquement fertilisés en organique. Un apport (250 à 300 kg/ha) d'Orgagold (gamme Echovert), comptant NPK 6-3-12 + 12 de soufre (60 % MO) est réalisé en mars, suivi en juin et septembre de deux apports d'Orgalite sport 9-3-10 + 8 S + 8 Ca + 3 mg (32 % MO) et enrichi en algues marines et zéolite. Stéphane Barthélemy, qui dirigeait le service espaces verts jusqu'à la fin de l'année 2010, estime que les apports en éléments fertilisants ont été divisés par deux par rapport à une fumure uniquement minérale pour des résultats supérieurs, notamment en terme de résistance à la sécheresse. Si sur le terrain non arrosé le gazon jaunit au cours de l'été, la reprise de la végétation est, quant à elle, quasi immédiate dès les premières pluies, conséquence d'un enracinement plus profond. Autre effet d'une bonne activité microbienne, il n'y a pas d'accumulation de feutrage malgré le fait que le gazon, tondu deux à trois fois par semaine, ne soit pas ramassé.

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