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Marchés

Changement climatique : la réponse végétale reste à construire

Jean-Michel Groult - Le Lien Horticole - n°751 - mai 2011 - page 16

L'évolution du climat ouvre-t-elle la voie à un marché dans le secteur des ligneux ? À l'heure actuelle, c'est surtout la production de plants forestiers qui est concernée. Pourtant, d'autres pistes prometteuses restent à explorer.
Les plantes de haies (et les arbres tiges) apparaissent comme les catégories de végétaux de pépinière qui peuvent être les plus réactives en matière d'adaptation aux évolutions des conditions climatiques.

Les plantes de haies (et les arbres tiges) apparaissent comme les catégories de végétaux de pépinière qui peuvent être les plus réactives en matière d'adaptation aux évolutions des conditions climatiques.

Localisation      L'aubépine du Roussillon (Crataegus × ruscinonensis) est une essence locale pour laquelle il n'y aura pas de concurrent !

Localisation L'aubépine du Roussillon (Crataegus × ruscinonensis) est une essence locale pour laquelle il n'y aura pas de concurrent !

Environnement      La notion de « puits de carbone » ne motive pas l'achat de ligneux comme Prunus avium, pas plus que le changement climatique.

Environnement La notion de « puits de carbone » ne motive pas l'achat de ligneux comme Prunus avium, pas plus que le changement climatique.

Exotisme      À ce jour, on constate qu'il n'existe pas encore de demande pour le Brachychiton discolor (baobab australien).

Exotisme À ce jour, on constate qu'il n'existe pas encore de demande pour le Brachychiton discolor (baobab australien).

S'il est un domaine où l'on peut observer des changements, c'est celui de la sylviculture, qui a fait l'objet d'études très documentées, le secteur ayant un poids économique et culturel considérable. Dans les forêts, le dépérissement de certaines essences a des conséquences pour le producteur de plants forestiers, qui doit effectuer des choix pour répondre aux modifications du marché. Cela ne concerne toutefois que le secteur de la production forestière.

L'horticulture ornementale devra encore attendre un peu avant de faire l'objet de recherches aussi poussées que pour la forêt. En attendant, on constate l'apparition d'évolutions dans le secteur des arbres d'alignement. On a observé à Menton, il y a quelques années, la constitution d'un mail intégrant des espèces de milieu désertique, comme les baobabs australiens (Brachychiton) et des érythrines. Dans une aire plus vaste, couvrant la vallée du Rhône et le Languedoc, les échos des services des espaces verts se révèlent favorables au développement du margousier (Melia azedarach) ainsi qu'aux différentes espèces de micocoulier (Celtis) ou au poirier de Chine (Pyrus calleryana). De nombreuses réalisations récentes révèlent la mise à l'écart, dans les régions méridionales, des essences septentrionales comme le bouleau ou le hêtre. Tous ces signes sont si ténus et disparates qu'on peut se demander s'ils représentent une vraie tendance ou une simple coïncidence. Après examen des appels d'offres lancés par les communes de la moitié sud de la France, rien ne permet de confirmer une évolution importante du marché de l'arbre d'alignement, changement climatique ou pas ! Si le prescripteur public lui-même ne modifie pas sa demande, il n'y a pas de raison objective pour que le consommateur particulier le fasse. En outre, si l'évolution de la forêt face aux changements climatiques connaît une certaine médiatisation auprès du grand public, les autres types de plantes ne sont jamais mentionnés... pour l'instant. Les hivers précédents poussent le consommateur à ne pas accorder autant d'importance au changement climatique qu'il y était invité il y a quelques années. Il y a fort à parier que le consommateur n'a pas d'attente en matière de ligneux s'accommodant des changements climatiques. Quoique...

Du local plutôt que du global

Ce n'est pas parce que le consommateur ne semble pas prêt à acheter en fonction d'impératifs climatiques qu'il refusera de changer sa perception des ligneux. Il ne recherche pas les produits les mieux adaptés, ni même à constituer des puits de carbone. En revanche, il appréciera d'être rassuré dans ses choix. En particulier, le marché des plantes de haies offre des opportunités peu exploitées. La haie régionale a du mal à entrer dans les mœurs. Bien sûr, les CAUE (Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement) jouent un rôle de prescripteurs, mais restent peu audibles du grand public. Or, les structures intercommunales prennent le relais, épaulées par les agences (eau, environnement) ou des associations parapubliques. Les plans locaux d'urbanismes (PLU), s'ils hésitent à traduire cette volonté en termes réglementaires, commencent à s'intéresser à la problématique. Tout ceci crée un contexte favorable à une consommation de plantes de haies différente, basée sur le caractère local ou typique de la gamme proposée. La dimension locale se révèle plus facile à valoriser que la notion de durabilité. Paradoxalement, la difficulté à surmonter pour investir ce marché ne réside pas dans la diffusion mais dans la mise sur pied d'une gamme. Elle doit être suffisamment typée pour créer une image différenciante de la production de masse et correspondre à un prix ajusté. Mais contrairement à d'autres secteurs, les essences locales souffrent d'investissements insuffisants, voire inexistants en matière de recherche variétale. La valeur ajoutée se trouve pourtant là, par rapport aux plantes de haies classiques. Il y a un gros travail à faire pour élargir la palette en sélectionnant dans des ressources locales disparates.

Par ailleurs, on doit s'attendre à une augmentation des coûts de production liés à la multiplication des problèmes phytosanitaires. Selon l'Inra, chaque année nous apporte une nouvelle espèce de puceron dans les cultures, depuis maintenant vingtcinq ans. Ces conditions imposent de bien définir à l'avance son positionnement. Mais il y a sans doute moyen, pour le producteur, de trouver des relais locaux de commercialisation, en plus de la vente directe ou en lots. La régionalisation de la gamme la préserve d'une certaine concurrence et par sa dimension de terroir peut trouver des débouchés nouveaux (auprès des Cuma par exemple). Autant de pistes à explorer pour le producteur attentif à ce qui se passe autour de lui, au moins en diversification plutôt qu'en pécialisation.

Des rythmes de croissance qui s'accélèrent

L'Inra s'est mis en ordre de bataille pour dresser un bilan de la production forestière, à travers plusieurs projets, dont une étude sur l'accroissement des arbres menée par le centre de Nancy. Cette étude a par exemple mis en évidence que s'il faut actuellement attendre 90 ans pour qu'un hêtre atteigne un diamètre de 60 cm, il fallait 150 années en 1850. Sur le chêne sessile, on constate un accroissement de la hauteur moyenne d'un mètre tous les dix ans, pour des arbres âgés de 100 ans. Cette « accélération de la croissance » s'accompagne de phénomènes de dépérissement (en particulier sur sapin, chêne pédonculé, pin d'Alep...) dont les causes ne sont pas encore complètement élucidées. Il semble que l'étalement de la période de végétation (surtout en automne) fragilise les sujets. L'Inra rappelle toutefois que l'augmentation de la température et du CO2 atmosphérique ne saurait être le seul facteur invoqué dans cette évolution, car les apports exogènes d'azote en milieu forestier ont également augmenté depuis 1950.

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