Retour

imprimer l'article Imprimer

dossier - Moyens alternatifs

Pomme, poire, etc. et toile, Alt'Carpo se développe

Guilhem Sévérac* - Phytoma - n°632 - mars 2010 - page 18

Alt'Carpo a fait ses preuves en vergers contre le carpocapse, intéresse contre d'autres insectes et étend ses filets sur la toile internet
 ph. G. Sévérac

ph. G. Sévérac

Remontage des filets Alt'carpo monorang juste avant la récolte, sur l'un des 41 vergers suivis. Les derniers comptages sont faits à ce moment.

Remontage des filets Alt'carpo monorang juste avant la récolte, sur l'un des 41 vergers suivis. Les derniers comptages sont faits à ce moment.

Portrait de l'auteur, G. Sévérac, dans un verger de pommier géré en Alt'Carpo monorang (appellation non contrôlée !), lequel a confirmé son intérêt en 2009.

Portrait de l'auteur, G. Sévérac, dans un verger de pommier géré en Alt'Carpo monorang (appellation non contrôlée !), lequel a confirmé son intérêt en 2009.

Élaboré en 2005 par Guilhem Sévérac (Chambre d'Agriculture du Vaucluse) puis validé expérimentalement en 2006, en collaboration avec Lionel Romet (GRAB, Groupe de recherche en agriculture biologique), le concept Alt'Carpo se développe en vergers depuis 2007. Cette méthode de protection alternative contre le carpocapse des pommes et des poires est basée sur l'utilisation de filets pour établir une barrière physique autour des arbres. Voici le quatrième article dans Phytoma consacré au sujet (1). C'est un rapport d'étape sur les résultats 2009 en vue de la campagne 2010.

En 2009, le carpocapse a été particulièrement virulent en Provence. La pression est comparable à celle de 2003 et on se souvient que l'année suivante, compte tenu de l'inoculum, la situation avait été très critique. C'était d'ailleurs dans ce contexte qu'était né, en 2005, le concept Alt'Carpo. En 2009, on a eu 3 générations très actives et même une quatrième, plus modérée. Les dégâts occasionnés par ce ravageur ont été importants dans de nombreux vergers.

Comme les années antérieures, un suivi d'un réseau de 45 parcelles équipées de protection Alt'Carpo a été réalisé. Sur ces vergers, c'était l'unique moyen de protection, il n'y avait ni confusion sexuelle, ni traitements.

41 vergers mono-rangs : moins d'une pomme sur 1 000 piquée à la récolte

Malgré ce niveau d'infestation, les protections Alt'Carpo ont globalement bien fonctionné.

Ainsi, sur les 41 vergers en système monorang que nous avons suivis, on a enregistré, en moyenne, 0,5/1 000 fruits piqués en fin de G1 (Figure 1).

À la récolte, la moyenne est de 0,7/1 000 ; 4,9 % des vergers, soit 2 parcelles sur 41, ont entre 0,5 % et 1 % de dégâts (5 à 10 fruits piqués sur 1 000). 9,8 % de l'effectif, soit 4 vergers, ont des dégâts inférieurs à 0,5 % (5 fruits piqués sur 1 000) et 85,3 %, soit les 35 autres, n'ont aucun dégât (Figure 2).

Les résultats depuis 2006 laissent apparaître un niveau de dégâts moyen qui varie de 5 à 8/10 000 fruits piqués toutes situations confondues (soit 0,5 à 0,8 sur 1 000).

Il s'agit de moyennes, une très grande majorité des parcelles ne présentant aucun dégât. Cependant, comme les saisons passées, on a observé de faibles dégâts sur certains vergers.

Ces derniers sont situés systématiquement dans un environnement difficile.

Ces quelques piqûres sont regroupées en foyers situés dans la périphérie de l'arbre et plutôt sur les fruits proches du filet. Elles sont liées à des pontes déposées directement sur les feuilles ou les fruits qui touchent le filet.

4 vergers mono-parcelle : 3 où les dégâts ne dépassent pas 1 pour 1 000 (0,1 %)

Les 4 vergers en Alt'Carpo mono-parcelle ont en moyenne 0,15 % de dégâts en fin de G1 et 0,7 % à la récolte (7 fruits piqués sur 1 000).

La figure 3 montre qu'en fait, une seule parcelle est concernée avec 2,7 % de dégâts à la récolte (27 fruits piqués sur 1 000). Deux autres n'en ont pas et la dernière 0,1 % (1 pour 1 000).

Le suivi de 2009 confirme ceux de 2007 et 2008 : il n'y a pas d'accouplement dans l'enceinte du filet. D'ailleurs, dans le verger qui a connu des dégâts, les premières piqûres ne sont apparues que mi-juin soit environ 6 semaines après les premières éclosions. Elles ne sont donc pas liées à des populations se développant sous le filet, lequel perturbe les accouplements, mais à des femelles fécondées à l'extérieur.

La répartition des dégâts est assez caractéristique : répartition graduelle des piqûres progressant à partir d'un foyer situé en bordure.

... et un verger à 2,7 % sous un « toit » anti-grêle sans croisement

En système mono-parcelle, le choix d'une maille anti-grêle sur la partie horizontale exige d'être particulièrement vigilant car l'efficacité peut être incomplète. En effet les expérimentations antérieures ont montré que près d'un papillon sur 2 est capable de traverser cette maille en condition de laboratoire, et ont confirmé des différences d'efficacité en verger en fonction du type de maille utilisé.

De plus, sur la parcelle présentant des dégâts, les filets de la partie horizontale ne sont pas croisés. Il s'agit d'un système anti-grêle à rigole centrale refermée par des épingles. Ce type d'installation ne répond pas aux préconisations car l'étanchéité insuffisante amplifie les pénétrations de papillons dans l'enceinte.

Concrètement, les protections Alt'Carpo fonctionnent très bien en milieu contrôlé sans foyers proches. Et même sur des parcelles exposées à une forte pression, on n'a pas systématiquement des dégâts. Ainsi, depuis 2006, certains vergers en Alt'Carpo mono-rang et mono-parcelle situés dans des environnements très difficiles restent indemnes.

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'en situation de très forte pression on peut, parfois mais pas toujours, avoir des dégâts. Relativement faibles en Alt'Carpo mono-rang, ils peuvent être plus prononcés en Alt'Carpo mono-parcelle. Dans ces situations, il vaut mieux choisir un Alt'Carpo mono-rang. Sinon, en optant pour un Alt'Carpo mono-parcelle, il faut accepter que la protection puisse n'être que partielle.

Alt'Carpo, poirier et tordeuse orientale

Des expérimentations ont également été conduites sur poirier pour lutter contre la tordeuse orientale. Les partenaires étaient la Chambre d'agriculture du Vaucluse, OP Conserve Gard, la société Filpack et la Station expérimentale La Pugère.

Les essais ont été mis en place sur des vergers de William's qui, en 2008, avaient subi de fortes attaques de cette tordeuse.

Sur un même site, on a comparé un verger en protection chimique et des vergers en protection Alt'Carpo mono-rang, l'un avec uniquement un filet de maille 4 x 4 et l'autre avec une maille 4 x 4 sur une partie et sur l'autre partie une maille plus petite (5 x 4).

Sur des parcelles voisines de la variété William's, il y avait également un essai confusion sexuelle tordeuse orientale.

Des traitements ont été réalisés jusqu'à la pose du filet qui a été tardive : plus d'un mois après les premières pontes. Ensuite plus aucun insecticide n'a été appliqué. Lors des différents comptages, aucune piqûre n'a été comptabilisée sur les différentes modalités sauf sur la partie en confusion sexuelle avec 0,6 % de dégâts de tordeuse orientale à la récolte.

Psylle surprise

On a également observé un effet secondaire des protections Alt'Carpo sur psylle.

Les modalités Alt'Carpo ont été traitées une fois avec de l'abamectin avant la pose des filets tandis que la modalité « chimique » a eu le même traitement suivi d'un second, toujours à base d'abamectin, et également d'un lessivage.

La figure 4 montre des écarts importants en faveur de la partie en protection Alt'Carpo (moyenne des deux variantes) par rapport celle menée en stratégie chimique. Certes il ne s'agit pas d'un essai avec répétition. On ne sait donc pas si la différence en faveur d'Alt'Carpo est significative. Mais elle est parlante.

Cette efficacité secondaire semble liée à l'absence de traitements insecticides favorisant les auxiliaires et non à un effet direct du filet sur le psylle.

Alt'Mouche sur cerisier

Nous avons également expérimenté l'efficacité des filets sur mouche de la cerise. Ces travaux ont été réalisés en réseau avec les stations expérimentales de La Tapy, du Sefra, du Grab et de la Chambre d'agriculture du Vaucluse.

Les résultats obtenus sur 5 essais conduits sur 2 années ont démontré l'efficacité de la technique Alt'Mouche.

Évidemment les mailles de filets sont plus petites que celles utilisées en Alt'Carpo.

Suivre les préconisations : choisir la maille qui aille

Le concept de protection Alt'Carpo se développe et on s'en réjouit. Mais on observe parfois la mise en œuvre d'installations qui ne sont pas conformes aux préconisations.

Il en résulte des étanchéités imparfaites (comme avec les systèmes anti-grêle à rigole centrale) ou des mailles de filet inadaptées alors que c'est sur ces principes que repose le mode d'action du concept Alt'Carpo.

Trop couramment, le choix s'oriente directement sur les systèmes mono-parcelle, en oubliant nos communications. Depuis 2007, on a mis en évidence la relation efficacité-taille de la maille. En Alt'Carpo en mono-parcelle, le fait d'avoir recours à une maille anti-grêle est donc un compromis économique qui, dans les cas de forte pression, peut s'avérer problématique.

La mise en place d'une installation est coûteuse en trésorerie et surtout, en agissant sur le principal ravageur du pommier, elle a un impact important sur la production. Il est donc évident que les choix doivent être bien raisonnés. Il est important de tenir compte des nombreux éléments acquis pour que la technique se vulgarise dans de bonnes conditions.

Surveillance, auxiliaires

Dans tous les cas, comme tout type de protection, une surveillance des vergers est indispensable pour contrôler l'efficacité, suivre le développement éventuel d'autres ravageurs et leur régulation par les auxiliaires.

Au sujet des auxiliaires, les observations réalisées depuis 2006 témoignent, de par l'absence de traitement, d'une fréquentation importante des principales espèces.

Les filets Alt'Carpo, même en mono-rang, n'ont pas d'effet perturbateur significatif sur leurs populations.

Le site d'information des filets sur la toile

Suite aux nombreuses sollicitations de différentes régions françaises et même de l'étranger, il nous paraissait intéressant de mettre à disposition les études conduites et l'expérience accumulée depuis 2005. C'est fait, à l'adresse :

www.alt-carpo.com

Ce site est donc un espace d'information et n'a pas de vocation commerciale. C'est le fruit d'une collaboration entre la Chambre d'Agriculture du Vaucluse et la société Filpack qui a contribué au projet Alt'Carpo depuis 2006. Il permettra aux producteurs, techniciens, chercheurs, etc., de bénéficier des informations techniques et économiques.

C'est un outil de développement et de vulgarisation du concept Alt'Carpo.

<p>* Chambre d'agriculture du Vaucluse.</p> <p>(1) Les précédents ont été publiés dans Phytoma en février 2007 (n° 601), février 2008 (n° 612) et septembre 2009 (n° 624-625, p. 30).</p>

Figure 1 - Résultats du suivi Alt'Carpo au stade G1 en réseau mono-rang de 41 vergers, en 2009.

Figure 2 - Résultats du suivi Alt'Carpo à la récolte en réseau mono-rang de 41 vergers, en 2009.

Figure 3 - Résultat du suivi des 4 vergers en Alt'Carpo mono-parcelle. Comment ça se passe sous le filet ? Piqûres liées aux pontes qui touchent le filet. Une seule parcelle réellement concernée par le carpocapse ; progression des piqûres à partir d'un foyer en bordure.

Figure 4 - Sur poirier, effet secondaire sur psylle : écart entre la protection chimique seule et la protection Alt'Carpo (2009).

Résumé

En 2009, année de forte pression du carpocapse des pommes et des poires, les 41 vergers équipés en filets Alt'Carpo mono-rangs et suivis par la Chambre d'agriculture du Vaucluse ont eu en moyenne moins de 0,1 % de dégâts à la récolte (moins de 1 fruit touché sur 1 000). Ceci confirme l'efficacité et la robustesse de ce moyen alternatif aux insecticides chimiques.

Sur les 4 vergers en mono-parcelle suivis, le seul touché (2,7 % de dégâts à la récolte) ne respectait pas totalement les préconisations d'étanchéité et de taille de maille. L'article les rappelle.

Par ailleurs un essai sur poirier contre la tordeuse orientale montre une bonne efficacité équivalente à celle la lutte chimique, et un effet secondaire contre le psylle, dû à l'absence de traitement anti-tordeuse et... supérieur à l'efficacité de la lutte chimique anti-psylle !

Des essais sur cerisier contre la mouche de la cerise (taille de maille différente) sont très encourageants.

Pour en savoir plus, un site est ouvert.

Mots-clés : protection des plantes, moyens alternatifs, vergers, méthodes physiques, Alt'Carpo, pommier, carpocapse des pommes et des poires Cydia pomonella, poirier, tordeuse orientale, psylle, cerisier, mouche de la cerise, www.alt-carpo.com

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :