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OGM dans le monde

OGM, pour une poignée de millions d'hectares

Marianne Decoin* - Phytoma - n°652 - mars 2012 - page 53

En 2011, les plantes transgéniques ont couvert 160 millions d'hectares, jouant « et pour quelques douze millions d'hectares de plus » qu'en 2010. Ainsi publia l'ISAAA(1) en février 2012. Parler de « poignée » de millions d'hectares semble déplacé. Quoique. D'abord ce n'est pas une révolution : mêmes pays producteurs, mêmes cultures principales, mêmes caractères introduits (« traits »). Et puis les OGM, comme les westerns, restent surtout américains. Et, en Europe, surtout espagnols, tels les paysages des films de Sergio Leone « pour une poignée de dollars » et « pour quelques dollars de plus »...

Douze millions d'hectares d'OGM supplémentaires en 2011, une poignée ? Alors que cela représente 45 % de la surface agricole utilisée française, par exemple ? Cette dernière est en effet passée sous la barre des 27 millions d'ha en 2010 selon l'Insee, et n'a sûrement pas augmenté depuis(2).

Oui, mais cette hausse de 12 millions d'hectares cultivés en PGM fait suite à une augmentation de 14 millions l'année précédente. Et elle ne représente que 8 % d'augmentation au lieu de 10 %. Une poignée, relativement.

Certes les OGM ont, en 2011, couvert 160 millions d'hectares, soit plus de 10 % des terres cultivées dans le monde : 10,7 % si l'on estime la surface cultivée mondiale( 3) à 1,5 milliard d'ha. On voit que leurs surfaces continuent à augmenter inexorablement tous les ans depuis leur lancement à grande échelle en 1996. Mais, justement, c'est « comme d'habitude ».

Pays, c'est toujours l'Amérique

Quant aux pays, ce sont les mêmes 29 nations qu'en 2010, dont les mêmes 10 « millionnaires en hectares » (Tableau 1). En tête, les États-Unis ne cultivent plus « que » 43 % des OGM mondiaux même si, avec 69 millions d'ha, leur sole augmente de plus de 2 millions d'ha. Le Brésil a passé la barre des 30 millions d'ha : presque 5 millions de plus. L'Argentine passe de 22,9 à 23,7 millions d'ha, quasi-bagatelle. A eux trois, ces pays pèsent 123 millions d'ha, soit 77 % de l'ensemble.

En leur additionnant les surfaces d'OGM des cinq autres pays américains cultivant plus de 50 000 ha chacun (Canada, Paraguay, Uruguay, Bolivie et Mexique), en oubliant quatre nations à moins de 50 000 ha (Chili, Colombie, Honduras et Costa-Rica), on notera que le continent américain cultive 138,6 millions d'ha de PGM, soit 86,6 % de toutes les PGM cultivées dans le monde – en 2010 on était à 86,9 %. Les OGM restent, comme les westerns, essentiellement américains.

Asie et cas espagnol

L'Asie a pour sa part cultivé 18 millions d'ha d'OGM soit 11,25 % de leur surface mondiale (en 2010, c'était 10,9 %). L'Inde dépasse les 10 millions d'ha en 2011, loin devant la Chine et ses 3,9 millions d'ha officiels, puis le Pakistan, les Philippines et la Birmanie.

L'Afrique du Sud cultive 2,3 millions d'ha, l'Australie 0,7 million (700 000 ha), le Burkina Faso 300 000 ha et l'égypte moins de 50 000 ha : il reste en Europe autour de 100 000 ha.

L'essentiel est cultivé en Espagne : 97 000 ha de maïs « Bt » résistant à des insectes pèsent 85 % des 114 490 ha d'OGM européens. L'Espagne accueille cette technologie américaine comme, en leur temps, les équipes de tournage de certains westerns. À noter : 114 490 ha, c'est 0,07 % de la surface mondiale de PGM : moins de 1 ha pour 1 000.

Côté France

En parallèle, l'opposition aux OGM ne faiblit pas en Europe.

En France, vu la pénurie de PGM cultivées voire testées au champ, des militants anti-OGM en ont été réduits en 2011 à détruire des cultures résistantes aux herbicides par mutagénèse en les qualifiant d'« OGM cachés ». Les autorités françaises ont saisi le 20 février 2012 la commission européenne pour « lui demander de suspendre l'autorisation de mise en culture du maïs MON 810 »(4). Une étape avant la très probable décision de suspendre les autorisations de semis en France jusqu'à la réponse européenne même négative.

Europe du refus

Et ailleurs en Europe ? L'Union se prépare à adapter sa législation pour permettre aux pays membres d'interdire la culture d'OGM sans avoir à justifier leur décision auprès d'elle.

Côté acteurs économique, Basf a annoncé le 16 janvier dernier qu'elle transfère aux États-Unis le siège de sa filiale « Plant Science » incluant la mise au point d'OGM, et que « le développement et la commercialisation de tous les projets OGM destinés exclusivement au marché européen seront arrêtés ». L'Allemagne et la Suède, qualifiées par l'Isaa de pays ogémiculteurs en 2011 pour quelques hectares de pommes de terre OGM Basf, seront probablement des pays sans OGM en 2012.

On s'achemine vers un maintien voire un développement des maïs Bt en Espagne, peut-être au Portugal et dans certains pays d'Europe de l'Est, et un refus ailleurs.

Toujours à pleins cargos

En revanche, les maïs et surtout soja OGM destinés à la consommation (animale surtout) continuent à arriver dans nos ports à pleins cargos. Ils bénéficient d'autorisations d'entrée sur le territoire de l'Union, France comprise – quatre nouvelles autorisations d'importation de soja ont été publiées au Journal Officiel européen le 14 février dernier ! En France même, un décret du 30 janvier 2012 organise l'étiquetage des aliments sans OGM ou issus d'animaux nourris sans OGM. Ainsi en France, la coexistence OGM/non OGM existe dans l'alimentation, en tout cas du bétail, depuis des années, et est désormais organisée, mais pas la coexistence au champ.

Et le textile ? Si vous portez du coton sur vous, il y a une forte probabilité qu'il soit OGM.

Cultures, toujours les quatre mêmes

En effet, le coton est une des quatre grandes cultures OGM mondiales, toujours en troisième position en nombre d'hectares (Tableau 2).

C'est toujours le soja OGM, essentiellement tolérant aux herbicides (glyphosate surtout), qui couvre la plus grande surface : 75 millions d'ha situés surtout en Amérique (États-Unis, Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay...), soit 75 % de la surface mondiale de soja.

Suit le maïs avec 51 millions d'ha, aux États-Unis mais aussi au Brésil, en Argentine, etc. Comme le soja, il est plutôt le fait de grandes fermes américaines. « Seulement » 32 % du maïs cultivé dans le monde est OGM.

Le coton GM, lui, couvre une poignée de 25 millions d'ha, soit 82 % de la surface de coton mondiale selon l'Isaaa. Et voilà pourquoi, si vous portez du coton...

Plus de la moitié de ces cotons transgéniques sont en Asie. Les 10,6 millions d'ha couverts de PGM en Inde le sont par des cotons Bt résistants à des insectes, cultivés par 7 millions d'agriculteurs familiaux. Ils représentent 88 % de la sole de coton indien (87,6 % de 12,1 millions d'ha) ; en 2008, c'était 82 %(5). Plus à l'est, les 3,9 millions d'ha d'OGM chinois sont, eux aussi, des cotons Bt cultivés par 7 millions de petits exploitants.

Les autres cotons GM sont cultivés aux États-Unis (où 90 % des cotons cultivés sont OGM), au Brésil, au Mexique (160 000 ha), et, aussi, en Australie (99 % de ses 597 000 ha de coton sont des PGM).

La quatrième culture est le canola, un peu plus de 8 millions d'hectares : le quart du colza mondial.

Cette bande des quatre continue à représenter plus de 99 % des OGM mondiaux.

Et pas beaucoup des autres

D'autres cultures ? La luzerne et la betterave sucrière pèsent respectivement 200 000 et 475 000 ha aux États-Unis. L'Isaaa cite la papaye et la courge aux États-Unis, le peuplier, la tomate et le poivron en Chine et la pomme de terre en Allemagne et Suède mais sur des surfaces négligeables.

Par ailleurs, du riz OGM serait-il cultivé en Chine, porteur de caractères connus ailleurs voire d'autres issus de la recherche du pays ? Officiellement non.

« Traits », toujours deux et des piles

Côté « traits » (caractères introduits) on en est toujours au couple tolérance aux herbicides/résistance aux insectes (Tableau 3).

La tendance signalée l'an dernier continue : la tolérance aux herbicides seule et la résistance aux insectes seule diminuent, relativement pour les deux et en nombre d'hectares pour la résistance aux insectes, et l'empilement de caractères augmente. Vite.

Ainsi, en cultivant un OGM, on se passe de plus en plus souvent d'un insecticide, mais en utilisant l'herbicide auquel la plante est adaptée.

De toute façon la résistance aux insectes, jusqu'ici moins mal vue que la tolérance aux herbicides (elle évite d'appliquer un insecticide, et la protéine copie une toxine produite par le Bacillus thuringiensis utilisé en agriculture biologique), est de plus en plus prise à partie. L'équipe du Pr Séralini a publié en février 2012 avoir prouvé la toxicité pour les cellules humaines de la toxine Bt dans sa version MON 810, en l'annonçant différente de celle produite par le B. thuringiensis naturel.

Il s'agit de toxicité in vitro et à forte dose, mais cela ne favorisera pas l'autorisation des semis. L'intéressant sera de voir si cela freinera l'arrivée de maïs OGM dans les ports européens.

Et les autres caractères ?

Les autres événements (tolérance à des maladies, ex. mildiou de la pomme de terre, composition modifiée, ex. pomme de terre pour l'amidon, riz doré riche en provitamine) restent marginaux.

Nous verrons l'an prochain si les maïs tolérants au stress hydrique lancés aux États-Unis pour les semis 2012 auront su se faire adopter. Quoiqu'il en soit, et même s'ils pourraient intéresser l'Espagne, ils ne devraient pas être semés cette année en Europe. Ils pousseront dans l'Amérique de « My GMO, my GPS and me(6) ».

<p>* Phytoma</p> <p>(1) International Service for acquisition of agribiotech application.</p> <p>(2) La SAU (surface agricole utilisée) française diminue du fait de l'artificialisation : urbanisation, voiries, etc. Il n'y a guère de défrichement de forêts et autres espaces naturels pour compenser cette dynamique.</p> <p>(3) Terres arables + cultures permanentes.</p> <p>(4) Termes du communiqué de presse du 20 février 2012 co-signé du MEDDTL et du MAAPRAT (ministères chargés respectivement de l'environnement et de l'agriculture).</p> <p>(5) Voir « Tour de plaine des OGM », dans <i>Phytoma</i> n° 622-623, juin 2009, p. 42-45.</p> <p>(6) <i>« Mon OGM à semer, mon GPS pour me guider, et moi »</i>, clin d'œil à <i>« my rifle, my pony and me »</i>, chanté par Dean Martin dans Rio Bravo... Toujours les westerns !</p>

Dans cet article

En principe, OGM signifie « organisme génétiquement modifié ». En fait, ces lettres sont souvent utilisées en lieu et place de PGM, « plante génétiquement modifiée » : le fait que de nombreux OGM ne sont pas des plantes est ignoré ou négligé.

Les OGM non végétaux sont des animaux de laboratoire génétiquement modifiés utilisés par la recherche notamment médicale, et des micro-organismes génétiquement modifiés utilisés notamment en médecine pour la production de protéines dites « recombinantes ». Cas par exemple de l'insuline et l'hormone de croissance recombinantes, plus sûres que l'insuline extraite de pancréas de porc et l'hormone extraite d'hypophyses de cadavres humains.

Cet article utilise indifféremment OGM et PGM pour désigner des plantes :

– génétiquement modifiées par adjonction de gène issu d'une autre espèce que la leur,

– et cultivées en plein champ.

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