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dossier - Les quatre chemins du biocontrôle

Processionnaire du pin, l'INRA a invité le biocontrôle au Salon

JEAN-CLAUDE MARTIN*, RENÉ MAZET *, MARIANE CORREARD*, ANNE-SOPHIE BRINQUIN*, ESTELLE MOREL* & FRÉDÉRIC JEAN* - Phytoma - n°662 - mars 2013 - page 36

Au Salon de l'agriculture 2013, l'INRA a tenu à présenter des modes de protection alternative simples et efficaces pour réguler la processionnaire.
 Planche réalisée par la Mission Communication de l'INRA pour le SIA. Photos et textes : J.C. Martin

Planche réalisée par la Mission Communication de l'INRA pour le SIA. Photos et textes : J.C. Martin

La processionnaire du pin, Thaumetopoea pityocampa est un lépidoptère originaire du Bassin méditerranéen connu surtout pour le déplacement de ses chenilles en procession, ainsi que pour les nids blancs qu'elles tissent en hiver dans les pins et cèdres. Et aussi pour raisons de santé publique. La lutte contre ce ravageur, pratiquée depuis l'Antiquité, prend une nouvelle actualité. En particulier la lutte biologique. Elle était en vedette sur le stand de l'INRA au SIA, Salon de l'agriculture. Évocation.

La processionnaire au Salon, pourquoi ?

Nuisible aux végétaux et à la santé

La processionnaire du pin est connue comme ravageur des végétaux à cause des importantes défoliations des pins, cèdres et douglas qu'elle occasionne en milieu forestier et urbain. De plus, c'est aussi une cause de problèmes de santé publique du fait de la libération par les chenilles de soies urticantes très allergènes. Celles-ci peuvent provoquer de violentes réactions chez l'homme et chez les animaux.

L'aire de répartition s'agrandit

Depuis plusieurs années, l'aire de répartition de ce lépidoptère ne cesse de s'étendre en France en lien avec le réchauffement climatique. De plus les changements de pratique, telle la plantation de pins de grandes tailles en conteneur en milieu urbain, facilitent leur introduction hors du front de colonisation et leur installation dans les villes.

Face à ces risques, la lutte contre la processionnaire du pin est nécessaire, surtout dans les secteurs fréquentés par le public. Ceci, à terme, partout où poussent pins et cèdres.

Évolution de la lutte : du chimique au microbiologique, et maintenant d'autres outils alternatifs

Au cours des deux dernières décennies, le traitement microbiologique à base de Bacillus thuringiensis var kurstaki (= Btk) s'est imposé face aux traitements à l'aide d'insecticides chimiques. Désormais l'outil le plus utilisé, il est efficace jusqu'au quatrième stade larvaire et respectueux de l'environnement.

Cette méthode de lutte n'est plus actuellement la seule stratégie de régulation.

Depuis peu, d'autres « outils » alternatifs ont été mis au point ou développés par l'Unité expérimentale entomologie et forêt méditerranéenne du Centre de recherche INRA-Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Ces outils peuvent intéresser le monde des particuliers aussi bien que celui des professionnels agricoles et forestiers.

SIA, visiteurs tous concernés !

Or le SIA est le point de rencontre de ces mondes : agriculteurs venus de toute la France et dont certains sont aussi gestionnaires ou voisins de forêts, mais aussi gestionnaires professionnels d'espaces verts et particuliers surtout franciliens... La processionnaire est arrivée en Ile-de-France ! Ce salon était un lieu privilégié pour présenter ces dynamiques.

Les nouvelles techniques, complémentaires ou en substitution des traitements microbiologiques, ont ainsi été présentées du 23 février au 3 mars 2013 sur le stand INRA du Salon international de l'agriculture à Paris. En effet, le thème de ce stand cette année était « la Recherche agronomique dans votre vie quotidienne ».

Le principe et les règles de mise en oeuvre des trois techniques ont été présentés sur le stand (v. ci-avant la planche réalisée par la Mission Communication de l'INRA pour l'occasion). Elles peuvent déjà faire partie de notre quotidien pour se protéger contre ces chenilles. Nous les évoquons ci-après. Nos abonnés fidèles en ont déjà eu vent (v. « pour en savoir plus » p. 39). Mais un rappel est utile pour ceux qui ont égaré leurs n°s de juin ou octobre 2012... Et ce sera une découverte pour les autres lecteurs.

Piégeage des papillons

Le principe

Le piégeage des papillons mâles, technique de lutte sélective, utilise des pièges à phéromones de synthèse copiant les phéromones sexuelles de femelles, pour attirer puis capturer « en masse » les papillons mâles. Ceci afin de limiter les accouplements donc maintenir à bas niveau les populations du ravageur.

Tous les pièges et toutes les phéromones commercialisés n'ont pas la même capacité de capture. Une étude comparative est en cours dans le cadre du plan Ecophyto. Les résultats préliminaires sont publiés sur le site internet Ecophytozna.

Le piège Procerex® (Brevet INRA-Protecta) présenté sur le salon est le plus performant s'il est utilisé avec 1 litre d'eau dans le réservoir à papillons (Martin J.C. et al., 2012).

Règles à respecter pour placer chaque piège à adultes

Quelques règles simples de pose doivent être respectées afin d'optimiser les captures. En effet, l'emplacement physique du piège est important afin de laisser la phéromone diffuser et de permettre aux papillons en vol de se poser sur le piège pour ensuite pénétrer à l'intérieur de celui-ci.

Ainsi, un piège installé au coeur d'un arbuste ou dans le feuillage trop abondant de l'arbre présente une moindre efficacité de capture.

Autre règle, pas de piège isolé

De même, la pose d'un seul et unique piège à adultes dans un jardin n'a que peu d'effet sur la réduction du nombre de nids dans le ou les pins des alentours. Une densité minimum de pièges est donc requise même pour une petite surface. La technique est donc mieux adaptée à des arbres groupés (bosquets de parcs, forêts) qu'à des sujets isolés.

L'INRA recommande 6 pièges par hectare. Dans le cas d'arbres d'alignement, l'installation requise est d'un piège tous les 25 mètres avec un piège à chaque extrémité.

Piégeage des chenilles

Le principe

Un modèle de pièges à chenilles, l'Ecopiège, a été développé par la firme la Mésange Verte. Ce piège est formé d'une collerette réglable entourant le tronc et d'un sachet collecteur des chenilles, préalablement rempli de terre, relié à la collerette par un conduit tubulaire. Les chenilles sont piégées à une période où le risque dû aux soies urticantes est le plus important.

Ce système est original par son principe. Il n'utilise pas de substance attractive (comme les pièges à papillons) ou bio-insecticide (comme le Bt) mais tire partie d'une séquence comportementale de l'insecte : la procession de nymphose et l'enfouissement. En effet, en fin d'évolution larvaire, les chenilles se regroupent le long du tronc et descendent de l'arbre en fi le indienne afin de se nymphoser dans le sol. Stoppées par la collerette, elles ne peuvent qu'aller vers le sachet. Comme il est rempli de terre, elles vont s'y enfouir pour se transformer en chrysalides. À la fi n des processions, l'utilisateur décroche le sachet plastique contenant les chrysalides. Il peut alors l'incinérer ou le jeter sans prendre le risque de l'ouvrir.

Contraintes pour la hauteur de pose et la jointure piège/écorce

Ce piège doit être installé sur le tronc des conifères ayant des nids d'hiver de processionnaire du pin. Il doit être suspendu à l'arbre à une hauteur suffi sante pour empêcher tout contact avec les chenilles.

L'efficacité de ce piège à chenilles est reconnue. À condition que le joint en pâte à papier entre le piège et l'écorce soit fait méticuleusement : il ne faut pas laisser passer les chenilles.

Pour jardins privés et arbres isolés, ou combiné avec d'autres outils

Cette méthode est particulièrement intéressante sur les arbres isolés ou en petit nombre dans les jardins privés et les secteurs fréquentés par le public. On peut la combiner avec la pose de nichoirs à mésanges.

Face à des groupes d'arbres plus importants et en cas d'infestation notable, il peut être difficile de « colleretter » tous les arbres porteurs de nids. La pose d'écopiège sera alors utilisée en complément d'autres méthodes comme le piégeage des papillons. Ainsi, après usage des autres méthodes alternatives, s'il reste des nids de chenilles sur quelques pins, la pose d'un Ecopiège sur chacun de ces arbres porteurs de nids permettra d'obtenir une efficacité totale et donc de supprimer le risque lié aux soies urticantes (Martin, 2012).

Pose de nichoirs à mésanges

Le principe de cette lutte biologique « par conservation »

Les mésanges sont des oiseaux insectivores connus pour leur prédation importante des chenilles de stades L4 et L5. Cet oiseau prélève sa nourriture dans le nid de chenilles processionnaire du pin. Celui-ci est vidé de son contenu et se remarque aisément en fi n d'hiver par un large orifice, de trois à quatre centimètres, au travers de la soie.

Un avantage majeur de ces oiseaux sédentaires réside dans leur opportunisme tant alimentaire qu'au niveau des sites de nidification. Mais le manque de cavités naturelles peut freiner leur établissement sur un site. La présence de nichoirs artificiels adaptés à ce type d'oiseau favorise la nidification, donc potentiellement la prédation des chenilles présentes sur le site.

Règle à respecter pour l'emplacement et obligation de combinaison

Cette méthode pourrait être envisagée aussi bien en forêt qu'en milieu urbain.

Elle exige un nettoyage annuel des nichoirs en même temps qu'une tranquillité pendant la période d'occupation des oiseaux. Leur emplacement doit donc être à la fois accessible sans risque pour le nettoyage mais pas à la portée du premier venu. Par ailleurs, dans l'état actuel des connaissances, l'efficacité semble partielle. Aussi, dans les secteurs fréquentés par le public, on conseille de combiner cette méthode de régulation biologique avec d'autres méthodes alternatives pour réduire efficacement le risque lié aux chenilles urticantes.

De façon générale

À adapter régionalement et annuellement

La connaissance de l'insecte et de sa phénologie est une condition sine qua non de réussite des stratégies de protection biologique intégrée.

En effet, la processionnaire du pin a des variantes phénologiques fortes en fonction des climats pour les dates de processions et les débuts du vol des adultes. Ces périodes sont à prendre en compte pour la pose des pièges à chenilles ou à papillons, et à adapter pour sa région et selon les conditions climatiques de l'année.

Associer dès aujourd'hui, étudier pour demain

L'association de plusieurs méthodes alternatives mises au point ces dernières années permet de réduire « le risque processionnaire » tout en respectant l'environnement. Citons le piégeage des papillons en été puis des chenilles en hiver... D'autres techniques innovantes sont en cours d'étude : utilisation de répulsifs adultes, confusion sexuelle, lutte biologique par lâchers de parasitoïdes oophages.

On peut espérer qu'elles faciliteront encore notre quotidien pour gérer durablement ce ravageur des pins et des cèdres de nos jardins, nos villes et nos forêts.

<p><b>Remerciements :</b> Ces études, initiées par l'INRA, ont été soutenues par Plante &amp; Cité et l'ONEMA dans le cadre du Plan Ecophyto2018 (projet Alterpro). Les auteurs remercient les partenaires cités et tout le personnel de l'unité expérimentale Entomologie et Forêt méditerranéenne pour leur contribution à ces résultats appliqués.</p>

RÉSUMÉ

CONTEXTE : La tenue du SIA est l'occasion pour l'INRA de présenter aux visiteurs de ce salon (urbains et ruraux mêlés) de nouvelles méthodes alternatives de lutte contre la processionnaire du pin s'ajoutant à la lutte microbiologique à base de Btk.

TROIS MÉTHODES : Les trois méthodes présentées au SIA sont :

– le piégeage des adultes (mâles) à l'aide de pièges à phéromones ;

– le piégeage des chenilles lors de leur procession ;

– la pose de nichoirs à mésanges pour favoriser l'installation de ces prédateurs de chenilles.

Le stand au SIA présentait – et cet article le rappelle – le principe et les règles à respecter pour chacune des trois méthodes : types de peuplement d'arbres auxquels elle est adaptée, conseils pour l'emplacement, la période et/ou le mode opératoire de pose des pièges et nichoirs.

MOTS-CLÉS : méthodes alternatives, biocontrôle, processionnaire du pin Thaumetopoea pityocampa, piégeage des mâles, piégeage des chenilles, nichoirs à mésanges, lutte biologique, Bacillus thuringiensis var. kurstaki, BtK, INRA (Institut national de la recherche agronomique), SIA (Salon international de l'agriculture).

NOUVEAU

PHYTOMA propose un tiré-à-part.

– 16 pages format A4, dont 6 fiches pratiques, sur la lutte biologique contre la processionnaire du pin.

– Renseignements et commande :

– Marie-Françoise DELANNOY

– 01 40 22 70 73

– mf.delannoy@gfa.fr

Reprise des articles parus en juin et octobre 2012.

POUR EN SAVOIR PLUS

A.-S. BRINQUIN, E. MOREL & F. JEAN, INRA UE0348 Site Agroparc 84914 Avignon cedex 9.

CONTACT : jean-claude.martin@paca.Inra.fr

LIEN UTILE : http://www.ecophytozna-pro.fr/data/alterpro_rapport_intermediaire_ bilan_2011.pdf

BIBLIOGRAPHIE : – Martin J.C., Mazet R., Corréard M., Morel E., Brinquin A. S., 2012 - Nouvelles techniques de piégeage pour réguler la processionnaire du pin : Piégeage phéromonal des adultes, piégeage comportemental des larves : des expériences prometteuses de piégeage de masse. Phytoma, 655, 17-22.

– Martin J.C., Leblond A., Brinquin A.S., Decoin M., 2012 - Processionnaire du pin, revue des méthodes alternatives. Phytoma, 657, 13-21.

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :