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Sur le métier

Jean-Paul Vinot raisonne la protection de ses colzas

PAR CHANTAL URVOY - Phytoma - n°684 - mai 2015 - page 45

Agriculteur dans la Marne, Jean-Paul Vinot s'est orienté progressivement vers des modes de conduite raisonnée de ses cultures pour réduire l'apport d'engrais et l'usage des produits phytosanitaires. Ses solutions en colza ? Une rotation longue, de l'engrais organique à l'automne, des plantes compagnes, un désherbage sur le rang, l'utilisation d'OAD, ou encore d'une variété de colza plus précoce en petite quantité.
 Photo : C. Urvoy

Photo : C. Urvoy

Diplôme d'ingénieur agricole en poche, Jean-Paul Vinot s'installe sur la ferme familiale de 240 ha à Saint-Quentin-le-Verger (Marne) en 1988. Blé, maïs, pois protéagineux, betterave, luzerne et tournesol constituent alors l'assolement. Le colza n'arrivera qu'en 2002. Au fil du temps, il s'oriente vers une agriculture plus raisonnée. Pour allonger la rotation et pour leur intérêt technique, des cultures porte-graine (dactyle, fétuque, vesce, trèfle, graminées, pois potager...) sont introduites. Puis il abandonne le labour en 1997. Il commence également à réduire les doses de produits phytosanitaires. Mais les débuts en non-labour conjugués à des demi-doses de désherbage conduisent à des échecs en vulpin, ray-grass et gaillet.

« Les herbicides sont les intrants les plus difficiles à réduire. Quand on se rate une année, le stock semencier est présent pour longtemps, surtout en non-labour », explique-t-il.

Rotation longue

Sur la campagne actuelle, l'assolement comprend huit cultures (blé, betterave, orge de printemps, luzerne, colza, semences de pois potager, dactyle porte-graine et chanvre).

« J'ai arrêté le tournesol car la récolte avait lieu au même moment que celle des noix et d'autres travaux. »

Jean-Paul Vinot mise ainsi sur une rotation longue pour mieux gérer les problèmes phytosanitaires, notamment les adventices, sur des cultures nécessitant peu d'intrants (luzerne, chanvre, dactyle) et sur les légumineuses (luzerne, pois) pour l'apport d'azote.

À l'automne, engrais et plantes compagnes

« Pour maîtriser le vulpin, l'idéal est d'alterner deux cultures d'hiver suivies de deux cultures de printemps, et non pas un an sur deux », conseille-t-il.

Sur ses 21 ha de colza, de l'engrais organique est apporté à l'automne pour qu'il soit bien vigoureux dès le départ afin de mieux résister aux insectes.

« Un seul traitement contre les charançons du bourgeon terminal suffit alors, car ici la pression du ravageur est faible, contrairement à d'autres secteurs où plusieurs traitements sont nécessaires. »

Côté désherbage, à l'automne dernier notre agriculteur a testé la technique des plantes compagnes sur une partie des 21 ha de colza.

« J'ai semé un mélange de vesce (15 kg/ha), pois fourrager (15 kg/ha) et trèfle d'Alexandrie (6 kg/ha) un jour avant le semis de colza. L'engrais de fond est ensuite apporté en localisé en même temps que le semis de colza au monograine à 45 cm d'écartement, de même qu'un quart de dose d'herbicide sur le rang (0,25 l/ha de Rapsan 500 SC + 0,05 l/ha de Centium 36 CS). Quinze jours plus tard, j'ai désherbé en plein avec 0,75 l/ha de Novall que les plantes compagnes supportent bien, soit trois quarts de la dose conseillée en complément d'un programme de prélevée. »

Pour une première tentative, le champ est globalement propre.

« Si le développement des plantes compagnes avait été plus important, peut-être aurait-on pu se passer du Novall en plein. »

Au printemps, un passage de Lontrel a cependant été nécessaire car la vesce n'a pas gelé. Conclusion : il vaut mieux opter pour la féverole qui gèle bien.

Si Jean-Paul Vinot pratique le binage en betterave, il ne s'y risque pas en colza car il est beaucoup plus difficile d'obtenir un sol bien ressuyé à l'automne.

« De plus, binage et plantes compagnes sont deux stratégies opposées ; ma préférence va vers la seconde. »

Face aux ravageurs : OAD et variété précoce

Au printemps, l'OAD proPlant Expert du Cetiom l'alerte sur le niveau de risque de chaque ravageur.

« Je valide ensuite ces informations en observant les insectes présents dans les cuvettes jaunes. »

Un insecticide est souvent nécessaire contre les charançons de la tige. Pour lutter contre les méligèthes, 5 % d'une variété précoce (ES Alicia) est semée dans sa parcelle de colza : lorsqu'elle fleurit, les méligèthes y trouvent le pollen nécessaire à leur nourriture et ne s'attaquent pas au reste de la parcelle encore au stade boutons floraux.

« Cela fonctionne bien quand la pression est modérée. Et c'est souvent le cas ici. »

Quant au charançon des siliques, le seuil de déclenchement du traitement est rarement atteint.

Des conditions de traitement optimales

Côté fongicide, deux passages espacés de quinze jours sont pratiqués (Pictor Pro + Caramba suivi de Prosaro + Amistar) pour assurer une protection contre l'oïdium et le sclérotinia.

En misant sur de bonnes conditions de traitement, c'est-à-dire sans vent et avec une bonne hygrométrie, donc plutôt le matin, deux tiers ou trois quarts de la dose homologuée suffisent.

« Je me base sur les informations du Cetiom concernant le risque sclérotinia. Pour le premier passage, j'attends la chute des premiers pétales pour traiter. Pour bien mouiller tout le feuillage et ainsi avoir un bon film de protection, j'augmente le volume de bouillie à 120 l/ha contre 70 l/ha habituellement, et j'ajoute deux adjuvants (Heliosol et Silwett). »

Moduler les phytos

Pour l'avenir, l'objectif de Jean-Paul Vinot est de sécuriser ses pratiques, notamment en utilisant plus systématiquement les OAD, outils d'aide à la décision. Il compte également sur de nouvelles technologies comme les drones et leur précision à deux centimètres, pour un jour moduler les phytos à l'intérieur de la parcelle comme on peut déjà le faire en fertilisation. Des marges de progrès sont donc encore possibles !

Cet article fait partie du dossier

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BIO EXPRESS

JEAN-PAUL VINOT

1986. Ingénieur agricole de l'Esitpa à Rouen (Seine-Maritime).

1988. Installation dans la ferme familiale à Saint-Quentin-le-Verger (Marne) sur 240 hectares de grandes cultures.

1997. Abandon du labour.

2001-2002. Plantation d'un verger de noyers de 5,50 hectares.

2012. Rejoint le réseau Farre 51 et intègre le réseau Dephy animé par la chambre d'agriculture de la Marne

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