Larves (chenilles) des trois ravageurs visés par les expérimentations rapportées ici. De gauche à droite : processionnaire du chêne, processionnaire du pin et pyrale du buis. Les deux premières sont urticantes et la troisième, dernière arrivée, est très envahissante. Photos : J.-C. Martin - Inra
Adulte de processionnaire du chêne. Pour pallier les moyens jusqu'ici réputés peu efficaces, de nouveaux diffuseurs de phéromones sexuelles attirant les mâles pour les piéger sont à l'étude. Photo : G. Demolin - Inra
Piège Lépisan suspendu sur un chêne à 7 m de hauteur. La flèche rouge montre la colonie de processionnaires du chêne au dernier stade larvaire. Photo : C. Bailly - Inra
Contre la processionnaire du pin (ci-dessus, adulte), un choix est possible entre plusieurs diffuseurs. Photo : J.-C. Martin - Inra
Depuis plus d'une décennie, l'Unité expérimentale entomologie et forêt méditerranéenne (UEFM) de l'Inra expérimente des solutions de biocontrôle en alternative aux traitements conventionnels pour réguler les lépidoptères ravageurs.
Voici des résultats récents sur trois de ces ravageurs - la processionnaire du chêne, celle du pin et la pyrale du buis - sur lesquels ont été testées des combinaisons phéromones/diffuseurs.
Situation actuelle
Des avancées techniques récentes
Concernant l'utilisation de phéromone sexuelle en piégeage ou en confusion sexuelle, des avancées technologiques récentes en matière de diffuseurs ou d'optimisation de la phéromone permettent des améliorations d'efficacité des captures d'adultes mâles (papillons).
Cette étude présente les tests de comparaison des diffuseurs Ginko de la gamme Ginko piégeage, chargés de phéromones spécifiques de trois espèces de lépidoptères cités plus haut et particulièrement redoutés. On sait qu'ils sont présents en forêt et en zones Jevi (jardins, espaces végétalisés et infrastructures).
Sur chêne, des « anciennes phéromones » peu efficaces
La situation actuelle du biocontrôle pour réguler ces trois lépidoptères ravageurs est très différente selon les espèces.
Dans les derniers stades larvaires, la chenille processionnaire du chêne Thaumetopoea processionae (Linnaeus) pose de réels problèmes de santé publique. De plus, les risques se poursuivent durant plusieurs années car les plaques de nymphose restent sur le tronc des chênes après la fin de cette nymphose... et restent urticantes.
Face à ce fléau, seuls les traitements phytosanitaires sont efficaces à ce jour (Delorme et al., 2013). Même si ces traitements utilisent le plus souvent des bio-insecticides UAB (utilisables en agriculture biologique) et Nodu vert à base de Bt (Bacillus thuringiensis), une diversification des moyens de protection apparaît nécessaire.
Les études antérieures de l'Inra ont montré la faible attraction des diffuseurs de phéromone de cette espèce commercialisés jusqu'ici en Europe.
L'Anses a recommandé la mise en place d'efforts de recherche conséquents afin d'établir les bases scientifiques et techniques nécessaires à l'élaboration de méthodes de gestion de la processionnaire du chêne (Anses, 2013).
Sur le pin, des progrès toujours souhaitables
Quant à la processionnaire du pin Thaumetopoea pityocampa (Denis & Schiffermüller), des techniques de piégeage sexuel ont été mises au point et évaluées sur l'ensemble de l'aire nationale de présence de l'insecte (Martin et al., 2015a).
Néanmoins, l'élargissement de la diversité de l'offre et son optimisation en termes de phéromone sont toujours favorables aux lois du marché.
Sur buis, un ravageur inédit...
Enfin, la pyrale du buis Cydalima perspectalis (Walker) est une espèce invasive responsable de la mort de sujets à fort intérêt patrimonial. Avec peu d'ennemis naturels sur notre continent et sans stratégie alternative au traitement phytosanitaire, elle colonise à grande vitesse l'Europe avec deux à trois générations par an.
Des études sur le piégeage sexuel des adultes mâles sont en cours d'étude dans le cadre du projet SaveBuxus, elles feront l'objet d'autres articles dès que leurs résultats seront publiables.
Sur les trois espèces, recherche de moyens nouveaux
Face à ces besoins, l'Inra a sollicité, en 2014, la firme Sumi Agro France et son partenaire Shin-Etsu, au Japon, spécialisés dans la synthèse de phéromones et dans la fabrication de diffuseurs afin de développer de nouveaux diffuseurs de phéromones pour ces trois espèces.
Cette étude a été conduite au cours des années 2014 et 2015, dans le cadre d'un accord de partenariat, en dehors de tout projet de recherche.
Tests diffuseurs processionnaire du chêne
Moselle 2015 : six diffuseurs différents dans le même type de piège
En été 2015, un dispositif expérimental a été mis en place en forêt de Mittersheim (Moselle) grâce à un partenariat avec l'ONF et le Département santé des forêts.
Six diffuseurs ont été comparés : cinq fournis par SumiAgro (X221, X222, X223, X224 et « Ginko Chêne Processionnaire ») et le diffuseur codé « A » (modèle commercialisé en Allemagne en 2015).
Ces six modalités ont été testées avec un même modèle de piège, le piège Lepisan rempli au préalable avec de l'eau et un mouillant (produit à vaisselle). Les pièges ont été installés en séquence ou séries successives de six modalités placées aléatoirement avec dix répétitions. Le dispositif est ainsi constitué de soixante pièges.
En Meurthe-et-Moselle, test de « l'effet hauteur »
Un dispositif simplifié de seulement une série a été installé sur le site Inra de Champenoux (Meurthe-et-Moselle) avec pour objectif d'explorer l'effet « pose en hauteur » du piège. Sur ce site, les six modalités, sans répétition, ont été installées à une hauteur supérieure à 6 mètres.
Résultats de captures
Certains diffuseurs se détachent
Sur le site de Mittersheim, la comparaison des captures hebdomadaires de papillons mâles de processionnaire du chêne (Figure 1) montre une attraction significativement supérieure pour les modalités X224, Ginko Chêne processionnaire et « A » par rapport aux diffuseurs X221, X222 et X223.
Sur le site de Champenoux, la même tendance est observée pour les diffuseurs « Ginko Chêne Processionnaire » et « A ». Par ailleurs, le premier de ces deux diffuseurs montre un effet relargage plus rapide de la phéromone avec pratiquement une semaine d'avance pour les deux sites par rapport au deuxième diffuseur.
Même s'il n'est pas possible d'analyser statistiquement, l'effet « hauteur de pose » (Figure 2), une différence importante est observée dans les captures moyennes obtenues sur le site de Mittersheim (pièges installés à environ 1,70 m) et celles obtenues à Champenoux (pièges installés à une hauteur supérieure à 6 mètres).
Ainsi, la pose en hauteur plus proche du houppier semble nettement améliorer les captures des papillons mâles de processionnaire du chêne. Une expérimentation devra être conduite en été 2016 dans ce sens.
Tests diffuseurs processionnaire du pin
En 2014, trois diffuseurs testés dans le Vaucluse
Dès l'été 2014, le nouveau diffuseur « Ginko Pin Processionnaire », chargé de phéromone fourni par la même firme, a été testé sur processionnaire du pin en comparaison avec des phéromones formulées avec le même dosage (2 mg), d'une part le couple phéromone/diffuseur Attract et d'autre part la phéromone micro-encapsulée de la société M2i. Les modalités ont déjà été décrites dans cette revue (Martin et al., 2014).
Le piège utilisé pour chaque modalité est le piège Mastrap L avec dix répétitions par modalité. Le dispositif expérimental installé en forêt domaniale du mont Ventoux (Vaucluse) était ainsi constitué de trente pièges.
Résultats de captures
Ces résultats (Tableau 1 et Figure 3) analysés par un test de Tukey confirment l'excellente efficacité à dose identique (2 mg) de la phéromone « Ginko Pin Processionnaire » équivalente à la phéromone micro-encapsulée et supérieure à l'autre modalité testée (Attract). Elle est caractérisée par une diffusion effective jusqu'en fin de vol.
Cette notion est particulièrement importante depuis quelques années avec des automnes doux et des périodes de vol plus longues.
Tests diffuseurs pyrale du buis
En 2014, quatre diffuseurs testés dont un « dans deux états »
En 2014, un dispositif de comparaison des diffuseurs de phéromone de la pyrale du buis a été installé sur le site du Pontet (Vaucluse). Trois types de diffuseurs commercialisés à cette date ont été mis en comparaison avec les nouveaux diffuseurs Ginko Buxus (codifiés par la firme CpeX211).
Avec un objectif de tester la persistance d'action de la phéromone de ces nouveaux diffuseurs sur l'ensemble de la période de vol, plusieurs expérimentations ont été conduites pour chaque période de vol des papillons au cours de la même année.
Le 2 septembre 2014, par exemple, avant le dernier vol, les diffuseurs Ginko Buxus nouvellement sortis de la chambre froide (sachet neuf lors de la mise en place de l'essai) et les mêmes diffuseurs ayant déjà séjourné plus de 90 jours sur le terrain ont été mis en comparaison avec les trois diffuseurs commerciaux, selon le protocole déjà présenté.
Avec sept répétitions, le dispositif test était constitué de trente-cinq pièges du modèle « entonnoir » remplis d'eau et de mouillant (produit à vaisselle) et a été laissé en place jusqu'à la fin du vol au 28 octobre 2014 (Martin et al., 2015b).
En 2015, deux diffuseurs retestés et comparés à un nouveau
En 2015, avec l'arrivée d'un nouveau diffuseur pyrale du buis sur le marché (codé « C1 »), un dispositif test a été installé à partir du 29 mai, sur le site « Inra Cantine » (Vaucluse) afin de comparer la phéromone Ginko Buxus avec la phéromone « C1 » et la phéromone de référence (codée « Firme 1 » en 2014), codée dans cet essai « C2 ».
À partir des résultats déjà obtenus, les diffuseurs de phéromone Ginko Buxus sont restés sur le terrain pendant toute l'expérimentation, du 30 mai au 17 août 2015. De même, en s'appuyant sur les résultats préliminaires obtenus, les diffuseurs « C1 » et « C2 » ont dû être renouvelés le 16 juillet. Le dispositif test avec six répétitions est composé de dix-huit pièges modèles Lépisan remplis d'eau et de mouillant.
Résultats de captures
Les premiers essais effectués en 2014 de la phéromone Ginko Buxus révèlent une meilleure performance de cette dernière, ainsi que son excellente persistance d'action couvrant l'ensemble de la période de vol des papillons de pyrale du buis de mai à fin octobre (Figure 4).
Le test de comparaison effectué en 2015 (Tableau 2 et Figure 5 page suivante) confirme les qualités en termes d'efficacité de capture et de persistance d'action de la phéromone Ginko Buxus. La phéromone codée « C1 » montre une efficacité de capture proche de la phéromone Ginko Buxus lorsqu'elle est renouvelée tous les deux mois.
Résultats prometteurs : vers de nouvelles études
Processionnaire du chêne : enfin un espoir côté phéromone
Les excellents résultats de captures des papillons mâles de la processionnaire du chêne, obtenus avec la phéromone « Ginko Chêne Processionnaire », ouvrent pour la première fois des possibilités d'étude du biocontrôle de cette espèce par le piégeage de masse ou la confusion sexuelle.
Ces deux stratégies seront testées dès l'été 2016, grâce à un partenariat avec l'ONF DT Lorraine et le DSF.
Processionnaire du pin : une nouvelle corde à l'arc
Pour la processionnaire du pin, la phéromone « Ginko Pin Processionnaire » (2 mg) a montré ses bonnes performances sur l'ensemble de la période de vol des adultes de cette espèce, avec des résultats sans différence significative avec la phéromone micro-encapsulée. Ce nouveau diffuseur associé à un piège performant peut d'ores et déjà être utilisé comme outil de régulation.
Pyrale du buis : vers la définition d'une stratégie ?
Quant à la pyrale du buis, la phéromone Ginko Buxus confirme à nouveau en 2015 ses très bonnes performances en termes d'efficacité de captures et de persistance d'action couvrant l'ensemble de la période de vol des papillons de cette espèce.
Ainsi, une stratégie de biocontrôle pourrait être définie en combinant cette phéromone avec le piège codé Pb4-Inra (Martin et al., 2015), breveté par l'Inra et SanSan et commercialisé à ce jour, sous le nom BUXAtrap.
En effet, ce dernier s'utilise sans eau ni adjuvant, contribuant ainsi à éviter une manipulation pour le nettoyage des pièges ou le renouvellement de la phéromone en cours de saison.
Pour une phéromone, le diffuseur est important
L'optimisation des diffuseurs de phéromones réalisée par la gamme Ginko piégeage contribuera à améliorer encore l'efficacité des stratégies de régulation de ces espèces par le piégeage.
En même temps, les recherches de solutions de biocontrôle se poursuivent pour chacune de ces espèces ravageuses qui sont soit urticantes, soit invasives.
Fig. 1 : Processionnaire du chêne : six diffuseurs comparés
Captures de papillons mâles de processionnaires du chêne obtenues sur le site expérimental de Mittersheim en été 2015 pour les six modalités de phéromones testées (cumul par modalité pour les dix répétitions).
Fig. 2 : Influence de la hauteur de pause
Captures moyennes par piège de papillons mâles de processionnaire du chêne obtenues selon les hauteurs de pose des pièges (1,70 m ou > à 6 m) pour les modalités Ginko Chêne et A. Sites de Champenoux et Mittersheim, été 2015.
Fig. 3 : Processionnaire du pin : trois modalités comparées
Captures de papillons de processionnaire du pin obtenues été 2014, en forêt domaniale du mont Ventoux pour les trois modalités de phéromones testées, toutes à la dose de 2 mg/diffuseur (cumul par modalité pour les dix répétitions).
Fig. 4 : Pyrale : quatre couples diffuseur/phéromone comparés
Captures de papillons mâles de pyrale du buis obtenues du 2 septembre au 28 octobre 2014 avec les diffuseurs Ginko Buxus selon deux modalités (« neufs » et déjà utilisés sur le terrain plus de 90 jours), et des diffuseurs commercialisés par trois firmes (référence codée firme 1, autres diffuseurs codés firmes 2 et 3) ; (test de Tukey, intervalle de confiance : 95 %).
Fig. 5 : Pyrale : trois couples diffuseur/phéromone comparés
Captures de papillons mâles de pyrale du buis obtenues pour les trois modalités de phéromones testées au cours de la période du 1er juin au 17 août 2015 (cumul par modalité pour les six répétitions). N. B. : C2 est le diffuseur de référence.
1 - Précisions sur le piège PB4-Inra, alias BUXAtrap
L'innovation principale du piège BUXAtrap, breveté par l'Inra et la société Sansan et distribué en exclusivité par Koppert, est liée à son procédé de piégeage sans eau. Il permet d'optimiser les captures de mâles de pyrale dès les premiers vols du printemps.
La date de pose préconisée dans les espaces possédant du buis est, en année normale, fin avril pour le grand sud de la France, un peu plus tard pour le nord.
Mais, en 2016, le climat hivernal clément pousse à avancer le positionnement d'un bon mois pour ne pas rater le premier vol, sauf si un froid soudain vient inverser la tendance. Il convient dans chaque région d'établir une stratégie de démarrage du piégeage adaptée au climat.
Le renouvellement en phéromones en cours d'année est nécessaire ou non selon le type de diffuseur utilisé : pour ceux restant efficaces sur l'ensemble des trois périodes de vol annuelles des papillons, aucun renouvellement n'est utile ; d'autres diffuseurs sont à renouveler tous les deux mois. Quoi qu'il en soit, il n'est pas nécessaire de passer plus souvent pour vérifier le niveau d'un liquide.
La maintenance est donc limitée au strict minimum par rapport aux autres pièges du marché, d'où un gain de temps appréciable. Le résultat performant est validé dans le cadre du projet SaveBuxus (Plante & Cité, Astredhor, Inra et Koppert).
C'est dans une démarche globale, comme il se doit avec le biocontrôle, que s'inscrit ce piège (qui a reçu le trophée de l'innovation Paysalia) : prophylaxie en automne et hiver et traitements à base de Bacillus thuringiensis.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient les gestionnaires des sites tests, l'ONF très impliqué dans l'étude de la processionnaire du chêne, et plus particulièrement Hubert Schmuck, responsable environnement et correspondant observateur, le département Santé des Forêts et le personnel Inra (UEFM et UEFL), responsables de la mise en place, du suivi et de la réussite de ces expérimentations.