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ACTUS

XYLELLA FASTIDIOSA RETOURS SUR LA DEUXIÈME CONFÉRENCE EUROPÉENNE

Astrid Cruaud*, Marguerite Chartois*, Pauline Farigoule*, Xavier Mesmin* **, Jean-Claude Streito* et Jean-Yves Rasplus* - Phytoma - n°729 - décembre 2019 - page 4

Les 29 et 30 octobre s'est tenue, au palais des congrès d'Ajaccio, en Corse, la deuxième conférence européenne sur la bactérie Xylella fastidiosa, avec comme sous-titre « Comment la recherche peut-elle apporter des solutions ? ».
1. Parcelle d'oliviers en Italie. 2. Polygala myrtifolia symptomatique. Photos : Inra

1. Parcelle d'oliviers en Italie. 2. Polygala myrtifolia symptomatique. Photos : Inra

Philaenus spumarius, insecte vecteur de la bactérie.  Photo : Inra

Philaenus spumarius, insecte vecteur de la bactérie. Photo : Inra

æLa conférence sur la bactérie Xylella fastidiosa, organisée par l'Efsa avec le support local de l'Office de l'environnement de la Corse, du Conservatoire botanique national de Corse et de l'Inra, avait pour principal objectif de rassembler les chercheurs impliqués sur l'étude de cet agent phytopathogène au sein de deux programmes financés par l'Union européenne (Ponte et XF-Actors). En raison des enjeux économiques et sociétaux représentés par cette bactérie, la conférence était également ouverte, sur inscription, aux porteurs d'intérêts (représentants de la Commission européenne, chambres d'agriculture, agriculteurs, etc.), permettant ainsi des échanges approfondis sur les connaissances et résultats scientifiques acquis au cours des deux dernières années.

æEnviron 350 personnes de nombreux pays (d'Europe, du Maghreb, États-Unis, Brésil) ont pu assister aux 55 présentations orales et lire les 114 posters, sélectionnés par le comité scientifique et répartis en sept champs thématiques :

- biologie et pathogénicité ;

- insectes vecteurs ;

- outils de détection de la bactérie ;

- écologie, épidémiologie et modélisation ;

- évaluation des risques et impacts de la bactérie ;

- surveillance ;

- mesures et stratégies de contrôle.

La conférence s'est clôturée par une discussion avec les porteurs d'intérêts, notamment le Copa/Cogeca(1), l'ENA (European Nursery Stock Association) et la Commission européenne (DG Santé), sur les avancées et les nouveaux objectifs de recherche.

æLors de cette conférence, la richesse et la diversité des expertises scientifiques mobilisées sur le sujet ainsi que les progrès effectués en un laps de temps relativement court ont été soulignés. La multiplicité des échelles étudiées (bactérie, plante-hôte, insecte vecteur, parcelle, paysage, territoire) a offert une vision globale de la problématique.

Il est important de rappeler que lorsque la bactérie a été détectée pour la première fois en Italie en 2013, les connaissances scientifiques sur la diversité génétique de Xylella, ses plantes-hôtes et ses vecteurs en Europe étaient quasi absentes. Depuis, les génomes des principales souches détectées ont été séquencés afin de mieux comprendre comment et quand elles ont été introduites en Europe. Les derniers résultats tendent à montrer que plusieurs introductions indépendantes ont eu lieu et qu'elles datent chacune de plusieurs dizaines d'années, bien avant les crises de 2013 en Italie ou de 2015 en France. Les liens entre le génotype des souches bactériennes et leur spectre d'hôtes (identité des plantes sensibles) ou leur virulence, ainsi que les mécanismes de résistance des plantes ont été depuis explorés. La fréquence et les possibilités de recombinaison entre souches sont également examinées.

æEn ce qui concerne les vecteurs, l'acquisition et la transmission de la bactérie a été mise en évidence sur trois espèces européennes : Philaenus spumarius, Philaenus italosignus et Neophilaenus campestris, et les tests se poursuivent sur d'autres espèces (cicadelles et cigales notamment). Philaenus spumarius, particulièrement abondant et polyphage (capable de se nourrir sur diverses plantes), est actuellement considéré comme le plus efficace et principal vecteur européen de la bactérie. Des études sont en cours afin de mieux comprendre le rôle des vecteurs dans la dynamique de la maladie, notamment leur capacité de dispersion ou leur spectre d'hôtes (les plantes dont ils se nourrissent et auxquelles ils peuvent transmettre la bactérie).

æDes progrès ont également été effectués en termes de détection de la bactérie tant au niveau des plantes que des vecteurs. La détection précoce représente toujours un challenge technologique, mais il a été souligné qu'elle est primordiale pour identifier le front de colonisation de la bactérie et pour détecter précocement les plants infectés. Les progrès actuels devraient permettre d'améliorer encore la sensibilité des méthodes dans les années à venir. L'idée que les vecteurs puissent servir de sentinelles pour la détection de la bactérie et des sous-espèces/souches présentes dans l'environnement commence à émerger mais est acceptée seulement par une partie de la communauté scientifique. Une meilleure connaissance des habitats semi-naturels et cultivés européens contaminés par la bactérie semble pourtant envisageable en utilisant les vecteurs qui concentrent la bactérie dans leur cavité buccale. Ceci permettrait de se libérer de l'approche actuelle qui consiste à ne tester que les plantes présentant des symptômes d'infection, alors qu'il est reconnu que les plantes sont majoritairement asymptomatiques.

æLes connaissances biologiques, les points d'occurrences de la maladie et les images satellites viennent nourrir des modèles qui permettent de mieux comprendre comment la bactérie se propage, les coûts économiques associés ; ils permettent aussi de prédire les zones propices à son installation. Les résultats de ces modèles pourraient permettre de cibler, selon le risque de développement de la maladie, des zones de surveillance prioritaire. Enfin, des résultats encourageants ont été présentés concernant la protection des cultures par des méthodes de lutte intégrée contre la bactérie (interférence sur les processus de reconnaissance cellulaire pour la formation des biofilms, sélection de variétés de plantes tolérantes, etc.) et contre ses vecteurs (gestion de l'enherbement, lutte biologique, etc.).

æAprès l'échec de l'éradication, il est aujourd'hui important d'apprendre à mieux gérer cet agent pathogène. Comme le soulignait un chercheur américain travaillant sur Xylella fastidiosa depuis de nombreuses années, « cette bactérie provoque des dégâts depuis plus d'un siècle aux Amériques, et nous n'avons jamais trouvé de solution de lutte totalement efficace ». Le plus réaliste est donc de continuer à développer nos connaissances sur cette bactérie et ses vecteurs afin d'en réduire au maximum l'impact et d'apprendre à vivre avec !

*CBGP, université de Montpellier, Cirad, Inra, IRD, Montpellier SupAgro, Montpellier, France**Agap, Inra, Cirad, Montpellier Sup-Agro, université de Montpellier, San Giuliano, France(1) Comité des organisations professionnelles agricoles de l'Union européenne-Comité général de la coopération agricole de l'Union européenne.

POUR EN SAVOIR PLUS

www.efsa.europa.eu

www.oec.corsica

http://cbnc.oec.fr

www.ponteproject.eu

www.xfactorsproject.eu

https://copa-cogeca.eu

www.enaplants.eu

https://ec.europa.eu/info/departments/health-and-food-safety_fr

GLOSSAIRE

• AMM = autorisation de mise sur le marché

• De biocontrôle L. 253-5 = figurant sur la liste des produits de biocontrôle « établie au titre des articles L. 253-5 et L. 253-7, IV du code rural (...) »

• JORF = Journal officiel de la République française

• JOUE = Journal officiel de l'Union européenne

• MAA = ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

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