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Court-noué La dévitalisati on s’impose

La vigne - n°6 - mars 2012 - page 52

Il n’existe plus de produits de désinfection des sols homologués contre le court-noué. La lutte repose donc sur la dévitalisation suivie d’un temps de repos du sol. Mais le Nemadex, un porte-greffe retardant la contamination de la vigne par le court-noué, sera bientôt disponible.

Comment lutter contre ?

} Aucun procédé de lutte curative n’existe contre le court-noué. Il n’est possible d’agir que dans le but d’éviter la contamination qui se produit par le biais de deux nématodes : le
Xiphinema index, qui transmet le virus GFLV (Grapevine Fanleaf Virus) et le
Xiphinema diversicaudatum, vecteur du virus ArMV (Arabis Mosaic Virus), plus rare que le GFLV.
Ces deux nématodes vivent dans le sol jusqu’à 4 mètres de profondeur. Ils piquent les racines des vignes pour s’alimenter. Ils acquièrent le virus en se nourrissant sur un pied infesté puis ils le transmettent à un autre. Le nématode se déplace lentement (pas plus de 1,50 m par an selon l’IFV).
Jusqu’en 2010, il était possible d’utiliser des produits de désinfection du sol à base de dichloropropène ou de métam-sodium pour détruire les nématodes vecteurs des virus. Ils sont aujourd’hui interdits.
Le court-noué peut entraîner la mort du cep. Et dans tous les cas, il engendre des pertes de récolte, conduisant bien souvent le vigneron à arracher prématurément sa vigne. Mais cet arrachage doit être précédé de deux étapes : identifier avec certitude la maladie et dévitaliser la parcelle.

Comment établir le diagnostic ?

} La maladie se manifeste par un raccourcissement des entre-nœuds (d’où son nom), des rameaux qui se divisent en « balais de sorcière » et une végétation languissante au printemps, avec des panachures caractérisées par un jaunissement des feuilles, qui se déforment également. Les grappes peuvent être atteintes de coulure ou de millerandage et la maturité des baies peut être hétérogène.
On estime aujourd’hui que le court-noué concerne plus de 60 % du vignoble français dont 30 % seraient fortement touchés. Le diagnostic du court-noué par l’observation des symptômes n’est pas simple, car des troubles physiologiques de la vigne peuvent provoquer des effets similaires. Un test Elisa est donc indispensable.

Comment dévitaliser les souches ?

} La dévitalisation vise à réduire le risque de réapparition du court-noué. «
Elle permet de détruire les racines en place pour priver les nématodes de nourriture », explique Géraldine Uriel, chef de projet pour le matériel végétal au Comité interprofessionnel du vin de Champagne. Cette opération doit être réalisée avec du glyphosate appliqué avec panneaux récupérateurs à la dose homologuée de 2 880 g/ha (200 l/ha de bouillie). «
Elle s’effectue en septembre sur un feuillage sain et encore actif pour que le glyphosate soit absorbé de façon optimale par les feuilles, poursuit Géraldine Uriel.
Le produit migre ensuite jusqu’aux racines via le flux de sève et entraîne la mort des nématodes. »
Après la dévitalisation, il faut laisser passer au moins quatre mois et vérifier l’absence de repousses. «
L’arrachage de la parcelle s’effectue au printemps suivant en extirpant le maximum de racines », ajoute Géraldine Uriel. Les nématodes vecteurs des virus du court-noué «
peuvent survivre après arrachage de la vigne pendant quatre à cinq ans sur les morceaux de racines non extirpés », prévient l’IFV.

Combien de temps faut-il laisser reposer le sol ?

} «
Nous préconisons au minimum un repos du sol jusqu’au printemps qui suit l’arrachage, ce qui représente, avec la période post-dévitalisation, un repos total de dix-huit mois, indique Géraldine Uriel.
En Champagne, compte tenu des enjeux financiers, il est difficile pour les producteurs d’aller au-delà de cette durée. Cependant, quelques vignerons et maisons laissent le sol se reposer pendant quatre à cinq ans. » Mais l’idéal serait d’attendre sept à dix ans.

Quelles précautions prendre après la replantation ?

} Le matériel végétal replanté est certifié, ce qui garantit l’absence de virus. Pour éviter les contaminations, «
des mesures préventives sont à observer : il ne faut pas apporter de la terre exogène dont on ne connaît pas la provenance sur la parcelle », note Géraldine Uriel.

Il est également conseillé d’entretenir les abords de la parcelle et d’éliminer les repousses de vigne.

Existe-t-il des plantes « nématicides » ?

} Depuis 2007, des chercheurs de Bordeaux Science Agro (ex-Enita) travaillent sur des plantes à effet antagoniste vis-à-vis de
Xiphinema index. Elles pourraient permettre de réduire la durée de repos du sol.
«
Lors d’essais en pots et en conditions contrôlées (serre), plusieurs plantes ont montré un effet dépréciatif sur les effectifs de nématodes vecteurs, précise Maarten Van Helden, de Bordeaux Science Agro et de l’Inra.
Il s’agit de différentes espèces rustiques de céréales et de légumineuses (luzernes et vesces). Mais l’efficacité de ces plantes sur le terrain pour réduire les nématodes ou pour réduire les recontaminations par le virus du court-noué reste à démontrer. »

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