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Limites de l'hélice

La vigne - n°86 - mars 1998 - page 0

Dans la palette des systèmes de lutte contre le gel, on parle beaucoup actuellement des tours antigel. Elles peuvent être efficaces mais dans des conditions particulières.

C'est cyclique. Après chaque gelée de printemps, de nouveaux procédés de lutte contre le gel arrivent sur le marché et des techniques anciennes restées marginales ressortent des tiroirs. Dans la première catégorie, on trouve des manchons constitués d'un film plastique perforé, qui s'enfilent autour des sarments. Testés dans les Charentes, ils se sont avérés particulièrement inefficaces l'an dernier, les bourgeons protégés subissant davantage de dégâts que les autres!Les tours antigel appartiennent à la deuxième catégorie. Elles sont apparues dans les années quarante aux Etats-Unis. Elles peuvent être efficaces mais dans des conditions particulières. Il faut donc bien connaître les caractéristiques des gelées affectant les parcelles avant d'opter pour un tel investissement.Les tours antigel, hautes de 10 à 12 m, sont coiffées d'une hélice. Celle-ci mélange les couches d'air les plus chaudes, qui se trouvent entre 10 et 20 m d'altitude, à l'air froid près du sol, qui est alors réchauffé. Pour que le système soit efficace, il faut donc être en présence d'une inversion thermique sur une vingtaine de mètres, avec des couches d'air différenciées. L'effet sera d'autant plus intéressant que l'écart de température entre les couches hautes et basses sera grand. Le brassage d'air, en séchant les bourgeons, diminue aussi leur sensibilité au froid. Il limite également leur refroidissement en surface. Son efficacité peut être améliorée en le combinant à un système de chauffage. On a coutume de dire que ces brasseurs d'air ont surtout un intérêt les nuits de pures gelées de rayonnement.' Ce système est davantage adapté à une topographie qu'à un type de gelée, considère François Langellier, du Comité interprofessionnel du vin de Champagne. Les hélices donnent de bons résultats lorsqu'elles sont installées dans des cuvettes ou des fonds de vallées où l'on a des gelées blanches avec des couches d'air bien stratifiées. En revanche, à mi-coteau, on a rarement plus de 2°C d'écart entre les couches du haut et celles du bas. En considérant qu'on récupère environ 50 % de cet écart, le gain de température à hauteur des bourgeons reste limité. ' Au sommet d'une colline, les résultats semblent encore moins intéressants.Une tour antigel est testée depuis l'an dernier au lycée de Tours-Fondettes (Indre-et-Loire), en haut d'un coteau de faible pente. L'an dernier, la parcelle ainsi protégée n'a pas gelé. Cependant, des capteurs installés à 30, 60 et 90 m de la tour, ont permis de suivre l'évolution de la température et de la comparer à celle enregistrée par une station-témoin placée à 500 m du brasseur d'air. Ceux-ci ont tourné cinq nuits au cours desquelles les expérimentateurs n'ont pas noté de différences entre les mesures données par les trois capteurs placés dans le champ d'action de la tour. En revanche, à 500 m de là, le capteur affichait 3° de moins.' Les gelées sont différentes selon les régions, considère Christophe Pinard, enseignant du lycée. Ici, à l'exception de l'année 1991 où la température est descendue à -7°C, on a des gelées 'limites' à -3, -4°C. Dans ces conditions, les hélices pourraient s'avérer intéressantes. Je ne dirais pas la même chose en Champagne. ' Au château Beychevelle, en Gironde, des hélices ont été installées sur une parcelle plate, en bordure de bois. Le chef de culture considère que couplées à une source de chaleur, elles assurent une protection jusqu'à une température de -3°C, chacune couvrant un rayon de 150 à 200 m. ' En 1991, la température est descendue jusqu'à -6°C et on a gelé. Avec l'aspersion, je pense qu'on aurait sauvé la vendange ', dit-il.

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