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Le vin à dose modérée facteur de longévité

La vigne - n°87 - avril 1998 - page 0

Selon une étude épidémiologique menée chez 34 000 individus de 40 à 60 ans, le risque de mortalité, toutes causes confondues, est abaissé par une consommation modérée de vin. Cette baisse, qui peut atteindre 30 % pour une consommation de deux ou trois verres par jour, concerne également la mortalité par cancer.

Nous avons déjà rapporté dans ces colonnes les bienfaits que pouvait procurer une consommation quotidienne et modérée de vin, notamment en réduisant les risques d'accidents cardio-vasculaires. Le docteur Serge Renaud, qui fut à l'origine de la notion de paradoxe français, publie dans la revue américaine Epidemiology de mars, une nouvelle étude sur la relation entre la consommation quotidienne de vin et la mortalité, toutes causes confondues.Cette étude, la plus importante réalisée en France sur le vin, a été menée sur plus de 34 000 hommes âgés, au départ, de 40 à 60 ans.Commencée entre les années 1978 et 1983, elle s'est poursuivie jusqu'en 1993 dans la région de Nancy, en collaboration avec le centre de médecine préventive de cette ville.Cet échantillon de population représente toutes les catégories sociales (agriculteurs, cadres, ouvriers, employés, commerçants), fumeurs et non fumeurs. Chaque individu subit au début un bilan de santé. Il doit aussi fournir un certain nombre de données sur ses antécédents médicaux, ses activités professionnelles et de loisirs, ses habitudes de consommation de tabac et de boissons alcoolisées et, en particulier, ses types de boisson : vin, bière, apéritif et digestif, de même que les quantités absorbées, exprimées en grammes d'alcool par jour. Ces renseignements permettent des regroupements en forts consommateurs d'alcool (plus de 128 g/j), consommateurs moyens et non consommateurs ou consommateurs occasionnels. On observe que 77 % des individus consomment de l'alcool, principalement sous forme de vin (82 %), de bière (11,6 %), d'apéritifs et de digestifs (6,4 %).A la fin de l'enquête en 1993, tous les dossiers sont étudiés. Dans le groupe, 2 642 individus sont décédés et c'est à partir de ces données que sont établis les différents résultats. Les causes de mortalité sont référencées suivant la classification internationale.Pour une consommation quotidienne d'alcool inférieure à 76 g, la mortalité, toutes causes confondues, est abaissée de 30 % par rapport au groupe témoin de non buveurs et non fumeurs qui sert de référence. En revanche, une consommation d'alcool supérieure à 128 g provoque une augmentation de la mortalité de 40 %. L'étude détaillée fait apparaître une diminution, déjà constatée lors de travaux antérieurs, de 20 à 30 % de la mortalité par maladies coronaires (infarctus) et par accidents vasculaires cérébraux.Ce que cette étude apporte de nouveau, c'est la diminution de la mortalité par cancer. La courbe représentative du risque en fonction de la dose est une courbe en J. Le risque baisse de 20 % pour une consommation de 30 g (deux ou trois verres de vin) et remonte de plus de 70 % pour une consommation de 128 g.La mort par cirrhose est semblable chez les abstinents et les consommateurs modérés, le risque qui n'apparaît que chez les gros consommateurs pouvant alors être multiplié par quatre. Autre constatation, aucune corrélation n'apparaît entre la mort violente et la consommation d'alcool.Peut-on attribuer cet effet protecteur du vin contre les risques de cancers aux polyphénols du vin? Lors des dix-huitièmes journées internationales du groupe polyphénol à Bordeaux en 1996, le docteur Suschetet, de l'Inra, avait souligné la relation inverse entre la consommation de fruits et légumes et l'apparition de cancers, notamment aux Pays-Bas. Les travaux qu'il présentait montraient que des constituants polyphénoliques des fruits pouvaient modifier l'activité mutagène de certaines substances. Parmi les produits étudiés figuraient les tanins catéchiques, très présents dans les vins. Un autre phénol, le resvératrol, pourrait également avoir un effet inhibiteur sur certains stades de la cancérogenèse; il est l'objet de plusieurs recherches. L'activité inhibitrice des polyphénols sur les radicaux libres pourrait être responsable de cet effet bénéfique du vin sur la longévité. La consommation quotidienne de deux ou trois verres de vin vous permettra sans aucun doute d'attendre un peu plus longtemps les résultats des recherches en cours...

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