Retour

imprimer l'article Imprimer

archiveXML - 1999

Le prix des bouchons s'envole

La vigne - n°96 - février 1999 - page 0

Le prix du liège brut ne cesse d'augmenter depuis cinq ans. Les bouchonniers répercutent cette hausse de façon variable, selon la qualité des bouchons, et cherchent des alternatives avec des produits industriels.

En cinq ans, le prix du liège brut en forêt a doublé. Le prix des bouchons n'a évidemment pas évolué dans les mêmes proportions mais il est normal qu'il augmente si nous ne voulons pas mettre la clé sous la porte , observe un bouchonnier. L'évolution des prix du liège varie selon le stade où se situe l'achat. Il peut se faire sur l'arbre de façon assez spéculative car on ne connaît pas la qualité exacte du liège et donc la productivité qu'on peut en attendre. En effet, en année sèche, le liège est plus boisé et donc plus difficile à travailler.On peut aussi acheter sur pile après écorçage. La loi de l'offre et de la demande fait alors le prix. Ensuite, les bouchonniers peuvent acheter à différents stades de la fabrication. Mais plus les intermédiaires sont nombreux, plus la hausse est importante.L'Association nationale des industriels et exportateurs de liège (Aniec) du Portugal donne l'évolution du prix du liège, toutes qualités et destinations confondues, depuis 1995 (voir infographie). Il semble que l'évolution se soit située au même niveau dans les autres pays producteurs que sont l'Espagne, l'Italie...Depuis 1995, la FFSL (Fédération française des syndicats du liège) établit un taux d'évolution du prix du liège en forêt, à partir d'un panel de dix sociétés représentatives du secteur. Ces dernières années, la hausse s'est située entre 15 et 32 % par an. Les hausses affichées par la FFSL sont plus importantes que celles annoncées par l'Aniec car le panel peut choisir d'acheter des lièges plus chers afin de garantir sa qualité de bouchon.On a également constaté sur la dernière campagne d'achat, une augmentation des lièges minces servant à produire les rondelles alors que seuls les lièges épais avaient augmenté les années précédentes. Cela s'explique par l'augmentation des mises en marché de vins effervescents à l'approche de l'an 2000 et par l'important développement des bouchons agglo avec une rondelle à chaque extrémité, type 1 + 1 ou Twin top.Sur la campagne d'achat 1998 par exemple, l'Aniec a enregistré une hausse de 18 % des prix du liège brut tandis que la FFSL a observé une hausse de 32 %. Un bouchonnier français réalisant une partie de ses achats en liège préparé, c'est-à-dire bouilli et pré-trié, estime avoir subi une hausse du prix de la matière première, comprise entre 45 et 50 %.On peut avancer plusieurs explications à l'augmentation importante du prix du liège brut. La première est liée à la croissance de la commercialisation de vin en bouteilles. ' Le marché du vin progresse plus vite que celui du liège et, très logiquement, l'ajustement se fait par le prix ', constate un bouchonnier. On observe aussi une forte demande de liège de qualité de la part des marchés émergents. En 1998, 13 milliards de bouchons ont été utilisés dans le monde, soit une hausse de 5 % en deux ans. Parallèlement à cette demande croissante, la récolte de liège est en baisse. En 1997 et 1998, les récoltes au Portugal ont été très faibles (voir infographie).Les propriétaires forestiers, au Portugal, en Espagne ou en Italie, ont profité de ce contexte pour spéculer. ' La spéculation est d'autant plus facile que les vendeurs ont en face d'eux des interlocuteurs qui ont absolument besoin de liège ', estime un bouchonnier. Sur les deux prochaines années, le niveau de récolte s'annonce assez important et cela devrait faire redescendre la tension. On attend donc une stabilisation des prix du liège brut, mais pas de baisse. Certains opérateurs portugais estiment d'ailleurs que la hausse de ces dernières années est légitime car la matière première était restée à très bas prix pendant longtemps.' On arrive enfin à un prix suffisamment rémunérateur pour que les propriétaires conservent et puissent entretenir leurs forêts de chêne-liège. Il nous appartient de trouver les réponses adaptées au niveau de chaque entreprise pour ne pas avoir à répercuter entièrement cette hausse de la matière première. Nous devons, par exemple, nous diversifier afin de valoriser la totalité du liège brut car il est impossible de faire passer la hausse uniquement sur les bouchons ', explique l'un d'entre eux.La matière première constitue, en général, entre 50 et 75 % du prix final d'un bouchon. Plus on monte dans la qualité des bouchons, plus le poids de la matière première est important. Les bouchonniers ont répercuté de façon assez variable la hausse du liège brut. Certains ont plutôt augmenté les hauts de gamme, compte tenu de l'importance de la matière première. Chez d'autres, ce sont surtout les bouchons de moyenne gamme qui ont supporté la hausse car ce sont les plus demandés. Les bouchonniers cherchent aussi à développer les produits industriels : la valeur ajoutée se fait alors chez le bouchonnier par la mise en oeuvre d'un process bien particulier. On peut citer, par exemple, les bouchons du type agglo avec une rondelle à chaque extrémité, les bouchons collés, les bouchons faisant intervenir du liège mélangé à des composés synthétiques, les bouchons entièrement synthétiques...Quelle que soit la solution déjà proposée à leurs clients pour certains ou en cours d'étude pour d'autres, les bouchonniers sont bien décidés à réagir à la situation actuelle et à ne pas rester les otages des propriétaires forestiers. Une évolution qui semble convenir aux vignerons, coopératives et négoces si l'on en juge par le succès remporté par les bouchons industriels commercialisés actuellement.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :