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Apogée et déclin entre le Moyen Âge et le XIXe siècle

La vigne - n°96 - février 1999 - page 0

Au Moyen Âge, les vignobles de l'Aisne sont renommés comme producteurs de vins blancs. Ils sont bien situés, à proximité du marché flamand, faciles à atteindre par voie de terre et par eau. Ils s'effacent peu à peu au XIXe siècle.

Vers 1814, les vignobles de l'Aisne, répartis à peu près également entre les trois arrondissements du département, produisent à la fois des vins rouges et des vins blancs. Les cépages noirs sont représentés par deux variétés de morillons (pinots), le gros et le petit, par le blanc meunier, le tressot, le samoireau (cépage qui est peut-être le cot et dont le nom, sang noir, indique un raisin qui donne un vin très coloré) et le pendrillard, ce dernier étant sans doute un gouais car il est réputé mauvais.Pour les blancs, on trouve le morillon blanc, encore appelé bar-sur-auben (notre chasselas); on cite le bon-blanc (notre pinot blanc), le raisin des Pays-Bas, encore appelé romeret dans le Laonnais (notre chardonnay). Il existe encore deux cépages peu appréciés, le pendrillard blanc ou gouais blanc, et le vert-blanc, qui est sans doute l'arbane.Tous ces cépages sont renouvelés par la technique du provignage (tous les six ans environ) ou plantés par boutures, qu'on appelle aussi cotrets. Après l'arrachage d'une vigne, on fume la terre et on plante des légumes, ou bien on sème du sainfoin qu'on retourne à la fleur la seconde année.Les meilleurs terroirs sont ceux des quatre cantons de Craonne, Laon, Anisy et Coucy, dans l'arrondissement de Laon, mais aussi les pentes sablonneuses et caillouteuses de la vallée de la Marne, dans l'arrondissement de Château-Thierry. Les vignes de l'arrondissement de Soissons, les plus productives, sont aussi les moins renommées (cantons de Vailly, Soissons et Braisne). Ce sont des vignes hautes, appelées grosses vignes.Bon an mal an, le département produit 300 000 hl de vin par an pour 9 000 ha environ, soit des rendements qui dépassent de peu les 30 hl/ha. Depuis le début de l'époque impériale, le vignoble est en recul pour plusieurs raisons : les vins ont baissé et les blés sont chers; l'établissement des droits réunis rappelle les aides si lourdes de l'Ancien Régime; la grande gelée de printemps du 25 floréal an X (15 mai 1802), tout cela a poussé à l'arrachage.C'est l'arrondissement de Laon qui fait les meilleurs vins : en année commune, on produit 24 hl/ha (12 pièces de 205 l, jauge laonnaise) et le vin se vend facilement à Lille et à Douai, au prix de 30 F/hl. C'est de Craonne, Craonnelle, Pargnan et Jumigny qu'on tire les vins les plus estimés.Les vins blancs de la Marne sont assez délicats mais on leur reproche leur manque de corps; ils ne rendent en moyenne que 20 hl/ha; exportés sur Paris, ils sont coupés avec les vins rouges épais et colorés de la Loire qui, sans eux, n'auraient pas de débit.Quant aux vins de la région de Soissons, ils ont peu de qualité (on les dit froids et sans force), rendent beaucoup pour l'époque (36 hl/ha) et se vendent facilement, grâce à la rivière de l'Aisne, dans le département de l'Oise, au prix de 22 F/hl. Au total, il faut noter que les trois quarts de la production sont absorbés par la consommation locale, la bière et le cidre constituant la boisson ordinaire de la moitié la moins riche de la population. L'ensemble du département produit en outre 200 hl d'une eau-de-vie médiocre qui se consomme sur place.Après 1860, les vignobles de l'Aisne disparaissent rapidement. Aujourd'hui, il ne subsiste que 2 000 ha de vigne dans la vallée de la Marne, dans l'aire d'appellation Champagne, pour une production de 130 000 hl. C'est dire que l'arrondissement de Château-Thierry a bien tiré son épingle du jeu.

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