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Tournières en vert

La vigne - n°96 - février 1999 - page 0

En pays nantais, le mot d'ordre est de laisser pousser l'herbe dans les tournières. Elle piège toutes sortes de polluants.

Au départ, il était question de traiter une autre pollution : celle provoquée par le rejet des effluents de caves. C'était la plus apparente. Tous les automnes, elle provoquait une importante dégradation des cours d'eau. Parmi les solutions retenues : l'épandage. Encore fallait-il s'assurer que les effluents n'allaient pas glisser sur les sols pour finir dans les ruisseaux, comme cela se passait déjà sans que l'on s'en donne la moindre peine. Dans le vignoble nantais, beaucoup de parcelles sont en pente et entretenues uniquement par le désherbage. Ces situations favorisent le ruissellement des eaux de pluie, pourquoi pas celui des eaux usées?Pour y répondre, le lycée agricole de Briacé a prêté ses vignes à des essais. Le protocole imaginé par ce centre de formation et la chambre d'agriculture de Loire-Atlantique était simple. Il s'agissait de comparer le devenir d'épandages à des doses croissantes dans les deux parcelles, l'une désherbée dans ses moindres recoins, l'autre dont les tournières étaient couvertes d'herbe. Dès l'apport de 20 m³/ha, il arrivait que les eaux usées ruissellent hors de la première parcelle. Sur la seconde, il ne se produisait jamais rien de tel. La bande de gazon qui l'entourait fonctionnait comme une zone d'infiltration.Les observations ont eu lieu en 1996 et 1997. A cette période, dans la Bretagne voisine, différents organismes avaient déjà prouvé l'effet des bandes enherbées sur la rétention des pesticides. Ils avaient trouvé là une manière de réduire la pollution de leurs cours d'eau. Or, au même moment, on découvrait que les rivières du vignoble nantais étaient aussi contaminées. Les eaux renfermaient du diuron, de la terbuthylazine et du terbuméton. Quelques mesures rapides ont confirmé que ces molécules étaient piégées par l'herbe qui pousse en bout de vigne. Il n'était pas nécessaire d'approfondir le sujet.Les conseillers viticoles ont rapidement fait connaître ces résultats, notamment à l'occasion de visites des parcelles du lycée. Aujourd'hui, ils encouragent vivement tous les vignerons à laisser leurs bouts de parcelles reverdir, et non pas seulement ceux qui veulent y épandre leurs effluents. Leur conseil semble suivi. ' On peut estimer que 10 à 15 % des tournières sont enherbées, avance Jean-Louis Brosseau, de la chambre d'agriculture. Il y a peu de temps encore, elles étaient toutes désherbées. Aucun aménagement n'est nécessaire. Pour que les bandes enherbées soient efficaces, il faut qu'elles mesurent 5 à 6 m de large. Cette dimension est déjà réservée pour que les matériels aient la place de tourner en bout de champ. 'En toute logique, le lycée de Briacé a transformé l'essai. Jacques Brelet, le chef d'exploitation, laisse pousser l'herbe aux abords de toutes les parcelles en pente. Elles couvrent 40 % des 13 ha qui sont en production. ' On est obligé d'y passer au moins deux fois par an pour broyer, explique-t-il. Au total, cela représente une bonne demi-journée de travail. On s'y fait. ' Au Landreau, Patrice Charpentier intervient avec la même fréquence. Ce vigneron a laissé venir l'herbe dans ses tournières depuis plus de cinq ans. Il constate les effets positifs sur l'érosion. : le gazon retient la terre et les sarments que les pluies entraînent hors de ses parcelles. Pour le broyer, il compte quatre jours par an. Son domaine couvre 30 ha, répartis en 35 parcelles. Comme il pratique la lutte raisonnée, il met à profit ses deux passages pour observer les grappes et les feuilles. Malgré le surcroît de travail, il n'est pas prêt à revenir en arrière. ' C'est tout de même plus joli quand le bord des parcelles est vert. '

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