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Coopératives, un rôle social

La vigne - n°104 - novembre 1999 - page 0

Créées lors de graves crises, les caves coopératives ont largement contribué au maintien d'une activité rurale dans de nombreux villages.

Tous pour chacun, chacun pour tous. Cette devise affichée sur quelques frontons de caves coopératives exprime l'identité de ce mouvement. Comme souvent dans les années noires, des hommes décident de se regrouper pour sortir de l'impasse. La mise en commun des moyens permet d'assurer une bonne vinification grâce à un matériel performant et à une meilleure conservation des vins.Ribeauvillé, en Alsace alors allemande, a ouvert la voie en 1895. A la même époque, les 'Fruitières' du Jura et des Alpes sont créées. Et en 1901, l'Hérault, l'un des bastions des caves coopératives, voit la mise en place de la première cave à Mudaison, puis à Maraussan, avec un nom évocateur, 'Les Vignerons libres'. Dans la même philosophie, 'l'Indispensable', à Néoules (Var), ouvre ses portes en 1908. A cette époque, le communisme commence à germer et certains syndicalistes voient dans ces nouvelles structures un premier pas vers la propriété collective. L'avenir ne leur donnera pas raison...Parfois surnommées 'filles de la misère', les caves coopératives se sont essentiellement développées pendant l'entre-deux guerres. Quelque 750 caves ont vu le jour entre 1919 et 1939. La France baigne alors dans un courant mutualiste renforcé par la crise de 1929.En 1932, les fédérations départementales s'unissent dans la Confédération nationale des coopératives vinicoles. Celle-ci deviendra l'interlocutrice des gouvernements. La mise en place des coopératives s'est déroulée dans un esprit constructif. Mais la coopération viticole n'a pas échappé aux conflits humains et certains villages comptent plusieurs coopératives. De même, le principe de la solidarité n'allait pas de soi pour tous, certains n'apportant que leurs mauvaises cuvées. L'obligation de l'apport total de la récolte mettra quelque temps à s'établir.Après un siècle d'existence, les coopératives occupent une place primordiale. Elles vinifient 52% de la production nationale et 40% des AOC. 405 000 ha sont exploités par les 121 000 vignerons engagés dans 877 caves. Leur chiffre d'affaires global s'élève à 30 milliards de francs, dont 8 milliards à l'export. Leur part dans la production départementale est variable selon les régions.Le bilan des caves coopératives est positif sur de nombreux points. L'étude du mouvement des populations rurales vers les villes montre que la désertion des campagnes est nettement moins importante dans les villages comprenant une cave coopérative. Ce rôle social, la coopération le revendique toujours.'A Buxy (Saône-et-Loire), la coopération a permis de maintenir une activité viticole, témoigne Gérard Maitre, président de la fédération de Bourgogne. En 1968, la surface viticole du village s'étendait sur 300 ha, dont 230 ha étaient attachés à la coopérative. En 1998, ce sont 1 000 ha, dont 900 ha à la coopérative. Nous avons installé une vingtaine de jeunes. Ces installations ont été facilitées par le fait que la coopérative paie le fermage au propriétaire. Ce dernier, sécurisé, signe plus facilement un bail à un jeune.' Certaines appellations, comme Tavel (Gard) ou Cahors (Lot), doivent même leur salut à la coopération. Quant au renouveau qualitatif du Midi, les coopératives sont loin d'y être étrangères. Ce rôle social n'a pas eu que des incidences positives. Focalisées par cette mission, certaines coopératives ont un peu oublié leur vocation économique. Oubli renforcé par le principe d'égalité de paiement des coopérateurs, que le raisin soit de bonne ou mauvaise qualité.Cette erreur de stratégie pèse encore sur la coopération. L'image de vin de piètre qualité vient de l'absence initiale de critères qualitatifs. Désormais, la plupart des coopératives rémunèrent leurs adhérents selon plusieurs barèmes. Certaines vont plus loin en élaborant des cuvées différentes selon les terroirs des adhérents, ou selon qu'ils participent ou non à un programme de lutte raisonnée. C'est le cas de la cave de Terrats (Pyrénées-Orientales). La production des 230 ha cultivés en lutte raisonnée va être commercialisée sous une autre marque.La prise de conscience d'optimiser les terroirs progresse au gré de l'inertie ou du dynamisme des dirigeants. L'esprit démocratique des coopératives trouve parfois ses limites, pour peu que les 'avant-gardistes' n'aient pas vraiment accès au conseil d'administration. De même, des coopérateurs ont le sentiment d'avoir perdu le pouvoir dans les unions de coopératives. 'Certains vignerons soient frustrés de ne pas participer aux décisions quotidiennes, comprend Patrick Dhuisme, directeur de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF). Mais s'ils vendaient leur production à un négociant, ils n'auraient pas leur mot à dire.'Les unions de coopératives se sont développées pour accompagner la concentration de la distribution française. La première marque de vin AOC, Cellier des Dauphins, provient du regroupement de coopératives de la Drôme et du Vaucluse. Jacquart ou Nicolas Feuillatte, en Champagne, sont aussi la propriété d'unions de coopératives.Outre l'accès aux hypermarchés français, ces regroupements permettent une présence sur les marchés internationaux. Le rôle de la coopérative s'apparente alors à celui du négoce, ouvrant la porte à certaines pratiques plus ou moins bien perçues.L'Uccoar, Union de coopératives de l'Aude, avait ainsi décidé d'acheter du vin argentin pour compléter sa gamme. Cette initiative n'a pas été validée par le conseil d'administration, preuve que même dans les grandes structures, les coopérateurs gardent un réel pouvoir.Après s'être concentrées sur les aspects techniques et sociaux, puis commerciaux, les coopératives s'attaquent à la communication. Depuis quelques mois, le logo fédérateur s'affiche peu à peu sur les frontons des coopératives. Et quand l'idée de dépoussiérer l'image des 'coopés' sera admise par le plus grand nombre, la confédération investira dans une communication plus élargie, avec le relais des 877 caves...

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