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Uruguay

La vigne - n°110 - mai 2000 - page 0

A côté de ses grands voisins viticoles (Argentine et Chili), l'Uruguay fait office de très 'petit' avec ses 9 300 ha de vignes. On y fait tout pour conquérir des marchés à l'export.

La vigne existe en Uruguay depuis le XIXe siècle, à l'initiative de vignerons italiens et espagnols installés près des villes, entre la côte atlantique et le Rio de la Plata. On dit que ce terroir ressemble à la vallée de la Gironde, avec des nuits fraîches et une pluviométrie comparable (800 à 1 200 mm/an)... Mais pendant longtemps, ce vignoble, qui a couvert jusqu'à 20 000 ha, n'a donné qu'un vin de table de qualité médiocre.Depuis plusieurs années, les données changent sérieusement. Pour inverser la vapeur, l'Inavi (1) applique une politique viticole énergique: investissement dans le vignoble et le matériel, formation du personnel et développement des marchés. Par exemple, une prime de 40 000 F/ha est offerte aux petits vignerons qui arrachent les hybrides et replantent des cépages nobles et commercialement porteurs, comme le cabernet franc, le cabernet sauvignon, la syrah, le sauvignon blanc ou autre chardonnay... Et si, de 1990 à 1998, la superficie des vignes en production a diminué de 25% dans le pays, les plantations 'qualitatives' s'accélèrent, en particulier dans le nord où elles remplacent souvent la canne à sucre. A court terme, l'objectif est de planter 2 000 ha.Les subventions financent aussi le tiers des investissements en matériel (réfrigération, filtration...) ainsi que 80% de la formation technique et commerciale des hommes. Près de 70 millions de francs ont ainsi été consacrés à ce projet global depuis deux ans pour une centaine d'exploitants. Bernard Caillol, jeune oenologue français engagé par la bodega Juanico, témoigne de cet enthousiasme: 'Ici, les conditions sont réunies pour élaborer de très bons vins: climat, terroir, cépages, investissements techniques... mais surtout le potentiel humain, car les gens sont humbles et veulent toujours apprendre.'En moyenne en Uruguay, 1 ha de terre vaut 17 000 F et la création d'une vigne revient à 110 000 F: préparation du sol, plants, piquets, fils de palissage et trois années de main-d'oeuvre sans récolte; pour 5 ha, on compte un ouvrier rémunéré 3 000 F/mois. Les ingénieurs de l'Inavi conseillent la lyre ou l'espalier haut 'qui surélève les grappes, offre une meilleure maturation, évite les défauts de couleur, améliore l'assimilation chlorophyllienne, la ventilation, et réduit donc les problèmes de botrytis.' Après la vendange (mars), entre les rangs de vigne, certains vignerons pratiquent le semis direct de triticale ou d'avoine et d'orge. Ces céréales sont fauchées au printemps suivant (septembre). Si les vignerons n'utilisent généralement pas d'engrais chimique, ni d'insecticide, l'humidité du climat nécessite cependant une dizaine de passages de fongicides et l'application de bouillie bordelaise.Le vin de table (vino de tavola) régresse au profit des vins fins, DO (denominacion de origen) et VCP (vino de calidad preferente), en particulier les rouges. Reinaldo De Lucca, vigneron et importateur de plants de vignes français, s'exprime avec l'accent de Montpellier où il a étudié la viticulture.'Nous ne devons pas essayer de faire un vin similaire au bordeaux ou au bourgogne, ou un vin technique comme aux États-Unis, mais élaborer un produit qui évoque l'Uruguay. Pour l'instant, notre tannat est à la mode, mais elle change. Il faudrait faire des assemblages avec d'autres cépages pour lui donner un peu plus de complexité et créer une signature.' La vendange 2000 vient de s'achever et semble offrir un excellent potentiel. Ces efforts conduisent à des résultats encourageants: accroissement du marché intérieur de 20% en dix ans et développement des exportations (30 000 hl). La bodega Toscanini, par exemple, vend 60 000 cols en Allemagne, Angleterre, Pologne, République tchèque, USA, Argentine, Brésil et Japon, au prix de 17 à 30 F la bouteille FOB. Avec 10 000 hl exportés, en particulier vers l'Europe du Nord, Irurtia double cette année son record de l'an passé. Ses vins fins valent de 9 à 20 F la bouteille, l'effervescent 'méthode traditionnelle' est à 35 F. Formule originale, Isabel Mazzucchelli vend sa sélection du mois par abonnement à un 'Club de vinos, Cava privada'.De nombreuses sociétés viticoles françaises et espagnoles investissent en Uruguay, carrefour stratégique du Mercosur entre le Brésil et l'Argentine, soit l'équivalent d'un 'Bruxelles à l'européenne'. Et l'actuel président de l'Inavi postule à l'élection prochaine de la présidence de l'Office international de la vigne et du vin... L'Uruguay viticole a vraiment des envies d'émancipation.(1) Inavi: Instituto nacional de vitivinicultura est un organisme parapublic financé notamment par une taxe sur la bouteille.

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