Retour

imprimer l'article Imprimer

archiveXML - 2004

L'Alsace échafaude une nouvelle appellation

La vigne - n°150 - janvier 2004 - page 0

La région veut créer une appellation intermédiaire entre l'appellation générique et les grands crus. Elle prépare une définition de la typicité de ses vins et réfléchit à une redéfinition des termes ' sec ' et ' moelleux '.

La création d'une appellation intermédiaire, placée entre l'AOC Alsace et l'AOC Alsace grand cru, a longtemps été l'Arlésienne du vignoble. L'année 2003 a marqué un tournant. Depuis l'été dernier, tous les syndicats de villages ont entre les mains une feuille de route qui précise comment y parvenir. Elle leur demande de recenser les lieux-dits, voire les communes où l'appellation intermédiaire pourrait être produite, et de préciser dans quelles conditions (rendement, richesse en sucres à la récolte...). Les premiers examens de dossier sont prévus en 2004.
Le projet est porté par l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava), pour laquelle cela consiste à ' faire l'inventaire de ce qui existe et à fixer un cadre à ce qui se pratique '. Cependant, le syndicat se battait encore, fin 2003, pour la préservation de ce montage menacé de nullité par la transcription en droit français du règlement européen sur l'étiquetage. Ce texte, de tendance libérale, prévoit que tout lieu-dit puisse être mentionné, du moment que le producteur prouve que le vin en provient. Or, l'Ava veut dresser une liste limitative de ceux qui pourraient composer son appellation intermédiaire. Pour y parvenir, elle demande une modification de l'ordonnance de 1945 qui crée l'AOC Alsace par l'adjonction de la liste des lieux-dits et des communes qui pourraient figurer sur les étiquettes.

Au-delà du débat purement technique, l'idée devra convaincre les sceptiques. ' Cette appellation ne risque-t-elle pas de jouer les trouble-fête, s'interroge François Ringenbach, négociant et président du Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa). Les cépages, les grands crus, les mentions compliquent déjà l'offre. Les lieux-dits vont la rallonger. Il faudra être très attentif pour trouver un marché à ces vins. '
Dans un registre voisin, la profession se penche depuis un an sur la définition de la typicité de ses vins. Elle ne clôturera sans doute pas ce chantier avant 2005. Mais à ce terme, il lui faudra dire quel est ' l'ensemble des caractéristiques qui font la particularité du vin d'Alsace ' , et s'accorder sur les équilibres entre sucre résiduel et acidité totale, qui détermineront l'utilisation des termes ' sec ' et ' moelleux '. ' La clarification de notre offre en dépend ', rappelle François Ringenbach. ' Le consommateur doit savoir ce qu'il y a dans la bouteille ', reconnaît Gérard Boesch. Le président de l'Ava défend une stratégie de ' vins authentiques ', produits ' dans le respect des conditions agrienvironnementales et paysagères. Les vins d'Alsace ne doivent pas se bagarrer sur la production de masse ', dit-il en faisant part de ses plus grandes réserves quant au conditionnement en Bag-in-Box (Bib). Certains opérateurs ne dédaigneraient pas pareille perspective. François Ringenbach prévient que dans une telle hypothèse, ' les entrées de gamme resteraient les seules concernées ', afin de ' ne pas dévaloriser une image qualitative patiemment construite au fil des ans, ni remettre en cause la mise d'origine '.

Le Bib va faire l'objet d'une étude juridique et de marché commandée par le Civa. Il s'agira de savoir si ce conditionnement est compatible avec les textes qui imposent la mise en bouteilles dans la région de production.
La colonne vertébrale de la promotion restera le renforcement de la marque collective. Elle comportera des actions traditionnelles vers la grande distribution et les cavistes en France métropolitaine (70 % des ventes).
A l'étranger, l'accent est mis, chaque année, sur des pays différents. En 2004, il le sera sur le Danemark et les Pays-Bas. Le rehaussement des budgets permettra d'y engager des campagnes grand public, et non plus seulement limitées aux prescripteurs. L'Allemagne, ex-marché leader à l'export, sera également reconsidérée. ' Il s'agira de comprendre pourquoi le consommateur allemand s'est détourné des vins d'Alsace et d'identifier le type de produit qu'il recherche. La question est de savoir si l'Alsace peut regagner tout ou partie de la place perdue ', explique François Ringenbach.
Plus généralement, le Civa a l'intention de s'intéresser aux pays s'ouvrant à la consommation de vin comme la Corée du Sud, le Vietnam, voire la Chine. ' L'important est d'amener un maximum de consommateurs à boire du vin, même s'ils restent de petits clients ', ajoute le président du Civa. Il sera le premier à applaudir au renouvellement d'opérations comme celle, cofinancée par l'Union européenne, menée au Japon sur la période 2002-2004, avec Inter Rhône et Jerez.

Pour mener cette politique, le Civa devra se contenter de moyens constants. Son budget était de 4,85 millions d'euros en 2003. Il sera à peine supérieur en 2004. Par ailleurs, l'interprofession veut se mobiliser pour plaider, avec plus d'assiduité que par le passé, ses intérêts auprès des décideurs politiques. Elle veut entreprendre un effort de formation des dégustateurs, aptes à agréer les crémants en bouteille, et désigner une commision technique, chargée de fixer des orientations de recherche viticole pour les cinq à dix ans à venir. Dans ce domaine, le Civa a déjà fait part de sa volonté de rechercher, à partir de 2005, des clones moins productifs de pinot gris et pinot auxerrois. Leur comportement sera évalué en fonction du type de sol sur lequel ils seront plantés.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :