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Kyoto en Champagne

La vigne - n°158 - octobre 2004 - page 0

En 2003, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne a mesuré l'impact de l'élaboration et de la commercialisation de champagne sur la production de gaz à effet de serre. La bouteille plombe le bilan.

Dans un contexte de crise viticole, la démarche peut paraître décalée : calculer la contribution de la filière à la production de gaz à effet de serre. La plupart des régions ont d'autres chats à fouetter. La Champagne qui, au coeur de sa bulle, n'a pas les mêmes ennuis, a pris le problème à bras le corps. ' Le réchauffement est en cours et personne ne peut l'arrêter. En 2100, la température aura augmenté de 2 à 6°C.
Mais on peut éviter l'emballement. Même si la contribution champenoise est dérisoire à l'échelle planétaire, c'est un devoir citoyen et de filière que de s'intéresser à ce problème ', pose Arnaud Descôtes, du CIVC (Comité interprofessionnel du vin de Champagne).
En 1997, plusieurs Etats industrialisés ont signé, à Kyoto, un protocole donnant pour objectif une diminution de 5,2 % des émissions de gaz à effet de serre de 2008 à 2012. A son échelle, la Champagne a estimé sa contribution à l'émission de gaz à effet de serre grâce au bilan carbone. Son objectif : définir les plus gros postes, pour ensuite les diminuer.
Pour cela, le CIVC a calculé les émissions internes (consommations d'énergie et d'électricité en viticulture et oenologie) et les émissions liées aux combustions diverses, aux émanations et aux fuites. Il a ajouté les émissions dues au déplacement du personnel, au transport de marchandises (expéditions), et au fret routier depuis les fournisseurs.

Pour obtenir le bilan carbone, il a tenu compte des émissions liées : à la fabrication des matériaux entrants et de leurs emballages, à la construction des bâtiments et des matériels utilisés, au traitement des déchets, emballages et effluents produits directement ou indirectement, aux services auxquels l'entreprise fait appel.
Au total, pour fabriquer et amener une bouteille de champagne chez un client, il faut 700 g d'équivalent carbone, soit un trajet de 15 km en voiture. Pour les 285 millions de cols produits chaque année, il faut environ 200 000 t d'équivalent carbone, soit les émissions de gaz de 75 000 Français.
Deuxième constat : les émissions internes ne représentent qu'un quart des émissions totales, le reste ressortant de l'amont et de l'aval. Parmi celles-ci, citons en viticulture : le fioul pour le chauffage des bâtiments, la lutte contre les gelées, et la conduite d'engins ; en oenologie : la climatisation, le chauffage et l'éclairage des chais, le contrôle des températures, la consommation des appareillages électriques. A cela s'ajoutent les émissions issues du brûlage des sarments ou de souches, de l'épandage d'engrais ou des fuites de gaz réfrigérant dans les installations de froid. ' On peut faire des économies grâce à des process et des matériels moins énergivores, en étant plus vigilant sur les systèmes de refroidissement et les fuites... ', conseille Arnaud Descôtes.
Troisième constat : le poste qui dégage le plus de gaz à effet de serre est celui des emballages (bouteille en verre, carton d'expédition, film plastique, étui, produits phytosanitaires ou oenologiques...). ' En diminuant les intrants du fait de la viticulture et de l'oenologie raisonnée, il y aura moins d'emballages ', raisonne Arnaud Descôtes. Les emballages à l'expédition (bouteille, carton, film...) représentent à eux seuls près d'un tiers des émissions, dont presque la moitié pour la bouteille . ' Il nous faudra, à terme, réfléchir sur nos emballages propres, notre packaging, notre bouteille. Mais il ne s'agit pas que d'un problème technique, c'est aussi une question d'image. '

Autre poste à surveiller, celui des transports. Il constitue 13 % du bilan carbone. L'avion représente 40 % de ce poste, alors que peu de personnes le prennent et que peu de bouteilles sont expédiées ainsi. ' En évitant l'avion, en planifiant les tournées, en réduisant le fret routier, on fera des économies de gaz à effet de serre. '
Citons les émissions liées à la conception des bâtiments, du matériel, au marketing, à la communication, le traitement des déchets...
Comme le signale Arnaud Descôtes, ' il n'est pas possible d'intervenir sur tous les postes. Dans les conditions actuelles, nous estimons à 20 ou 30 % la diminution possible des émissions sur dix ans '. Un travail de longue haleine !

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