Retour

imprimer l'article Imprimer

archiveXML - 2004

Le cordon de Royat convient aux vignes vigoureuses

La vigne - n°160 - décembre 2004 - page 0

Dans des parcelles très fertiles, le cordon de Royat permet de diminuer le rendement, tout en améliorant légèrement la qualité. Le temps de travail s'en trouve allégé, même si cela n'a que peu de répercussions sur les coûts de production.

L'ITV de Bordeaux a comparé la taille Guyot double au cordon de Royat, ou cordon bilatéral. Ces essais ont été menés sur trois appellations (Bordeaux, Pessac-Léognan, Haut-Médoc), de densités variables (2 380, 5 000 et 6 666 pieds/ha), et avec trois types de cépages : merlot, cabernet-sauvignon et cabernet franc. Ils ont été réalisés sur quatre, cinq ou sept années consécutives, suivant les parcelles. Lors de chaque essai, le même nombre d'yeux a été laissé sur chaque cep (16 bourgeons en Bordeaux, 12 en Pessac-Léognan, et 8 en Haut-Médoc). Par ailleurs, tous les essais en Guyot ont été liés à plat.
Le principal résultat de ces expérimentations est que le cordon bilatéral convient mieux aux vignes trop vigoureuses que le Guyot double. A l'inverse, il provoque des chutes de rendement très importantes sur des vignes peu fertiles.
En cordon de Royat, le poids moyen des grappes est inférieur d'environ 24 %, ce qui induit une diminution du rendement de 20 à 30 %. La qualité, quant à elle, est en faveur du cordon, même si les écarts ne sont pas marqués. Enfin, lors des dégustations, le vin issu de vignes conduites en cordon est aussi apprécié, voire légèrement préféré à celui issu de vignes en Guyot double. D'un point de vue cultural, la taille en cordon facilite le prétaillage, et évite de tirer les bois et de les broyer. Néanmoins, le viticulteur doit repasser pour nettoyer le cep, opération plus longue que la taille Guyot. Par ailleurs, le cordon étant une taille plus courte que le Guyot, les bourgeons secondaires sortent plus facilement. Par conséquent, le temps d'ébourgeonnage est supérieur.

En revanche, la taille en cordon supprime le liage : il faut juste rattacher les bras si les attaches sont trop vieilles. Enfin, les opérations d'éclaircissage sont beaucoup plus limitées, puisque le rendement est moindre.
Le principal inconvénient de ce mode de taille est qu'il nécessite une grande technicité, car le renouvellement des bras est difficile. Pour le faciliter, Thierry Coulon, de l'ITV, conseille de ' procéder à une taille en créneaux alternés : sur le premier courson, il faut laisser un bois avec deux yeux, sur le deuxième, repartir de l'oeil de la couronne, sur le troisième, on relaisse un bois avec deux yeux, et ainsi de suite '.
Ces expérimentations ont été complétées par des études sur les temps de travaux et sur les coûts de production. Eric Chadourne, de l'Adar de Branne-Libourne-Targon (Gironde), a compilé les résultats d'une enquête réalisée par un stagiaire de l'Enita, auprès de viticulteurs taillant leur vigne en cordon et en Guyot. Cinq exploitations bordelaises ont été passées au crible. Il en résulte que la taille en cordon ne permet pas de faire d'économies flagrantes : les temps de travaux sont de 1,5 à 2 fois plus faibles qu'avec une taille en Guyot double mais, financièrement, ce gain de temps est compensé par un coût de mécanisation supérieur. En revanche, le cordon de Royat permet au viticulteur de mieux s'organiser et d'être plus mécanisé.
Pour ces raisons, certains exploitants ont décidé de transformer leur Guyot double en cordon bilatéral. Pour mener à bien cette opération, Thierry Coulon prévient qu'il faut posséder un palissage de très bonne qualité : le fil porteur doit être particulièrement résistant, les piquets de tête (culées) costauds et les piquets doivent, au plus, être disposés tous les cinq ceps. Par ailleurs, une formation de la main-d'oeuvre s'avère nécessaire.
La SCEA Courros, à Saint-Vincent-de-Pertignas (Gironde), a franchi le pas en 1988. ' Nous avons choisi le cordon pour des raisons économiques : il facilite le prétaillage, et supprime le tirage des bois et le liage , explique Christian Zamparo. Par ailleurs, nos vignes sont larges, puisqu'elles sont plantées à une densité de 3 300 pieds par ha (interrang de 3 m), donc le cordon limite la vigueur. En dernier lieu, nous avons opté pour ce mode de taille pour des raisons qualitatives : il évite l'entassement de végétation au niveau de l'arcure. Du coup, il n'y a plus de décalage au débourrement et on obtient une maturité homogène . ' L'exploitation, située en appellations Bordeaux, Bordeaux supérieur et Bordeaux blanc, est passée de la taille Guyot à la taille cordon en l'espace de deux à trois ans. ' Cela n'a pas été facile de trouver des branches là où il fallait, se souvient-il. Nous avons formé un bras la première année, puis le second l'année suivante . Par contre, sur les jeunes vignes, cela n'a posé aucun problème. Il a juste fallu faire attention à bien attacher les lattes (deux à trois attaches) . '
Christian Zamparo reconnaît que la taille en cordon est plus technique que celle en Guyot puisqu'il faut éviter de monter les cots. Au départ, la SCEA a rencontré une autre difficulté : il lui a fallu deux à trois ans avant d'arriver à se caler au niveau des rendements, car le viticulteur a constaté que les premiers bourgeons portent des grappes beaucoup moins grosses. Au final, pour obtenir 55 à 60 hl/ha, il taille les merlots à deux fois trois cots, à raison de deux à trois yeux par cot, soit un total de 15 à 20 bourgeons par pied. Sur les cabernets-sauvignons, le nombre de cots est identique, mais il y a, en moyenne, un oeil de plus par cot, ce qui fait entre 20 et 25 bourgeons par pied. Toutefois, il souligne que tous les yeux débourrant en même temps, cette taille augmente l'incidence des accidents climatiques : en cas de gel ou de coulure, il risque de tout perdre.

Au niveau du temps de travail, Christian Zamparo estime qu'il y gagne : même si le cordon est plus long à tailler que le Guyot (+ 10 %), il n'y a pas de bois à faire tomber, ni de liage à effectuer. Il souligne que c'est d'autant plus avantageux, qu'à l'heure actuelle, la main-d'oeuvre acceptant de tirer les bois est rare. La durée des autres travaux est à peu près équivalente, quel que soit le mode de taille. Au niveau sanitaire (mildiou, oïdium, pourriture grise), il n'y a pas non plus de différence.
Par contre, il a beaucoup moins de problèmes de maladies du bois que s'il taillait en Guyot. Il attribue cela au fait qu'il n'y a pas de grosses plaies de taille, et que seul le bois de l'année est coupé.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :