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Le marquis de Bonas : sa distillerie fut l'honneur du Gers

La vigne - n°172 - janvier 2006 - page 0

A l'aube du XVIII siècle, le marquis de Bonas, toujours à la pointe du progrès, introduit dans le Gers les méthodes les plus modernes de distillation.

Antoine de Melet, marquis de Bonas, est né à Condom, le 21 juillet 1744, dans une vieille famille gasconne. Capitaine de cavalerie, après le décès de sa mère, il hérite du domaine de Bonas et se retrouve à la tête d'une importante propriété foncière. Il quitte l'armée, sans doute vers 1785, pour gérer ses biens.
A son arrivée, il trouve le domaine, qui comprend sept métairies, dans un total délabrement. Les champs sont en friche et les vignes presque ' anéanties '. Il en commence la restauration et entreprend la reconstitution du vignoble. Il recueille les premiers fruits de ce travail de longue haleine à la veille de la Révolution.
Après le décès de sa femme, en 1791, il se consacre à la terre et devient l'un des premiers chefs d'exploitations agricoles de son pays, qui met en pratique les procédés les plus scientifiques de son temps, relève Jean Cavé dans sa notice biographique. Il choisit d'intensifier la culture de la vigne. ' A cette époque, la viticulture constitue le principal revenu des agriculteurs gersois , poursuit Jean Cavé. Les cépages blancs sont presque exclusivement cultivés en vue de convertir le vin en eaux-de-vie. ' Leur vente constitue une ' très intéressante source de revenus ' depuis la guerre d'indépendance aux Etats-Unis.

Le marquis transforme en vignoble deux de ses métairies et toutes les terres non propices aux autres cultures, ' en les donnant en faisande pour vingt-neuf ans, à moitié, fruits transportés chez lui '. ' Travailleur infatigable et partisan des méthodes les plus modernes ', il participe à la fondation de la Société libre d'agriculture du département du Gers. En 1797, les vignes du marquis de Bonas commencent ' à rapporter sérieusement '. Il décide alors de construire un chai et une distillerie dignes de ce nom. Il suit avec une grande attention les travaux auxquels se livrent ses contemporains ' pour améliorer le grand art '. Il correspond avec les meilleurs scientifiques de son temps et prend conseil auprès de Chaptal. Il installe un pressoir, un chai avec des cuves à vin et une brûlerie pour la distillation. Subtile innovation, le tout est disposé sur trois niveaux pour bénéficier de la gravité.
' Le Gers est resté toutefois imperméable à ces innovations et brûle toujours avec des procédés primitifs ', indique Jean Calvé. La qualité laisse à désirer et le prix de revient est très élevé, car les brûleries, mal agencées, nécessitent une main-d'oeuvre importante. A l'époque, un rapport, rédigé pour le compte du gouvernement, fait état de ses faiblesses. Une seule distillerie du Gers trouve grâce aux yeux du rapporteur et emporte tous ses éloges : c'est celle du marquis de Bonas. ' Elle fait honneur au département, indique-t-il. Le propriétaire a su profiter des avantages d'un local en pente pour faire passer le vin du pressoir dans la cuve, de la cuve dans l'alambic, et de l'alambic dans les futailles, sans évaporation et sans frais de transport. '

En juillet 1801, un étudiant en chimie, Edouard Adam, fait breveter l'alambic à distillation continue et à chauffe simple, un appareil ' moderne qui révolutionne complètement la façon de distiller '. Le marquis de Bonas est le premier à l'expérimenter. Conquis, en 1805, il va jusqu'à détruire son précédent alambic ' qui était le plus parfait de la région ' pour le remplacer par le nouveau procédé qui donne une meilleure rentabilité.
Au travers de la Société d'agriculture, il invite les brûleurs du Gers à construire ces appareils qui économisent ' plus de la moitié du combustible ', qui demandent moins de vin (1 400 l, contre 1 664 l pour les appareils anciens pour faire une pièce d'eau-de-vie) et qui peuvent ' distiller en vingt-quatre heures ce qu'une chaudière actuelle fait en trois jours '. La renommée de son atelier se répand et les visiteurs affluent. Le marquis de Bonas s'éteint chez lui le 16 avril 1822.

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