Retour

imprimer l'article Imprimer

GUIDE PHYTOS

MAGALI GRINBAUM, responsable des analyses de résidus à l'IFV pôle Rhône-Méditerranée « Tendre vers l'absence de résidu quantifié »

La vigne - n°201402 - février 2014 - page 14

Réduire les teneurs en résidus de pesticides nécessite de bien choisir ses matières actives, en positionnant avant la floraison celles qui ont le plus de risque de se retrouver dans les vins.
MAGALI GRINBAUM, responsable des analyses de résidus à l'IFV pôle Rhône-Méditerranée © C. GRILHÉ

MAGALI GRINBAUM, responsable des analyses de résidus à l'IFV pôle Rhône-Méditerranée © C. GRILHÉ

Quelles molécules retrouve-t-on le plus souvent dans les vins ?

M. G. : Il s'agit surtout de fongicides : des antibotrytis (fenhexamid et fludioxonil), des antimildious (mandipropamid, diméthomorphe et iprovalicarbe) et, plus rarement, des anti-oïdiums comme le boscalid. D'autres substances sont souvent détectées dans les vins : par exemple l'acide phosphoreux - le métabolite du fosétyl-Al - ou le cuivre. À l'inverse, certaines molécules ne sont jamais retrouvées : la majorité des herbicides, la plupart des insecticides et quelques fongicides. La capacité des matières actives à passer dans les vins dépend de leur solubilité dans l'eau en milieu acide et de leur dégradation en éléments plus simples. Certaines molécules sont ainsi totalement éliminées lors de la vinification.

Les niveaux de résidus retrouvés dans les vins sont-ils préoccupants ?

M. G. : Nous constatons une forte baisse des teneurs en résidus dans les vins. Aujourd'hui, les techniques d'analyses très précises permettent de détecter un très grand nombre de molécules, mais les niveaux quantifiés sont très faibles, très en dessous des limites maximales de résidus (LMR) fixées pour les raisins en milligramme par kilogramme. Les teneurs détectées dans les vins ne dépassent jamais 2 % de la dose journalière admissible (DJA), qui est la référence de toxicité à long terme pour l'homme à ne pas dépasser pour une molécule donnée.

Comment peut-on réduire au maximum les teneurs en résidus de ses vins ?

M. G. : Il faut savoir que plus les molécules sont appliquées tard durant la campagne, plus elles risquent de se retrouver dans les vins sous forme de résidus. Dans nos essais, nous avons donc décidé d'appliquer les matières actives connues pour avoir un taux de transfert élevé dans les vins avant la fleur. Si on traite très tôt, avant la floraison, avec de l'iprovalicarbe, du dimétomorphe, du boscalid, du méfénoxam ou du mandipropamid par exemple, peu de résidus seront retrouvés.

À partir de la floraison, nous appliquons d'autres molécules connues pour ne pas passer dans les vins. C'est le cas des antimildious à base de zoxamide, de cymoxanil et de dithiocarbamates, des anti-oïdiums à base de trifloxystrobine et de quinoxyfène, ainsi que des antibotrytis à base de mépanipyrim et de fluazinam. Bien choisir et bien positionner les molécules permet d'atteindre l'objectif « zéro résidu quantifié ». En revanche, la baisse des doses ne semble pas avoir d'effet significatif sur la réduction des résidus dans les vins.

Avec Inter-Rhône et les chambres d'agriculture du Vaucluse, du Gard et du Roussillon, nous poursuivons cette étude sur la recherche d'itinéraires techniques viticoles réduisant de façon significative les teneurs en résidus dans les vins. Nous testons également plusieurs itinéraires de vinification à partir de raisins traités de façon identique.

Certaines pratiques oenologiques peuvent-elles permettre de diminuer les résidus ?

M. G. : Selon nos essais, sur vins rouges, la thermovinification suivie d'un pressurage direct avec un débourbage à froid ou une filtration sur terre semble permettre une meilleure élimination des matières actives, avec des taux de résidus inférieurs de 40 à 50 % selon les molécules par rapport à la vinification traditionnelle.

Sur vins blancs, en pressurage direct, le charbon peut réduire de façon importante les résidus et même les supprimer totalement, mais nous allons poursuivre nos essais et nos dégustations afin d'évaluer son impact sur le profil organoleptique des vins. En fin de fermentation alcoolique, le charbon peut être associé à un collage à la gélatine afin d'en réduire la dose.

Un label valorisant les vins sans résidu ou presque

Le laboratoire bordelais Excell propose depuis 2010 le label + Nature. Il s'agit d'une attestation, fondée sur des analyses, garantissant qu'un vin contient trois résidus de pesticides au maximum (uniquement des fongicides, dont deux antibotrytis au plus). « Nous effectuons cette prestation pour des producteurs et des négociants de différents vignobles en France investis dans la viticulture raisonnée, explique Stéphane Boutou, responsable technique au laboratoire. Cette démarche leur permet de se démarquer et de valoriser leurs efforts. » Le logo + Nature peut être apposé sur la bouteille. Pour réduire les teneurs en résidus dans les vins, Excell conseille de privilégier les molécules dont les taux de transfert du raisin au vin sont les plus bas. Il alerte aussi les producteurs sur le risque de réutilisation de lies de vins blancs et de barriques usagées qui peuvent transmettre des résidus d'un millésime à l'autre.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :