Retour

imprimer l'article Imprimer

GUIDE PHYTOS - MALADIES

Esca La prévention en seul recours

La vigne - n°201402 - février 2014 - page 46

En 2013, les vignobles français ont à nouveau été lourdement touchés par l'esca. Le seul moyen de lutte contre la maladie est la prophylaxie.

1. Éliminez les bois morts

« La prophylaxie est indispensable et doit être appliquée avec rigueur. Pour réduire l'inoculum présent dans les vignes, il faut retirer des parcelles les ceps et les bras morts, puis les brûler ou les stocker à l'abri de la pluie », insiste Philippe Larignon. Évitez également de blesser les ceps et de les brutaliser. « Les machines à vendanger peuvent secouer les pieds de façon importante et ceux-ci peuvent dépérir après leur passage », prévient Pascal Lecomte.

2. Prenez soin de vos vignes lors de la taille

Plusieurs experts soulignent qu'une taille très mutilante fragilise la vigne et accélère le développement de nécroses. « Il faut reconsidérer les systèmes de taille, poursuit Pascal Lecomte. Ceux-ci ont été trop simplifiés, notamment avec des bras trop courts et des plaies rases proches du tronc. La vigne est une plante surtaillée sur laquelle on laisse très peu d'appels de sève. Il faut donc bien les choisir. »

« De mauvaises pratiques de taille engendrent des zones de bois mort, colonisées ensuite par les champignons responsables de l'esca, renchérit François Dal. Les plaies de tailles rases sont à bannir, car le cep cicatrise en formant un cône de dessèchement. Lorsqu'on taille ras, ces cônes se forment dans le cep. À la longue, ils entravent le flux de sève. Il faut aussi éviter de laisser du même côté baguette et coursons, sous peine de voir les nécroses se développer de l'autre côté. »

Pascal Lecomte et François Dal préconisent donc une taille « respectueuse », comme la guyot poussard. Il s'agit d'une taille en guyot simple à deux bras, dont l'un porte un courson et l'autre une baguette ainsi qu'un courson de rappel. Alternez la position de la baguette d'une année sur l'autre, afin de conserver un équilibre entre les deux parties de la souche. L'idéal est d'aligner les plaies de taille sur le dessus du rameau.

Vaut-il mieux tailler long ou court ? D'après les premiers résultats d'essais menés par plusieurs chambres d'agriculture, la maladie semble se développer de la même manière dans les deux cas. À l'inverse, le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) observe que la taille longue fragilise les ceps à long terme. L'organisme constate également que les cordons taillés mécaniquement présentent moins de symptômes et une plus faible mortalité. Par ailleurs, la taille tardive ne limite pas les contaminations par les champignons impliqués dans l'esca.

3. Vérifiez la qualité de vos plants

« Les vignerons doivent prendre garde à la qualité de la greffe, souligne François Dal. Celle-ci peut être très variable d'un lot de plants à l'autre. Si la soudure est mauvaise, cela signifie que tous les vaisseaux ne sont pas raccordés. Cela génère des nécroses qui, associées aux conséquences des plaies de taille rases, peuvent faire mourir le pied avant ses dix ans. »

Pour vérifier la qualité du point de soudure, faites le test du « coup de pouce » : prenez le plant quelques centimètres sous le point de greffe et appuyez sur la tête de la greffe pour provoquer une légère arcure. Répétez l'opération trois fois en faisant tourner le plant sur lui-même. La soudure doit rester ferme et élastique. « Si elle est mauvaise, le plant casse, car il existe déjà une nécrose significative à l'intérieur de la greffe », précise Pascal Lecomte. Veillez également à la qualité de l'enracinement du plant, dont le talon doit être sain sur toute sa périphérie. En revanche, il est inutile d'exiger un traitement à l'eau chaude : cela n'empêche pas une contamination au vignoble et peut fragiliser les plants.

Des plants inoculés avec des Trichoderma, des champignons antagonistes, sont disponibles sur le marché. « Ils peuvent retarder l'apparition de la maladie, mais il faut attendre dix ou quinze ans pour se prononcer sur leur efficacité », estime Philippe Larignon.

4. Veillez à l'équilibre global de la vigne

François Dal préconise « d'optimiser au maximum les réserves de la vigne, en limitant les mutilations et en assurant son équilibre. Sa vigueur ne doit être ni trop faible, ni trop forte ». Pascal Lecomte conseille de « bien raisonner en amont la plantation. La distance entre les ceps doit être suffisante pour permettre à la vigne d'avoir deux bras bien formés ».

Pour le chercheur, il est aussi nécessaire d'identifier tous les facteurs de risques dans l'itinéraire technique : « Les parcelles touchées à plus de 30 % par l'esca se caractérisent souvent par un mode de taille mutilant, un cépage sensible, un âge avancé, un enracinement plutôt superficiel, un sol trop fertilisé ou humide au printemps puis très asséchant en été et un porte-greffe vigoureux. »

L'esca modifie le profil des vins

Des chercheurs de l'Institut des sciences de la vigne et du vin de Bordeaux (Gironde) ont démontré que l'esca a un impact sur la qualité des vins. En 2009 et 2010, ils ont vinifié des moûts de cabernet sauvignon contenant différents pourcentages de raisins prélevés sur des ceps atteints par la maladie. Un jury a goûté les vins obtenus. Dès 5 % de baies provenant de ceps touchés par l'esca, les dégustateurs ont observé des différences par rapport au vin témoin. Des notes de réduction, phénolées et herbacées apparaissent, et ils décrivent parfois une diminution de l'astringence, de l'amertume et des arômes fruités ainsi qu'une augmentation des odeurs moisi-terreuses. En 2010, les concentrations de certains tanins ont diminué dans les vins avec l'augmentation du pourcentage de baies atteint d'esca, mais pas en 2009.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

NOS PROS VOUS CONSEILLENT

PHILIPPE LARIGNON, spécialiste des maladies du bois à l'IFV pôle Rhône-Méditerranée © C. STEF

PHILIPPE LARIGNON, spécialiste des maladies du bois à l'IFV pôle Rhône-Méditerranée © C. STEF

FRANÇOIS DAL, ingénieur à la Sicavac, à Sancerre (Cher)

FRANÇOIS DAL, ingénieur à la Sicavac, à Sancerre (Cher)

PASCAL LECOMTE, chercheur à l'Inra de Bordeaux (Gironde)

PASCAL LECOMTE, chercheur à l'Inra de Bordeaux (Gironde)

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :