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Magazine - Histoire

Charles Baudelaire : « Enivrez-vous, de vin de poésie ou de vertu »

Florence Bal - La vigne - n°217 - février 2010 - page 71

Le vin revient régulièrement dans l'œuvre de Charles Baudelaire, auteur des « Fleurs du mal » et du « Spleen de Paris ». Pour lui, les hommes qui n'en boivent jamais sont des imbéciles.
Pour Charles Baudelaire, le vin, mais jamais l'alcool, est un moyen qui permet de s'évader, de s'élever vers l'infini en une « invitation au voyage ». © NADAR

Pour Charles Baudelaire, le vin, mais jamais l'alcool, est un moyen qui permet de s'évader, de s'élever vers l'infini en une « invitation au voyage ». © NADAR

« Le vin est connu de tous ; il est aimé de tous.» « Tous les jours, il répète ses bienfaits. C'est sans doute ce qui explique l'acharnement des moralistes contre lui. Quand je dis moralistes, j'entends pseudo-moralistes pharisiens. » Et toc ! Dès le XIXe siècle, la plume acerbe du poète Charles Baudelaire, auteur des « Fleurs du mal » et du « Spleen de Paris », tentait de remettre les pendules à l'heure en matière de consommation de vin. Charles Pierre Baudelaire naît à Paris le 9 avril 1821. Orphelin de père très jeune, il n'acceptera jamais le remariage de sa mère. A l'âge de 20 ans, sous la pression de sa famille, il embarque pour l'Inde. Mais il interrompt son voyage et rentre à Paris, où il mène une vie de bohème, devient critique d'art littéraire et traduit les œuvres d'Edgar Allan Poe.

« Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage »

En 1857, il publie « Les fleurs du mal », le recueil de poèmes qui « devait bouleverser la poésie française », lit-on dans la préface, mais qui sera condamné pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». D'« Alchimie de la douleur », à « Hymne à la beauté », celui qui a « plus de souvenirs que s'il avait mille ans » déroule ses thèmes de prédilection : la douleur, l'ennui, la nostalgie, le spleen, l'éloge de la sensualité, de la volupté et de la beauté, la quête éperdue du paradis de ses rêves.

« Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage, traversé çà et là par de brillants soleils », écrit celui qui se sent sans doute tel l'albatros du poème « Exilé sur le sol au milieu des huées ». Ailleurs, il exhorte : « Sois sage ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille » ou bien il tente d'étouffer, « le vieux, le long remords qui vit, s'agite et se tortille ».

Le vin, mais jamais l'alcool, est alors un des moyens qui permet de s'évader, d'échapper à la réalité et au spleen, de s'élever vers l'infini en une « invitation au voyage ». « Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence (...) Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ; l'Homme ajoute le Vin, fils sacré du Soleil ! » Chez Baudelaire, le thème littéraire du vin revient régulièrement. Il constitue un chapitre des « Fleurs du mal ».

« Profondes joies du vin, qui ne vous a connues ? Quiconque a eu un remords à apaiser, un souvenir à évoquer, une douleur à noyer, un château en Espagne à bâtir, tous enfin vous ont invoqué, dieu mystérieux caché dans les fibres de la vigne. Qu'ils sont grands les spectacles du vin, illuminés par le soleil intérieur ! Qu'elle est vraie et brûlante cette seconde jeunesse que l'homme puise en lui ! Mais combien sont redoutables aussi ses voluptés foudroyantes et ses enchantements énervants », écrit-il.

« Le vin est semblable à l'homme : on ne saura jamais jusqu'à quel point on peut l'estimer et le mépriser, l'aimer et le haïr, ni de combien d'actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable. » Il poursuit : « Si le vin disparaissait de la production humaine, je crois qu'il se ferait dans la santé et dans l'intellect de la planète un vide, une absence, une défectuosité beaucoup plus affreuse que tous les excès et les déviations dont on rend le vin responsable. N'est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais de vin, (…), sont des imbéciles ou des hypocrites (...).Un homme qui ne boit que de l'eau a un secret à cacher à ses semblables. »

« Le vin rend l'homme bon et sociable »

Dans « Les paradis artificiels », il compare les effets du vin et du haschisch. « Le vin exalte la volonté », « il rend l'homme bon et sociable », « il est profondément humain », « est utile » et « produit des résultats fructifiants. » Le haschisch en revanche, « fait pour les misérables oisifs », « isole les hommes », « est antisocial », « inutile et dangereux ».

En 1866, Charles Baudelaire est victime d'un malaise qui le rendra paralysé et aphasique. Le poète, à la fois élu et maudit, s'éteint le 31 août 1867. « Il faut être toujours ivre, écrivit-il.

Tout est là : c'est l'unique question. (...) Pour n'être pas les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

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SOURCES

« Les fleurs du mal »

« Le spleen de Paris »

« Les paradis artificiels »

Charles Baudelaire. Livre de poche.

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