Retour

imprimer l'article Imprimer

VIGNE

Oïdium : la lutte peut cesser tôt

Juliette Rouessard - La vigne - n°221 - juin 2010 - page 38

On peut arrêter la lutte contre l'oïdium dès la fermeture des grappes, si la maladie est bien contrôlée. Dans chaque région, les techniciens ont fixé des seuils pour décider.
SYMPTÔMES SUR BAIES. La sensibilité de la vigne à l'oïdium diminue fortement après la fermeture de la grappe. A partir de ce moment, les régions viticoles ont mis en place des règles plus ou moins strictes sur la décision de traitements. © P. CRAPON/GFA

SYMPTÔMES SUR BAIES. La sensibilité de la vigne à l'oïdium diminue fortement après la fermeture de la grappe. A partir de ce moment, les régions viticoles ont mis en place des règles plus ou moins strictes sur la décision de traitements. © P. CRAPON/GFA

Au stade « fermeture de la grappe », les baies ne sont presque plus sensibles à l'oïdium. Il est donc possible d'arrêter les traitements à partir de ce moment-là. Toutefois, si des symptômes sont déjà présents, la maladie peut encore progresser. C'est pourquoi, il faut d'abord rechercher la présence du champignon sur les grappes avant de décider d'arrêter l'utilisation des produits phytosanitaires.

Problème : le stade de la fermeture de la grappe n'est pas toujours simple à identifier. Il se repère en fonction de la taille des baies. « En région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, nous considérons que ce stade est atteint lorsque le diamètre des baies de Grenache se situe aux alentours de 12 millimètres de diamètre », explique François Bérud, conseiller à la chambre d'agriculture du Vaucluse.

De 5 à 30 % de grappes atteintes

Ensuite, pour décider s'il faut ou non continuer d'appliquer des anti-oïdiums, les régions viticoles ont mis en place des règles de décision plus ou moins strictes. Le seuil plancher s'échelonne de 5 % de grappes atteintes par l'oïdium, en Bourgogne, jusqu'à 30 % en Paca.

« Il est vrai que nous sommes particulièrement prudents, indique Pierre Petitot, conseiller à la chambre d'agriculture de Côte-d'Or, en Bourgogne. A ce jour, nous n'allons pas plus loin, car nous avons connu en 2008-2009 une dynamique d'apparition tardive d'oïdium, sans signes avant-coureurs dans certaines parcelles et que nous avons eu du mal à gérer. » En effet, alors qu'il n'y avait pas d'oïdium sur feuilles, les symptômes sont apparus sur grappes et la maladie a explosé tardivement. Les conseillers de la région ont donc prévu d'accentuer les observations à la fermeture de la grappe pour mieux anticiper ce phénomène.

En Languedoc-Roussillon, le traitement se poursuit, si et seulement si,10 % des grappes sont atteintes par l'oïdium au stade fermeture de la grappe. « Lorsqu'il y a plus de 30 % de grappes atteintes, nous considérons qu'il y a eu une erreur au moment de la mise en application du programme de traitement, précise Bernard Molot, responsable du pôle IFV Rhône Méditerranée. Il faut chercher ce qui a fait défaut. »

La Champagne tente de bien avancer la date de fin de traitement. Le CIVC démarre les observations au début de la fermeture de grappes. Il compare les niveaux de grappes atteintes à la pression de l'année.

Pour apprécier la pression de l'année, « Nous considérons la fréquence de parcelles de chardonnay présentant des symptômes sur le feuillage en comparaison avec les chiffres accumulés depuis 2004 », explique Marie-Laure Panon, chef de projet viticulture au CIVC. Une estimation de l'année réajustée selon la fréquence de parcelles touchées sur grappes à partir du stade grain de pois.

Des essais pour un arrêt de la protection dès le stade grain de pois

« Une année à risque modéré, si aucun symptôme n'est détecté au début de la fermeture des grappes, on peut arrêter la protection, poursuit Marie-Laure Panon. En année à risques élevés, nous ne décidons de la fin de protection qu'à la fin de la fermeture des grappes : si moins de 10 % des grappes contrôlées présentent des symptômes, nous nous arrêtons. Sinon, nous continuons jusqu'à la véraison. »

Depuis deux ans, le CIVC réalise des essais pour un arrêt précoce de la protection au stade grain de pois avec le Groupement de développement de la Marne. Ce qui reviendrait à avancer de trois semaines l'arrêt des traitements. « Cela a bien fonctionné dans les parcelles peu sensibles, continue Marie-Laure Panon. Si nous voulons mettre en place une telle stratégie, alors il faut savoir caractériser parfaitement la sensibilité de la parcelle. »

En pratique

Le choix du produit pour le dernier traitement se fait surtout en fonction des matières actives déjà utilisées pour éviter les phénomènes de résistances. « Il faut respecter les règles d'alternance des familles chimiques », indique Bernard Molot, responsable du pôle IFV Rhône Méditerranée. Le soufre en poudre, peu sensible à la résistance, peut constituer une bonne solution, notamment si la situation sanitaire est bien maîtrisée. Les nouveaux produits dotés d'une longue rémanence, type Talendo ou Tsar/Trankilo, sont également bien indiqués pour le dernier traitement.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :