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Ils délèguent les travaux des vignes

Frédérique Ehrhard - La vigne - n°222 - juillet 2010 - page 66

En cave particulière, il n'est pas facile d'être partout. Pour limiter leurs investissements, ces trois vignerons ont choisi de déléguer tout ou partie de leurs travaux viticoles. Ils ont ainsi pu se concentrer sur la vente de leurs vins.

Le Point de vue de

« J'ai pu construire notre chai et investir dans la vente »

Jean-Claude Janin, domaine des Terres de Chatenay, à Péronne (Saône-et-Loire) © J.-F. MARIN

Jean-Claude Janin, domaine des Terres de Chatenay, à Péronne (Saône-et-Loire) © J.-F. MARIN

Son domaine :

2,2 hectares en viré-clessé et 5,8 en mâcon-villages. 2 hectares vinifiés en coopérative et 6 au domaine. 20 000 cols vendus en direct.

Ce qu'il délègue : tous les travaux viticoles mécanisés : le broyage des sarments, la tonte de l'enherbement, le désherbage, les traitements, les rognages et la récolte.

L'intérêt pour lui :

« En déléguant, j'ai pu consacrer du temps à la construction du chai. Il m'est revenu moitié moins cher que si tout avait été réalisé par une entreprise. Et surtout, nous avons pu nous investir à fond dans la vente. En quatre ans, nous sommes passés de 3 000 à 20 000 cols commercialisés sur la France. Nous arrivons aussi à faire tous les travaux manuels à deux.

Si nous devions effectuer le travail mécanisé nous-même, il nous faudrait embaucher des saisonniers pour les tâches manuelles. »

Son organisation :

« Ma femme, Marie-Odile, s'est installée la première sur 4 hectares. D'emblée, elle a choisi de déléguer les travaux mécanisés, car la surface était trop petite pour amortir du matériel.

Lorsque je l'ai rejoint en 2006, nous avons pris 4 hectares de plus, mais nous avons continué à travailler selon ce mode de fonctionnement. Nous confions 3,6 hectares à un entrepreneur, David Gobet. Je l'appelle quand je vois qu'il va falloir intervenir et il me prévient par SMS de sa venue. Nous décidons ensemble de la date du premier traitement. Pour les vendanges, nous sommes ses derniers clients, car nous attendons d'avoir une belle maturité. Nous n'avons donc pas de problème de disponibilité de la machine. Les 4,4 hectares restants sont répartis en deux îlots.

Nous confions chacun de ces îlots à un voisin vigneron, y compris les vendanges. Nos deux voisins les travaillent comme leurs vignes. »

Le coût :

« Les travaux mécanisés nous reviennent à 1 600 €/ha. Nous négocions ce forfait en début d'année, c'est un coût connu d'avance. »

Le Point de vue de

« Je n'ai plus à recruter, ni à encadrer les saisonniers »

Ulrich Dujardin, SCEA domaine Dujardin, à Monthelie (Côte-d'Or)

Ulrich Dujardin, SCEA domaine Dujardin, à Monthelie (Côte-d'Or)

Son domaine :

8 hectares sur la Côte-de-Beaune en appellations Meursault, Monthelie, Beaune et Auxey-Duresses. 45 000 cols produits.

Ce qu'il délègue :

tous les travaux manuels, de la taille jusqu'aux vendanges.

L'intérêt pour lui :

« Je n'ai plus à me préoccuper de recruter des saisonniers, ni de les encadrer. Je n'ai pas besoin de loger les vendangeurs et de les transporter. Tout cela permet de m'organiser mieux et de me consacrer à la vente. Je participe à une vingtaine de salons par an. J'ai développé une clientèle de particuliers. Aujourd'hui, je vends 35 000 cols en direct. »

Son organisation :

« En 1990, quand je me suis installé, j'ai d'abord travaillé avec un salarié permanent et des saisonniers. En 2003, le permanent est parti. J'ai dû me réorganiser. Je fais les travaux mécanisés et j'ai décidé de confier les tâches manuelles à l'Entreprise adaptée viticole. Elle propose des postes appropriés à des personnes ayant des difficultés. Précédemment, je faisais déjà appel à elle pour le tirage des bois. Maintenant, je passe un contrat à l'année avec cette société dans lequel je précise les chantiers à réaliser et la date à laquelle ils doivent être terminés. L'entreprise gère ensuite son planning comme elle veut. Je lui fais confiance. Neuf personnes viennent travailler régulièrement sur le domaine. Le travail est bien fait. L'entreprise est réactive. Si un orage menace, elle mobilise plus de personnes pour finir le relevage avant qu'il n'éclate. »

Le coût :

« Les travaux nous sont facturés sur la base de 423 h/ha et par an, sans la vendange. Cela ne coûte pas plus cher qu'un salarié permanent et des saisonniers ou que deux tâcherons à l'année. »

Le Point de vue de

« Nous mettons notre expérience commerciale à profit »

Gilbert et Nicolas Gréaux, SCEA château de Valloubière, à Saint-Jean-de-Fos (Hérault)

Gilbert et Nicolas Gréaux, SCEA château de Valloubière, à Saint-Jean-de-Fos (Hérault)

Leur domaine :

9 hectares de vignes en bio, rouges et rosés en AOC Languedoc et Terrasses du Larzac, blancs en IGP. Rendement moyen de 25 à 30 hl/ha, 100 % de vente en bouteilles.

Ce qu'ils délèguent :

tous les travaux au vignoble, sauf le relevage.

L'intérêt pour eux :

« Nous n'avons pas eu besoin d'acheter du matériel viticole, ni d'embaucher du personnel. Avec mon fils Nicolas et ma femme Joss, nous avons acheté des vignes en 2007. Nous avons pu concentrer nos investissements sur le chai et consacrer l'essentiel de notre temps aux travaux en cave et à la vente. Nous avons une expérience commerciale que nous mettons à profit pour tout valoriser en bouteilles, en France et à l'export. Nous venons de sortir nos premiers rouges et nous avons obtenu trois médailles.

C'est le résultat des efforts de tous, prestataires compris. Et cela nous permet de positionner nos vins en haut de gamme, entre 9 et 25 €/col TTC aux particuliers. »

Leur organisation :

« Nous faisons appel à un entrepreneur, Jean-Marie Villaret, pour les travaux mécanisés : labours, tonte, écimage et traitements. Nous décidons ensemble du moment où il faut traiter. Jean-Marie Villaret s'occupe de l'achat des produits, nous n'avons pas besoin d'avoir de local phyto, ni d'aire de lavage. Pour la taille et les vendanges manuelles, nous faisons appel à un second prestataire qui a des équipes compétentes. Dans les deux cas, le travail est bien fait. »

Le coût :

« Je préfère rester discret sur ce point. La première année, nos prestataires nous ont donné une estimation écrite du coût des travaux. Mais nous ne payons pas de forfait, nous réglons les heures effectuées à la fin de chaque chantier. D'après le comptable, cela nous revient moins cher que si nous avions dû acheter du matériel et l'amortir sur 9 ha. »

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