Retour

imprimer l'article Imprimer

VIGNE

Les régions à la recherche de nouveaux cépages

Michèle Trévoux, Florence Jacquemoud et Patrick Touchais - La vigne - n°231 - mai 2001 - page 44

Afin de s'adapter à l'évolution constante du goût des consommateurs, syndicats et chambres d'agriculture testent des cépages étrangers ou repérés dans de vieilles parcelles. Exemples en Languedoc, en Gascogne et dans le Muscadet.
SANGIOVESE. Le Midi s'intéresse à ce cépage, également connu sous le nom de nielluccio, capable de donner aussi bien des vins à boire jeunes que des vins structurés et épicés © VCR

SANGIOVESE. Le Midi s'intéresse à ce cépage, également connu sous le nom de nielluccio, capable de donner aussi bien des vins à boire jeunes que des vins structurés et épicés © VCR

PEDEBERNADE 5. Ce cépage, découvert dans une parcelle très âgée du Gers, intéresse le groupe Plaimont, car il arrive à maturité avec peu de sucres. © PUGET AMARANTE PHOTOGALERIE

PEDEBERNADE 5. Ce cépage, découvert dans une parcelle très âgée du Gers, intéresse le groupe Plaimont, car il arrive à maturité avec peu de sucres. © PUGET AMARANTE PHOTOGALERIE

BERLIGOU. Cette souche découverte dans le Muscadet est un clone unique de pinot noir. © IFV

BERLIGOU. Cette souche découverte dans le Muscadet est un clone unique de pinot noir. © IFV

LANGUEDOC : Le regard tourné vers l'Italie et l'Espagne

Depuis 2007, le Languedoc s'intéresse au sangiovese. En France, ce cépage est connu sous le nom de nielluccio, sous lequel il est inscrit au catalogue et donc le seul autorisé sur l'étiquette. Le sangiovese est numéro un des rouges en Italie avec 70 000 ha plantés, essentiellement en Toscane. Cette variété est emblématique de l'appellation Chianti et la seule autorisée dans la petite appellation Brunello de Montalcino.

L'idée de l'implanter en Languedoc correspond à un souci de diversification. VCR, pépiniériste italien récemment installé dans le Gard, affirme en avoir vendu 140 000 plants cette année. Ce cépage offre une très grande diversité de profils. Il peut produire des vins fruités à boire jeune, tout comme des vins plus structurés avec des notes épicées.

L'albariño, pour produire des blancs légers et aromatiques

La chambre d'agriculture de l'Hérault a testé trois clones italiens face à la syrah. En 2010, année de quatrième feuille, le nouveau venu s'est bien comporté face aux maladies et ravageurs (oïdium, cicadelle, acariens...). Il s'est révélé plus tardif que la syrah, avec dix-neuf jours d'écart à la récolte, même s'il a sans doute été récolté un peu trop tard.

Les trois clones avaient un degré potentiel légèrement inférieur, une DO 520 (couleur rouge) également inférieure d'environ 30 % et une acidité comparable à la syrah. Mais ils se sont montrés plus productifs (1,2 à 1,3 kg/cep contre 0,8 pour la syrah), leurs grappes étant plus grosses (poids moyen de 150 à 200 g contre 90 g pour la syrah).

« Ces résultats sont à prendre avec prudence, car ils portent sur un plantier », nuance Nathalie Goma Fortin qui a suivi l'essai.

Autre cépage étranger dans l'air du temps : l'albariño blanc, inscrit au catalogue en juin dernier par le CTPS sans même avoir été testé en France. Une première !

La demande a été présentée par la chambre d'agriculture de l'Hérault suite à l'intérêt manifesté par plusieurs opérateurs régionaux. Ce cépage, qui donne des vins blancs légers et aromatiques, a fortement contribué au renouveau des vins de Galice, d'où il est originaire. Cette région d'Espagne a vu le volume de ses exportations multiplié par huit en huit ans. L'albariño blanc a également fait le succès des Vinho Verde portugais.

« Les acheteurs cherchent des vins blancs lumineux, aromatiques, avec un bon niveau d'acidité et un taux d'alcool modéré. L'albariño blanc possède ces caractères qui correspondent aux évolutions du goût des consommateurs », argumente la chambre d'agriculture de l'Hérault dans le dossier de demande d'inscription au catalogue.

Reste le problème de l'approvisionnement en plants : aujourd'hui le seul matériel végétal disponible est produit hors de nos frontières. Il s'agit le plus souvent de matériel standard, souvent atteint de viroses et notamment d'enroulement.

GASCOGNE : Seconde chance pour trois autochtones

Plutôt que d'implanter des cépages étrangers pour améliorer leurs vins, Producteurs Plaimont, un groupe coopératif du Gers, préfère retrouver des espèces anciennes adaptées au climat et au terroir local. Dans ce but, depuis plus de quarante ans, Plaimont fait l'inventaire des vignes anciennes de ses adhérents.

En 2002, le groupement crée le Conservatoire du Saint-Mont à Pouydraguin (Gers), regroupant 37 cépages sur lesquels des analyses génétiques ont été réalisées avec l'IFV. « Nous avons découvert douze cépages complètement inconnus, confie Olivier Bourdet-Pées, directeur technique de Plaimont. Nous avons planté vingt pieds de chaque pour les étudier, définir leur date de maturation et leur sensibilité aux maladies. Puis toujours avec l'IFV, nous avons effectué des micro-vinifications pour évaluer ce que chaque cépage pourrait apporter à nos vins. Trois cépages rouges nous semblent particulièrement prometteurs. »

Deux cépages de grand potentiel

Le Dubosc 1, baptisé du nom du viticulteur chez qui il a été retrouvé, est très intéressant pour la complexité de ses arômes qui pourrait apporter beaucoup aux vins de l'AOC Saint-Mont. Pour Plaimont, il s'agit sans nul doute d'un très grand cépage, mais qui présente l'inconvénient d'être uniquement femelle - donc potentiellement sensible aux conditions de fécondation - et très tardif. Autre découverte, le Pedebernade 5, identifié sur l'une des parcelles les plus âgées de France, chez René Pedebernade, viticulteur retraité à Sarragachies (Gers). Ce cépage, fortement femelle, possède un très faible degré d'alcool (il a été vendangé depuis trois ans à moins de 10° potentiels), ce qui peut en faire un bon complément au tannat. En 2011, Plaimont replantera ces deux cépages anciens pour les observer plus précisément.

Le groupe a aussi retrouvé une forme intéressante de pinenc, aujourd'hui très utilisé pour les rosés, qu'il va implanter cette année à grande échelle (1,5 ha sur Saint-Mont et 0,5 ha sur Madiran) avec l'ambition d'élaborer de grands rouges. Plaimont tentera de le faire valider en tant que clone pour qu'il soit inscrit au catalogue.

MUSCADET : Deux rouges percent dans un vignoble de blanc

En Loire-Atlantique, où le melon blanc domine très largement l'encépagement, deux cépages rouges sont à l'étude : le berligou et le melon rouge. Le berligou est un très vieux cépage quasiment décimé par le phylloxera, dont on trouve trace dans des écrits de 1460. Au milieu des années 2000, le syndicat des producteurs de muscadet s'intéresse à ce cépage dont il reste quelques survivants au conservatoire du musée du vignoble nantais.

Les analyses génétiques démontrent que c'est un pinot noir. « Un clone unique de pinot noir », précise Alain Poulard, technicien de l'IFV, car il se distingue des autres par un marqueur génétique. Il n'a pas de sensibilité particulière au mildiou. Il est peu sensible au botrytis. En revanche, il doit être surveillé concernant l'oïdium.

Rouge, rosé ou bulles, il est suffisamment polyvalent pour offrir un complément de gamme intéressant aux vignerons.

Du côté du melon rouge, l'objectif est différent, car il s'agit de le faire reconnaître en tant que nouveau cépage. Le melon rouge a été découvert par hasard en 1995. Un vigneron a observé une mutation spontanée sur un cep de melon blanc qui s'est mis à produire des raisins rouges sur l'un de ses bras. Multiplié et planté par l'IFV, le cépage fait l'objet d'essais de micro-vinification en rosés et en bulles depuis 2003. Les résultats sont prometteurs. En revanche, il ne semble pas adapté à une vinification en rouge.

En partenariat avec le syndicat du muscadet, l'IFV a planté ce printemps deux parcelles expérimentales de berligou et de melon rouge chez des vignerons. « Ces parcelles permettront de réaliser trois campagnes de vinification, en vu de demander au comité technique permanent de la sélection une reconnaissance en 2015 pour ces deux cépages », indique Alain Poulard.

Cet article fait partie du dossier

Consultez les autres articles du dossier :

L'essentiel de l'offre

Voir aussi :