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VIGNE

Ils font leurs premiers pas dans la taille mécanique

Frédérique Ehrhard - La vigne - n°237 - décembre 2011 - page 36

Après les pionniers, d'autres vignerons se lancent dans la taille mécanique. Leur expérience confirme que la vigne supporte très bien cette technique qui permet une forte réduction des coûts de production.

Le Point de vue de

« J'ai moins de pression pour finir dans les temps »

François Charneau, vigneron coopérateur sur 20 ha à Pertuis (Vaucluse)

François Charneau, vigneron coopérateur sur 20 ha à Pertuis (Vaucluse)

Les parcelles :

« En 2009, j'ai commencé à tailler mécaniquement les 14 ha qui produisent des IGP. Ces vignes âgées de 10 à 15 ans sont conduites en cordon double avec fils releveurs. J'avais vu travailler une tailleuse Brunel chez un vigneron du Gard qui avait le même style de vignoble que le mien. J'ai opté pour cette machine. Le pilotage est manuel. Je relève la hauteur de coupe en fonction du niveau du cordon. Cela demande de la concentration et, en fin de journée, je taille un peu moins ras qu'au début. »

Les temps de travaux :

« Ils ont été divisés par deux. Sur des vignes déjà retaillées, la taille mécanique me prend 4 h/ha et la reprise manuelle 17 h/ha. »

Les rendements :

« Ils sont passés de 90 t/ha à 120 t/ha, sans perte de degré. Les raisins restent classés dans la même catégorie à la coopérative. »

Le bilan :

« J'avais un saisonnier qui revenait tous les ans pour la taille. En réduisant les temps de travaux grâce à la taille mécanique, je n'ai pas eu besoin de le remplacer lorsqu'il est parti à la retraite. Avec l'aide de mon père, nous arrivons à tout tailler sans être obligés d'y aller les jours où il fait trop mauvais. C'est appréciable ! Durant l'hiver, je peux gérer plus souplement le planning, j'ai moins de pression pour finir dans les temps. J'ai déjà gagné du rendement et diminué mes heures Et dans trois ans, quand j'aurai fini d'amortir les 10 000 euros investis dans la machine, je commencerai à réduire les coûts. »

Le Point de vue de

« Nous avons récupéré 800 à 1 200 €/ha de marge »

Patrick et Julien Leclercq, vignerons coopérateurs sur 70 ha à Cambieure (Aude) © L. LECARPENTIER

Patrick et Julien Leclercq, vignerons coopérateurs sur 70 ha à Cambieure (Aude) © L. LECARPENTIER

Les parcelles :

« En 2009, nous avons adapté 4 ha de cabernet-sauvignon et 2,5 ha d'arinarnoa. Ces vignes, plantées à 2,50 m x 1 m et âgées de 4 à 6 ans, étaient palissées avec deux paires de fils releveurs et conduites en guyot avec deux coursons et un long bois. Nous n'avons gardé que le long bois, en laissant 14 à 15 yeux au lieu de 9 ou 10. En trois ans, les cordons se sont formés et ont rejoint puis dépassé le cep d'à côté. »

Les temps de travaux :

« En 2009 et 2010, nous avons prétaillé court et fini de rabattre les sarments au sécateur. Les temps de travaux ont été divisés par deux, car nous n'avions plus de tirage, d'attachage et de broyage des bois à effectuer. Début 2011, nous nous sommes équipés d'une Pellenc. Après avoir prétaillé, nous avons taillé avec cette machine, mais sans utiliser le suivi automatique du cordon, car celui-ci était encore un peu mince pour être bien identifié par le système de vision. Cela nous a pris 3 h/ha. Cet hiver, avec le suivi automatique, nous devrions descendre à 2 h 30/ha. Quant à la reprise manuelle, elle a nécessité 8 à 10 h/ha. »

Le rendement :

« De 12 t/ha en moyenne, il est passé à 16 t/ha en 2009 et à 17 t/ha en 2010. Les vignes ne sont pas irriguées mais bénéficient de sols profonds. Nous avons adapté la fertilisation à la charge. En 2011, avec de bonnes pluies, nous avons récolté 19 t/ha avec 12,5°. À la coopérative, nos raisins destinés à la production de vins sans IG ont été classés dans la même catégorie qu'auparavant. »

Le bilan :

« Avec la taille mécanique, nous avons récupéré 800 à 1 200 €/ha de marge. La machine nous est revenue à 20 000 euros. En réalisant des prestations chez des voisins, nous devrions l'amortir sans problème. Ce premier essai est encourageant. Mais les autres vignes sont trop âgées pour être transformées. Nous avons planté 5 ha en 2010 et 6 ha en 2011, que nous allons conduire en cordon simple pour les tailler mécaniquement. Nous poursuivrons au fur et à mesure du renouvellement du vignoble, en fonction des résultats que nous observerons dans les parcelles déjà engagées. »

Le Point de vue de

« Plus de rendement sans perte de qualité »

Alain Pailhon, vigneron sur 25 ha à Pont-Saint-Esprit (Gard) © F. EHRHARD

Alain Pailhon, vigneron sur 25 ha à Pont-Saint-Esprit (Gard) © F. EHRHARD

Les parcelles :

« Depuis 2010, pour réaliser un essai comparatif, je taille mécaniquement la moitié de trois parcelles de marselan, caladoc et merlot, soit 2,5 ha en tout. Ces vignes, âgées de 10 à 12 ans, sont conduites en cordon double sur un fil porteur à 70 cm, sans releveurs. »

Les temps de travaux :

« Je fais appel à un prestataire. Début 2011, il a prétaillé et taillé en un passage avec une machine CGC Agri. Cela m'a coûté 250 €/ha pour les vignes plantées à 2,25 m x 1 m et 300 €/ha pour celles à 2,50 m x 1 m. La reprise manuelle a nécessité de 21 à 24 h/ha en fonction des cépages. Dans les demi-parcelles taillées de façon traditionnelle, nous avons travaillé entre 65 et 83 h/ha. »

Les rendements :

« En taille traditionnelle, je laisse 14 à 16 yeux par cep, contre 30 à 40 avec la taille mécanique. Mais tous les yeux ne débourrent pas et les grappes sont plus petites. Le rendement progresse de 20 à 25 %. J'ai adapté la fertilisation pour que la vigne ne s'épuise pas. En 2011, dans la moitié taillée à la machine, j'ai produit 120 hl/ha, contre 100 hl/ha dans l'autre moitié. La maturité a été retardée de quelques jours. J'ai vinifié à part plusieurs lots et je n'ai pas constaté de différence de qualité. Les vins étaient fruités et faciles à boire. »

Le bilan :

« J'économise 300 €/ha sur les frais de taille et je récupère autour de 1 000 €/ha avec le gain de rendement. Cet hiver, je vais tailler mécaniquement la seconde moitié de ces parcelles, ce qui portera la surface à 5 ha. Mes autres vignes sont trop âgées. Je compte développer la taille mécanique au fur et à mesure que je replanterai sur de bonnes terres. À terme, cela pourrait représenter 15 ha sur 25. Mais je vais à mon rythme. Pour l'instant, je n'ai pas de machine à amortir. Quand la technique sera complètement validée, nous envisagerons d'investir à plusieurs. »

Le Point de vue de

« Je réduis peu à peu le temps de reprise manuelle »

Christophe Bou, vigneron coopérateur sur 35 ha à Coufouleux (Tarn)

Christophe Bou, vigneron coopérateur sur 35 ha à Coufouleux (Tarn)

Les parcelles choisies :

« J'ai effectué un premier essai en 2007 sur quatre parcelles qui produisent des IGP. Aujourd'hui, je taille mécaniquement 14 ha de gamay, merlot, cabernet-sauvignon, duras et syrah. Ces vignes âgées de 20 à 25 ans sont plantées à 2,40 m x 1 m. Une partie était conduite en guyot simple, l'autre en cordon. J'ai eu plus de difficultés avec les cordons. Il y a beaucoup de chandelles à éviter avec la machine, surtout sur le duras. »

Les temps de travaux :

« Nous avons commencé avec une prétailleuse réglée pour ne laisser que deux à trois yeux par courson. Puis nous avons investi en Cuma dans une tailleuse Terral, avec laquelle nous ne laissons qu'un à deux yeux. Début 2011, nous l'avons remplacée par une Tanesini. Équipée de barres de coupe, elle peut être également utilisée pour rogner. Cet hiver, elle a tourné sur 80 ha. Pour un chantier de 3 h/ha, son coût d'utilisation a été de 116 €/ha, tracteur compris. Le plus difficile dans ce nouveau mode de conduite est de s'empêcher de trop fignoler manuellement. J'ai résolu le problème en faisant appel à des saisonniers qui ne connaissent pas la taille. La vigne se régule peu à peu. Au bout de cinq ans, il n'y a pratiquement plus de sarments qui partent en dessous du cordon. Sur certaines parcelles, je ne repasse plus qu'un an sur deux à la main. »

Les rendements :

« Les parcelles sont situées sur des boulbènes peu profonds et séchants. Avant de me lancer dans la taille mécanique, j'ai installé la ferti-irrigation. Le rendement est alors passé de 75 à 90 hl/ha. Avec la taille mécanique, il a beaucoup grimpé la première année. Puis la vigne a trouvé un nouvel équilibre et le rendement s'est stabilisé entre 110 et 120 hl/ha. Je reste ainsi dans le maximum autorisé pour les IGP Côtes-du-Tarn et Comté tolosan. Le degré s'établit entre 11,5 et 12,5. »

Le bilan :

« Dans une parcelle de cabernet, j'ai supprimé les fils releveurs et coupé les piquets au ras du fil porteur. Sur cette vigne qui n'est plus palissée, j'ai réduit les coûts de 700 €/ha. Sur les autres, j'ai économisé 400 à 500 €/ha. Le temps dégagé me permet de fignoler davantage les vignes en AOP.

En 2011, j'ai planté 2 ha de gamay et d'égiodola que je vais tailler mécaniquement. Ils seront conduits en cordon libre sur un fil porteur à 1,10 m du sol. À cette hauteur, la reprise manuelle sera plus confortable. Mais je ne compte pas tout mécaniser pour autant. Je tiens à conserver la mixité de mon vignoble, avec deux modes de conduite différenciés en fonction du segment de marché visé. »

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