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Magazine - Etranger

Brésil : La pampa viticole

Walter Eberenz - La vigne - n°242 - mai 2012 - page 88

À la frontière de l'Uruguay, dans la Campanha Gaúcha, le Brésil développe une filière viticole jeune, dynamique et ambitieuse. Les gauchos vont devoir s'y faire et contourner les parcelles de vigne de plus en plus nombreuses avec leurs troupeaux de vache ou de moutons.
DANS LES IMMENSES PRAIRIES de la pampa brésilienne, les vignes sont de plus en plus nombreuses. En raison de son haut potentiel de qualité, les viticulteurs s'installent dans la Campanha Gaúcha (la campagne des gauchos).

DANS LES IMMENSES PRAIRIES de la pampa brésilienne, les vignes sont de plus en plus nombreuses. En raison de son haut potentiel de qualité, les viticulteurs s'installent dans la Campanha Gaúcha (la campagne des gauchos).

VALTER PÖTTER et sa fille Gabriela Hermann Pötter devant le chantier de la nouvelle cave de leur domaine Guatambu, à Dom Pedrito, L'investissement représente 2,3 millions d'euros. Valter Pötter porte une bombacha, le pantalon traditionnel des gauchos de la région.

VALTER PÖTTER et sa fille Gabriela Hermann Pötter devant le chantier de la nouvelle cave de leur domaine Guatambu, à Dom Pedrito, L'investissement représente 2,3 millions d'euros. Valter Pötter porte une bombacha, le pantalon traditionnel des gauchos de la région.

RICARDO HAAS se trouve devant un pressoir continu à membrane, une innovation de Siprem. L'œnologue d'Almadén, dont des ancêtres sont venus d'Allemagne au XIXe siècle, a fait le chemin à l'envers entre 1996 et 1999 pour sa formation viticole.

RICARDO HAAS se trouve devant un pressoir continu à membrane, une innovation de Siprem. L'œnologue d'Almadén, dont des ancêtres sont venus d'Allemagne au XIXe siècle, a fait le chemin à l'envers entre 1996 et 1999 pour sa formation viticole.

ROSANA WAGNER dans le chai du domaine Cordilheira de Santana. Elle compte sur les vins haut de gamme et ne poursuit pas de projets d'expansion, contrairement à d'autres vignerons de la région. © PHOTOS W. EBERENZ

ROSANA WAGNER dans le chai du domaine Cordilheira de Santana. Elle compte sur les vins haut de gamme et ne poursuit pas de projets d'expansion, contrairement à d'autres vignerons de la région. © PHOTOS W. EBERENZ

EXPÉRIMENTATIONS. Le domaine Guatambu passe une fois par semaine, de la floraison jusqu'à la maturation, cette machine qui produit de l'air chaud avec du gaz. D'abord développée au Chili pour lutter contre le gel, elle devrait aussi renforcer les vignes contre les maladies. Autre expérience : des rangs sont couverts avec des balles (enveloppes) de riz pour empêcher les mauvaises herbes de pousser (en haut à droite). © PHOTOS W. EBERENZ

EXPÉRIMENTATIONS. Le domaine Guatambu passe une fois par semaine, de la floraison jusqu'à la maturation, cette machine qui produit de l'air chaud avec du gaz. D'abord développée au Chili pour lutter contre le gel, elle devrait aussi renforcer les vignes contre les maladies. Autre expérience : des rangs sont couverts avec des balles (enveloppes) de riz pour empêcher les mauvaises herbes de pousser (en haut à droite). © PHOTOS W. EBERENZ

Une centaine de kilomètres séparent Santana do Livramento, tout au sud du Brésil, à la frontalière de l'Uruguay, de Dom Pedrito, à l'est. Le long de la route, les prairies s'étendent à perte de vue, parfois en plaine, parfois vallonnées, toujours peuplées de bovins et de moutons. De temps en temps, on croise une maison, signe de vie humaine. Plus rarement, surgit un panneau publicitaire pour un domaine viticole qui vous invite à quitter la route. Après des kilomètres sur un chemin parfaitement rectiligne, le domaine apparaît. Nous sommes dans la Campanha Gaúcha, le pays des gauchos, très loin des métropoles bruyantes, de la samba et des plages tropicales. C'est la plus jeune région viticole du Brésil, à laquelle un très haut potentiel est attribué.

En quelques années, les vignobles y ont atteint 2 400 ha, un chiffre encore en hausse. Les plus petits vignerons cultivent cinq hectares, les plus gros quelques centaines. Basé à Santana do Livramento, Almadén produit 42 000 hl/an. Ricardo Haas, le maître de chai, affirme que son entreprise possède les plus vieilles vignes du Brésil, âgées de 37 ans. La société appartient au groupe Miolo qui possède 1 200 ha de vignes dans tout le pays et produit 120 000 hl de vins tranquilles et mousseux. En 2020, elle veut parvenir à 200 000 hl, dont 30 % destinés à l'exportation.

« La meilleure région du pays pour faire du vin »

Ambitieux, mais réaliste. Les 191 millions de Brésiliens ne boivent encore que deux litres de vin par habitant et par an selon Ibravin, l'institut de vin du Brésil. Mais la filière viticole est confiante : la consommation intérieure progressera avec le boom économique que connaît le pays. Elle compte aussi sur la croissance de ses exportations. Les statistiques d'Ibravin indiquent encore que 15 000 familles sont liées à la viticulture. 1 162 exploitations produisent du vin. Elles cultivent des raisins de cuve sur 82 000 ha, dont 10 000 ha sont consacrés à des vins haut de gamme. 50 000 ha poussent dans l'état de Rio Grande do Sul, dont fait partie la Campanha Gaúcha.

« Nous sommes dans la meilleure région du Brésil pour la vigne, à 200 mètres d'altitude sur le 31e parallèle, explique Ricardo Haas. Il pleut jusqu'à 1 200 mm par an. Mais les raisins mûrissent durant la saison sèche, de fin janvier à fin mars. En fait, il pleut surtout en hiver, ce qui est idéal. Autre atout : les 12 à 15°C de différence de température entre la nuit et le jour durant la maturation. »

Avec ce climat bien arrosé, le mildiou est la plus importante maladie de la région. Mais selon les vignerons, il ne pose problème que durant les mois d'octobre et de novembre, avant que les raisins soient développés. De plus, certaines années, même ces mois-là sont secs.

Pour l'instant, Almadén produit uniquement pour le marché domestique. Ses vins sont légers et frais, vendus à 4 euros le col sur le domaine. « Les Brésiliens préfèrent les vins légers avec des arômes fruités. Les vins lourds sont plutôt destinés à l'export », indique Ricardo Haas.

Le tannat, une spécialité régionale

Particularité chez Almadén : l'exploitation cultive 70 ha de riesling. Sinon, elle compte sur les mêmes cépages que ses voisins : le tannat, qui passe pour une spécialité régionale, et les cépages internationaux que sont le cabernet sauvignon, le merlot, le tempranillo, le pinot noir, le sauvignon blanc, le chardonnay, le pinot gris et le gewurztraminer.

À Dom Pedrito, Valter Pötter est un grand entrepreneur agricole, mais un petit vigneron. Il élève des bovins et des moutons, cultive du soja et du riz, le tout sur 10 700 ha. En 2003, sa fille Gabriela « attrape le virus du vin », comme elle le dit elle-même. Elle commence avec un demi-hectare de cabernet sauvignon. Aux études d'agronomie, succèdent des études d'œnologie. Puis elle fonde le domaine Guatambu avec son père. Aujourd'hui, il comprend 10 ha en production et 12 ha de jeunes vignes. Alors que les rendements s'élèvent en moyenne à 10 000 kg/ha de raisin dans la région, les Pötter visent 7 000 kg/ha car ils veulent produire des vins haut de gamme. « Ici, c'est la véritable pampa. On voit l'horizon dans toutes les directions », fait-elle remarquer avec un accent de fierté patriotique locale, après avoir parcouru 15 km sur une piste de terre pour nous faire découvrir l'une de ses parcelles. Le mot pampa est un signe distinctif pour les vignerons. Il figure souvent sur les étiquettes.

Cette année, Gabriela Hermann Pötter a produit 120 000 bouteilles haut de gamme dans sa nouvelle cave, qui était encore un chantier fin 2011. Mais il s'en est fallu de peu. Jusqu'au dernier moment, elle a dû attendre que les douanes brésiliennes libèrent le matériel de cave qu'elle avait fait venir de France par bateau. Or, « cet été était exceptionnellement sec. J'ai dû récolter le chardonnay et le gewurztraminer deux semaines plus tôt que prévu », précise-t-elle. Le prochain objectif stratégique du domaine est déjà défini : produire 200 000 bouteilles, pour le marché domestique et l'exportation. La famille pense aussi se lancer dans un projet d'œnotourisme.

« Nous avons réalisé le rêve de notre vie »

Tous les producteurs de la Campanha Gaúcha ne poursuivent pas des projets d'expansion. Rosanna Wagner et Gladistao Omizzolo ont réalisé le « rêve de leur vie » avec leur domaine, Cordilheira de Santana, planté de 24 ha de vignes près de Santana do Livramento. Ils produisent 1 500 hl par an de vins haut de gamme qu'ils vendent autour de 16 €/col sur le domaine et de 27 euros dans les boutiques de São Paulo. Tous deux étaient managers chez Pernod Ricard. « Nous voulons rester comme nous sommes actuellement. Mais au Brésil, l'industrie viticole va encore agrandir », prédit Gladistao Omizzolo. Il en est très sûr.

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