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Magazine - Etranger

Petites Carpates : Le nouvel élan

THIERRY JOLY - La vigne - n°256 - septembre 2013 - page 76

Malgré la pression foncière, des vignerons s'installent dans ce vignoble aux portes de la capitale de la Slovaquie pour faire des vins haut de gamme. Ils réussissent leur pari.
TRÈS TOURNÉE VERS L'OENOTOURISME, la futuriste winery d'Elesko abrite également un restaurant réputé et un musée d'œuvres d'Andy Wharol.

TRÈS TOURNÉE VERS L'OENOTOURISME, la futuriste winery d'Elesko abrite également un restaurant réputé et un musée d'œuvres d'Andy Wharol.

POSE DE FILETS DE PROTECTION contre les oiseaux près de Modra. PHOTOS T. JO

POSE DE FILETS DE PROTECTION contre les oiseaux près de Modra. PHOTOS T. JO

LADISLAV ET MARGITA SEBO (à gauche) ont fondé le domaine Karpatská Perla (la perle des Carpates) dans les années quatre-vingt-dix, faisant d'eux les pionniers de la renaissance de la viticulture slovaque.

LADISLAV ET MARGITA SEBO (à gauche) ont fondé le domaine Karpatská Perla (la perle des Carpates) dans les années quatre-vingt-dix, faisant d'eux les pionniers de la renaissance de la viticulture slovaque.

VLADIMIR STANKO (en haut) voit grand pour sa winery Mrva & Stanko. Lui qui ne possède pas de vigne envisage d'ailleurs d'en acquérir.

VLADIMIR STANKO (en haut) voit grand pour sa winery Mrva & Stanko. Lui qui ne possède pas de vigne envisage d'ailleurs d'en acquérir.

CHEZ MVRA & STANKO, les meilleurs rouges passent douze à dix-huit mois en fûts.

CHEZ MVRA & STANKO, les meilleurs rouges passent douze à dix-huit mois en fûts.

POUR SE PRÉMUNIR DES VOLS DE RAISINS (À GAUCHE), le domaine Elesko a installé des miradors dans les vignes situées à l'écart de la winery.

POUR SE PRÉMUNIR DES VOLS DE RAISINS (À GAUCHE), le domaine Elesko a installé des miradors dans les vignes situées à l'écart de la winery.

LES CUVES THERMORÉGULÉES (EN HAUT) sont la règle dans les wineries slovaques.

LES CUVES THERMORÉGULÉES (EN HAUT) sont la règle dans les wineries slovaques.

Première région viticole slovaque par sa renommée et sa superficie, les Petites Carpates s'étendent à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Bratislava, la capitale du pays. Les vignes sont plantées au pied de ce massif montagneux et sur ses premières pentes.

Elles couvrent 5 000 ha, soit moitié moins qu'à la chute du communisme. En cause : la pression foncière due à la proximité de Bratislava. Dans ce vignoble très morcelé, beaucoup de petits vignerons victimes des vins à 2 euros importés d'Espagne et d'Italie cèdent aux promoteurs immobiliers. Ils vendent leurs terres à des prix qui se situent entre 1,50 et 2 euros le mètre carré.

« Malgré cette situation, chaque année, des viticulteurs et des nouveaux venus se lancent dans la vinification », révèlent Ladislav et Margita Sebo, pionniers de la renaissance de la viticulture slovaque. Le couple a fondé le domaine Karpatská Perla (la perle des Carpates) en 1991.

Installés près de Pezinok, à 20 km du centre de Bratislava, ils sont partis de rien et sont aujourd'hui propriétaires de 50 ha. Leur domaine produit 400 000 cols par an. Ils achètent aussi les raisins de 50 ha de vignes appartenant à une coopérative. « Mais nous décidons de tout ce qui concerne leur conduite », souligne Ladislav Sebo, qui paie le raisin de 0,50 à 1 euro le kilo selon les variétés. Située à Trnava, à 60 km de la capitale, et ayant un volume de production identique à Karpatská Perla, la winery Mrva & Stanko ne possède aucune vigne. Elle achète tous ses raisins à un prix moyen de 81 centimes à six viticulteurs avec qui elle a conclu des contrats d'exclusivité de trente ans. « Depuis nos débuts en 1997, nous avons concentré nos investissements et nos efforts sur la cuverie. Mais dans l'avenir, nous allons acquérir des vignes », prévoit Vladimir Stanko, l'un des deux propriétaires.

À Modra, à mi-chemin entre les deux précédents villages, c'est un magnat russe du pétrole qui s'est lancé. Convaincu qu'il serait rentable de produire du vin près de Bratislava, il a créé le domaine Elesko, qui s'est vite hissé parmi les meilleurs car il a pu investir sans contraintes financières. Il a fait construire une winery futuriste et moderne et planter 125 ha de vignes. « Le plus souvent à la place de vergers, car les vignes existantes étaient trop éparses, trop petites et en mauvais état », précise Ladislav Georges, son œnologue.

Dans les Petites Carpates, la densité de plantation est de 4 500 pieds/ha et le rendement autorisé est de 13 t/ha, mais ces domaines restent bien en deçà, autour 6 ou 7 t/ha. Ils produisent surtout des vins DSC (Districtus Slovakia Controlatus), équivalent de l'AOP, car ils visent le segment des vins de qualité où les vignerons slovaques couvrent 70 % de la consommation du pays, alors qu'ils ne fournissent que 40 % du marché global.

Les domaines réputés écoulent le plus gros de leurs volumes entre 8 et 10 euros le col. Mais leurs prix vont de 5 à 15 euros, voire 20 à 25 euros pour des vins vieillis en foudre et en fûts, majoritairement français.

Selon les domaines, les blancs comptent pour 60 à 70 % de l'encépagement. « C'est un terroir pour les blancs. Pour les rouges, c'est plus compliqué, il y a tout juste assez de soleil », estime Ladislav Sebo.

Les cépages cultivés sont nombreux, quinze à vingt, et comptent toutes les variétés internationales et d'Europe centrale. « La région est une mosaïque de sols différents et convient donc à des variétés diverses », rapporte Vladimir Stanko, qui, à l'instar de ses confrères, tient aussi à avoir des variétés très locales comme le devín et l'aurelius en blanc, ainsi que le dunaj et le rosa en rouge. Comme en France, la production de rosés est en hausse et atteint 5 à 10 % des volumes. Elesko et Mvra & Stanko proposent également des mousseux élaborés en Autriche, chez Szigeti, l'opérateur à qui ils fournissent le vin de base. « La demande progresse mais n'est que de 10 000 cols, ce qui ne justifie pas d'avoir notre propre ligne de production » indique Vladimir Stanko. Sur place, Elesko produit toutefois un effervescent à bas prix obtenu par adjonction de gaz carbonique. Ce domaine vendange en quasi-totalité à la machine, « car il est difficile de trouver de la main-d'œuvre en pleine période de récolte », affirme Ladislav Georges

Les deux autres restent fidèles à la vendange manuelle. Karpatská Perla est en outre adepte de la culture raisonnée : désherbage mécanique, pièges à phéromones contre des mouches et enherbement d'un rang sur deux afin d'attirer les auxiliaires qui détruisent les acariens.

Les maladies sont facilement maîtrisées et c'est la grêle qui cause le plus de dégâts. Comme les oiseaux peuvent aussi être un souci, les vignerons protègent leurs vignes avec des filets ou des canons à bruit.

Les vols sont un autre problème. « La nuit, nous organisons des patrouilles », explique Ladislav Georges. Et les vignes d'Elesko sont entourées d'un grillage avec des miradors ici et là. « Ces vols sont plus importants les mauvaises années car les gens ayant assez de vigne pour produire leur propre vin cherchent à compléter leur récolte. Heureusement, ils sont en régression », tempère Vladimir Stanko.

La Slovaquie comme premier débouché

Bien que distingués au Concours mondial de Bruxelles (Belgique), les domaines Karpatská Perla, Mrva & Stanko et Elesko vendent essentiellement sur le marché intérieur auprès des cavistes, restaurants, hôtels et supermarchés, dans ce dernier cas à travers des marques spécifiques. À la propriété, ils n'écoulent que 5 à 10 % des volumes, surtout à des clients aisés. Mrva & Stanko et Elesko leur proposent des services particuliers : stockage des vins, salons de dégustation, chambres ou appartements pour ceux qui veulent passer la nuit sur place.

Elesko exporte 15 % de sa production. « Essentiellement en Russie, mais nous avons des contacts en Asie et regardons vers l'Allemagne et la Grande-Bretagne », déclare son directeur Martin Marsalek. Chez Karpatská Perla et Mvra & Stanko, les exportations vers les pays limitrophes et ponctuellement les États-Unis et le Japon ne dépassent pas 5 %. « Mais nous aimerions les développer pour l'image de marque », affirme Vladimir Stanko.

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