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VIGNE

Accidents du travail 2013, année noire

CHRISTELLE STEF - La vigne - n°259 - décembre 2013 - page 26

Cette année, plusieurs incidents mortels impliquant des tracteurs et des machines viticoles ont eu lieu. Même si ces matériels sont de plus en plus sûrs, ils restent très dangereux tant qu'ils sont en mouvement.
LES EXPERTS DE LA MSA insistent sur cette règle fondamentale : couper le moteur et la prise de force de la machine avant d'intervenir. ©  C. WATIER

LES EXPERTS DE LA MSA insistent sur cette règle fondamentale : couper le moteur et la prise de force de la machine avant d'intervenir. © C. WATIER

On ne le répète jamais assez : un accident du travail peut vite arriver, avec des conséquences dramatiques. C'est un sujet douloureux sur lequel il faut pourtant revenir après cette année particulièrement meurtrière. En 2013, la MSA du Languedoc (départements de l'Hérault, du Gard et de la Lozère) a recensé deux renversements mortels de tracteur et de machine à vendanger alors qu'elle en dénombre entre zéro et deux selon les années sur son secteur.

La Gironde déplore quant à elle deux accidents mortels et un accident grave provoqués par des outils viticoles. « Nous ne sommes pas habitués à cela, déplore Joël Donadi, de la MSA de Gironde. D'autant que, cette année, il y a aussi eu davantage d'accidents provoqués par des renversements de machines. »

Certains matériels sont-ils plus dangereux que d'autres ? A priori non. En témoigne la diversité des machines avec lesquelles les accidents ont eu lieu.

Le 9 février dernier, un viticulteur de 53 ans qui exploitait 10 ha sur Naujan-et-Postiac, en Gironde, est malheureusement décédé alors qu'il prétaillait l'une de ses vignes. Selon l'expert de la MSA qui a enquêté sur cet accident, le drame est arrivé en bout de rang, sans doute lors d'une intervention de maintenance. Le tracteur et la machine étaient en marche. La manche du vêtement de la victime s'est alors prise dans le boulon de fixation du croisillon de liaison entre le moteur hydraulique et l'outil de coupe. Le viticulteur a été happé. Il s'est retrouvé coincé entre les deux marguerites de coupe de la prétailleuse. Il est mort comprimé par sa machine.

Étranglé par un enrouleur. Le 12 avril, c'est un enrouleur de fil qui a provoqué la mort d'un jeune viticulteur de 27 ans dans ses vignes, à Aydie, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il enlevait les fils d'une parcelle qu'il préparait à l'arrachage. Alors qu'il les ramassait pour les positionner sur l'enrouleur accroché à l'arrière de son tracteur, une des pattes de la machine a agrippé son pull et l'a entraîné. Trop loin du boîtier de commande, le viticulteur n'a pas pu stopper la machine. Les fils l'ont étranglé.

Plus récemment, le 23 octobre, à Saint-Philippe-d'Aiguille, en Gironde, c'est une herse rotative qui a pris la vie d'un apprenti de 18 ans. Ce jeune homme est descendu de son tracteur alors qu'il travaillait dans un interrang de vigne et qu'il n'avait pas arrêté la prise de force. En début d'après-midi, le fils du viticulteur qui l'employait le retrouve coincé dans la machine, les jambes prises entre le rouleau tasseur et les dents de la herse. Les pompiers mettront beaucoup de temps pour dégager le jeune apprenti, qui décédera malheureusement dans la soirée à l'hôpital. Pour quelles raisons est-il descendu du tracteur alors que la machine était encore en marche ? Pourquoi est-il allé derrière la herse rotative ? Les enquêteurs l'ignorent.

Ces trois accidents ont impliqué du matériel en mouvement, approché de trop près, pour une raison ou une autre. C'est bien là qu'est le danger. « Les machines viticoles sont des appareils puissants, dotés de systèmes d'entraînement et d'outils coupants. En cas d'accident, ça ne pardonne pas », rappelle la MSA. Bien que les machines soient de plus en plus sûres, avec des parties en mouvement de mieux en mieux protégées, elles n'en restent pas moins dangereuses tant qu'elles ne sont pas à l'arrêt. Un fait trop souvent oublié dans la pratique.

Dans les trois cas précédemment cités, les personnes travaillaient seules. Auraient-elles pu être sauvées si quelqu'un avait été présent sur place ? Impossible de le savoir. Mais ce qui est sûr, c'est qu'« un travail isolé reste dangereux et [qu']il est préférable de travailler à deux. Mais la coactivité peut aussi être une source d'accidents », prévient Joël Donadi.

Respect de la procédure. Ainsi, le 26 août dernier, une salariée de 54 ans qui épamprait à Saint-Martin-du-Puy (Gironde) sur une exploitation de 75 ha a été gravement blessée à la tête par une rogneuse qui écimait en même temps le même rang. « Le conducteur de la rogneuse a respecté la procédure, rappelle Joël Donadi. Lorsqu'il a vu les travailleurs, il a stoppé la machine et leur a demandé de s'écarter, ce qu'ils ont fait. Pour quelles raisons la victime s'est-elle retrouvée au contact de la machine au moment de sa remise en route ? Nous ne le savons pas. »

Les vendanges ont également été entachées de plusieurs accidents graves. Dans un premier temps, il a été nécessaire de retarder la récolte. Puis, le temps se dégradant, il a fallu la précipiter. Faut-il voir dans cette désorganisation un lien de cause à effet ?

« Durant les vendanges, nous déplorons chaque année environ trente-cinq accidents du travail, regrette Bruno Farthouat, de la MSA de Charente. Généralement, il s'agit de coupures, de chutes ou de brûlures sans trop de conséquences. Nous avons toujours un accident grave. Mais cette année, nous en avons eu un grave et un mortel. »

Vigilance. Le 7 octobre, un travailleur d'une entreprise de prestation de service basée en Charente a été tué alors qu'il nettoyait une machine à vendanger avec quelqu'un d'autre dans une exploitation en Gironde. Au moment où son équipier a redescendu les bacs de réception de la vendange, l'ouvrier s'est retrouvé coincé en dessous. Gravement blessé à la tête, il est décédé.

Toujours en Charente, l'accident grave signalé par la MSA s'est produit alors qu'une personne intervenait sur le ventilateur obstrué d'une machine à vendanger. En voulant le dégager alors que l'appareil était en marche, elle s'est fait happer une partie de la main droite. Elle a alors perdu l'usage de trois doigts et doit désormais apprendre à écrire avec l'autre main.

Ces deux accidents ont eu lieu, pour le premier, en fin de journée et, pour le second, en fin de vendange. On peut donc supposer que le stress et la fatigue jouent un rôle en réduisant la vigilance des travailleurs qui peuvent alors oublier les règles primordiales de sécurité.

Dans l'Hérault, les vendanges ont été marquées par la mort du conducteur d'une machine à vendanger à Castelnau-de-Guers. Fin septembre, alors qu'il vendangeait une parcelle sur un terrain très accidenté, l'appareil dépourvu de cabine s'est retourné et l'a écrasé. « Les professionnels doivent être particulièrement vigilants lorsqu'ils travaillent dans des situations où le dévers est important et veiller à la bonne répartition des charges », insiste Lionel Vénézia, responsable du service prévention à la MSA du Languedoc.

Sur le matériel en lui-même, la présence d'une cabine est un élément de sécurité. Mais s'il en est dépourvu, un arceau de sécurité constitue le minimum vital. Si le tracteur est équipé d'une ceinture ou d'un harnais, il est recommandé de les mettre. De même, il ne faut jamais retirer les portes d'un tracteur. Si malgré toutes ces précautions, le tracteur se renverse, la consigne est de se cramponner au volant et de ne surtout pas sauter de la machine en marche. Ces quelques précautions peuvent sauver des vies.

N'oubliez jamais de couper le moteur et la prise de force

« Si l'on doit aller au contact d'une machine, la première chose à faire est de couper le moteur et la prise de force, martèle Joël Donadi, de la MSA de Gironde. Et il faut bien attendre l'arrêt complet. » Ensuite seulement, l'intervention peut avoir lieu. Plusieurs personnes décèdent chaque année parce qu'elles ne respectent pas cette règle fondamentale. « Les utilisateurs veulent aller vite. Ils ne pensent plus aux règles de sécurité », observe Joël Donadi. Cet expert de la MSA ajoute qu'il faut considérer le risque pendant toutes les phases d'utilisation d'une machine : pendant le travail, bien entendu, mais aussi lors de l'attelage, du dételage, du nettoyage, de l'entretien (affûtage des lames de la rogneuse par exemple) et du remisage. Autre recommandation : s'assurer que les personnes qui travaillent avec une machine connaissent sa dangerosité et la procédure d'arrêt. Les conseillers en prévention de la MSA ajoutent encore qu'il faut commencer par vérifier la présence de protections sur un matériel et sa conformité aux normes de sécurité avant de l'acheter. Une vérification d'autant plus indispensable que le matériel est d'occasion. Ensuite, il faut soigner la maintenance et faire toutes les vérifications nécessaires avant le démarrage de la campagne.

Une alerte antirenversement en projet

Depuis 2011, l'Irstea (Institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture) coordonne un projet pour mettre au point une alarme avertissant les conducteurs de machines à vendanger en cas de danger. « Nous travaillons sur le renversement et le décrochement (perte d'adhérence dans une pente) », rapporte Nicolas Tricot, de l'équipe risques et conception mécanique de l'institut. Le but est de « répercuter au chauffeur une information visuelle et/ou sonore pour qu'il puisse réagir à temps en cas de problème. Nous avons développé un simulateur de conduite qui va nous permettre d'étudier le comportement des chauffeurs aidés par le système antirenversement dans des situations à risque », précise-t-il. Ce projet implique de nombreux partenaires. Une journée de restitution est planifiée le 17 avril 2014. À cette occasion, une machine à vendanger intégrant le dispositif issu du projet de recherche ActiSurTT, qui vise à la réalisation de dispositifs actifs pour la sécurité des véhicules en environnements tout-terrain, sera présentée.

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