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VIGNE

Oïdium Les QoI solo sur la sellette

INGRID PROUST - La vigne - n°261 - février 2014 - page 34

La résistance de l'oïdium aux fongicides à base de QoI a encore progressé en 2013. Les recommandations officielles s'orientent vers de nouvelles restrictions d'emploi de cette famille de produits.
« LA RÉSISTANCE DE L'OÏDIUM AUX QOI  a progressé l'an dernier de façon homogène en France », indique Jacques Grosman, expert national vigne au ministère de l'Agriculture. © C. WATIER

« LA RÉSISTANCE DE L'OÏDIUM AUX QOI a progressé l'an dernier de façon homogène en France », indique Jacques Grosman, expert national vigne au ministère de l'Agriculture. © C. WATIER

Les QoI sont mis en question. Depuis 2008, on constate une résistance croissante de l'oïdium à cette famille chimique, qui compte notamment la pyraclostrobine, la trifloxystrobine, l'azoxystrobine et le krésoxim-méthyl. En 2013, la situation s'est encore dégradée.

« La résistance de l'oïdium aux QoI a progressé l'an dernier de façon homogène en France, indique Jacques Grosman, expert national vigne au ministère de l'Agriculture, y compris dans des vignobles jusqu'ici peu concernés, comme ceux du Poitou-Charentes et de la Champagne. Les tests effectués en 2013 dans le cadre du plan national de surveillance ont révélé que la mutation responsable de la résistance aux QoI était présente dans 73 % des populations analysées. »

L'aggravation de la résistance de l'oïdium aux QoI alimente les interrogations. Cette famille chimique n'est déjà plus préconisée contre le mildiou par les services officiels en raison d'une résistance généralisée. Aujourd'hui, certains mettent en cause leur présence parmi les produits pour lutter contre l'oïdium.

« On peut et on doit se poser la question de leur intérêt contre cette maladie », estime Bernard Molot, de l'IFV. Mais pour lui, pas question de supprimer la lutte chimique de l'arsenal existant, qui comprend seulement neuf modes d'action différents, malgré l'arrivée de nouveautés (voir encadré ci-contre). « On ne doit pas se priver des QoI, mais il faut les associer à un produit à mode d'action différent, propose-t-il. Dans ce cas, ils gardent tout leur intérêt, en particulier contre le black-rot. » Cependant, utiliser un QoI couplé à d'autres matières actives sujettes à des résistances (IDM ou un SDHI) revient à griller deux cartouches dans le panel des solutions possibles.

À la coopérative languedocienne (CAPL), on recommande depuis plusieurs années déjà l'emploi des fongicides contenant un QoI en association avec une autre matière active. Thierry Favier, responsable technique vigne, estime lui aussi qu'il ne serait pas judicieux de supprimer tout bonnement cette famille. « Cela déplacerait le risque de résistance vers d'autres groupes chimiques et poserait des problèmes contre le black-rot, craint-il. En se privant des QoI contre cette maladie, les viticulteurs se reporteraient sur des IDM ou du mancozèbe, des produits supportant parfois des phrases de risque plus graves et des zones non traitées plus contraignantes. »

Les firmes phytosanitaires renchérissent sur la nécessité de maintenir l'usage de cette famille. « C'est dans l'alternance des familles chimiques que l'on peut gérer l'oïdium », souligne Jean-Luc Dedieu, chef marché vignes chez Bayer. La société possède plusieurs produits à base de QoI en solo (Flint et Consist, à base de trifloxystrobine) ou en association (Nativo et la nouveauté Luna).

En 2013, la note nationale vigne recommandait de ne pas dépasser une application de QoI par an, de préférence en association avec un produit à mode d'action différent. Pour cette campagne, les experts pourraient s'orienter vers des préconisations encore plus restrictives.

« Les QoI solo (NDLR : Consist, Flint, Natchez et Stroby DF) ne sont plus en mesure de sécuriser les programmes de protection, observe Jacques Grosman, au ministère de l'Agriculture. Le principe de précaution implique qu'on les utilise avec un autre produit à mode d'action différent. Dans les parcelles où des difficultés ont été enregistrées en 2013 comme dans celles où des situations de résistances ont été constatées, l'idéal serait de supprimer toute application de QoI. Mais il faut noter que ces produits restent intéressants contre le black-rot. »

Pour autant, les échecs rencontrés au vignoble dans la lutte contre l'oïdium ne sont pas tous imputables à la résistance aux QoI. « La qualité de la pulvérisation en viticulture n'est pas optimale, rappelle Jacques Grosman. Des travaux de l'IFV et de l'Istrea (ex-Cemagref) ont montré que la répartition du produit sur la végétation pouvait être très mauvaise, même si la dose est élevée. Or, cela peut favoriser la sélection de populations résistantes. »

Thierry Favier pointe également « le non-respect des cadences préconisées pour le renouvellement des traitements ». Jean-Luc Dedieu insiste sur la nécessité d'appliquer les QoI « en préventif, en respectant les cadences et les doses préconisées ».

Quelles recommandations pour 2014 ? « Il faut limiter l'usage des QoI à deux applications par hectare et par an, dont une de QoI solo au maximum », soutient Jean-Luc Dedieu.

Philippe Raucoules, responsable agronomique vigne chez BASF, qui commercialise la pyraclostrobine (Cabrio) et le krésoxim-méthyl (Stroby DF, Collis), conseille « en préfloraison ou en début de floraison une application, de préférence, ou deux applications non consécutives si le QoI est associé dans un produit prêt à l'emploi comme Collis (krésoxym et boscalid) ou en mélange, avec du soufre par exemple ». Selon BASF Agro, qui a mené des essais, « en respectant les bonnes pratiques, les QoI sont aussi efficaces que les références, y compris en situation de résistance et de pression élevée ».

Thierry Favier recommande quant à lui une seule application d'un QoI associé avant la floraison, en préventif. « Notre programme prévoit la possibilité de ne pas utiliser de QoI sur les parcelles sensibles et celles à suspicions de résistance », détaille-t-il. Bernard Molot préconise de « réserver l'emploi d'un QoI associé après la fermeture de la grappe, si la protection a été correctement effectuée auparavant et dans un contexte de black-rot ».

Quant à Benjamin Alban, de la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire, il propose « une application à la floraison, sauf en cas d'échec inexpliqué l'année précédente, auquel cas il vaut mieux s'abstenir ». La note nationale vigne diffusera les prescriptions des services officiels dans les semaines à venir.

Deux régions particulièrement touchées

La Saône-et-Loire fait partie des zones les plus concernées par la présence de souches d'oïdium résistantes aux QoI. « Les résultats de tests biologiques effectués en 2013 sur des parcelles ayant connu des échecs de protection indiquaient à chaque fois des pourcentages importants de souches résistantes aux QoI (entre 30 et 100 %) », relate Benjamin Alban, conseiller viticole pour le Mâconnais et le Beaujolais à la chambre d'agriculture. Le Languedoc-Roussillon est lui aussi très touché. « La résistance a nettement progressé dans la région l'an dernier et a impacté l'efficacité des traitements QoI », déplore Bernard Molot, responsable du pôle IFV Rhône-Méditerranée.

Des nouveautés bienvenues

Bayer lance pour cette campagne 2014 Luna Sensation (encore vendu sous le nom de Luna Extend), un produit contenant de la trifloxystrobine et du fluopyram, une matière active issue de la nouvelle classe chimique des pyridinyl éthyl benzamides (Sdhi). Luna promet une protection de vingt et un jours « quels que soient la pousse et l'historique oïdium de la parcelle » à 0,2 l/ha et de quatorze jours à 0,15 l/ha. Certis sort de son côté Cyflodium, à base de cyflufenamid (CFF), « issu d'une nouvelle famille chimique, les amidoximes, dont le mode d'action est différent de celui des fongicides déjà sur le marché, et qui ne présente pas de résistance croisée avec d'autres anti-oïdiums ». Le même produit est proposé par Syngenta sous le nom de Cidely. Cette même firme commercialise aussi depuis 2013 Dynali, qui associe du CFF à du difénoconazole, un IDM. Ces nouveautés viennent à point nommé pour compléter l'éventail des solutions existantes et augmenter les possibilités d'alternances entre familles afin de prévenir les risques de résistance.

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