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DOSSIER - Drones : l'envol d'une technologie

Drones L'envol d'une technologie

PAR FLORENCE JACQUEMOUD - La vigne - n°262 - mars 2014 - page 22

Les perspectives offertes par ces aéronefs en modèle réduit pour améliorer le suivi des vignes suscitent curiosité et enthousiasme au sein de la filière. De nombreux projets voient le jour.
LES DRONES, COMME CELUI ACQUIS PAR BERNARD MAGREZ,  permettent d'observer, de photographier et de filmer des sujets avec une précision sans égale. © WWW.DEEPIX.COM

LES DRONES, COMME CELUI ACQUIS PAR BERNARD MAGREZ, permettent d'observer, de photographier et de filmer des sujets avec une précision sans égale. © WWW.DEEPIX.COM

Fin 2013, Bernard Magrez, propriétaire de quatre crus classés dans le Bordelais, s'est taillé un beau succès médiatique en annonçant qu'il venait de faire l'acquisition d'un drone. « Nous sommes en quête permanente de nouvelles technologies pour atteindre l'excellence », expliquait-il pour justifier un investissement de 50 000 euros. Mais il n'a pas intéressé que la presse. Plusieurs viticulteurs l'ont appelé, curieux d'en savoir plus.

Parmi eux, Julien Lesueur, vigneron à Sainte-Sévère, en Charente, et amateur d'aéromodélisme. « Les drones ont de l'avenir, estime-t-il. Je compte aller voir comment Bernard Magrez utilisera celui qu'il a acheté. Je cultive 55 ha d'ugni blanc pour le cognac, à raison de 3 000 pieds par hectare. Un drone me serait très utile pour compter les manquants et établir mon plan de renouvellement. J'espère également qu'il sera possible de suivre des maladies, notamment l'esca, auquel l'ugni blanc est très sensible, et la flavescence dorée. En Charente, la prospection à pied, en été, au milieu de vignes aussi hautes que nous, est pénible. Si un drone peut nous aider dans ces tâches, ce sera un investissement rapidement rentable. »

Perspectives pour la viticulture.Plusieurs organismes travaillent à la mise au point d'applications agronomiques qui pourraient rendre de grands services. Tous misent sur les perspectives enthousiasmantes apportées par ces modèles réduits d'hélicoptères ou d'avions capables de prendre des photos et même des vidéos au ras des vignes.

Les drones s'approchent bien plus près que les avions ou les hélicoptères et, à plus forte raison, que les satellites. Ils coûtent moins cher et sont plus souples d'utilisation. En effet, les prises de vue peuvent être ajustées au plus près du sujet étudié (hauteur de vol, résolution des images...). On peut ainsi acquérir quantité d'images précises pour un coût très faible. Reste qu'une fois les photos réalisées, il faut les analyser afin d'établir un lien avec la réalité du terrain. Des travaux sont en cours pour mettre au point des logiciels adéquats. L'objectif est d'apporter des réponses rapides et automatiques aux vignerons.

Aux côtés des organismes de recherche, des opérateurs privés se lancent. C'est le cas du réseau Hélidrone. Dès l'été prochain, il devrait disposer d'un logiciel pour la reconnaissance de la flavescence dorée. Il projette d'intervenir en Bourgogne et en Provence, sur le vignoble de la Sainte-Victoire, puis sur toute la France à moyen terme.

« De nombreux services nouveaux. » Le syndicat des pépiniéristes du Centre-Ouest ne manquera pas d'être intéressé par l'initiative d'Hélidrone. Il étudie la possibilité de faire appel à un opérateur pour survoler les vignes mères de ses adhérents et leurs alentours.

« Notre bassin de production est encore exempt de flavescence dorée, mais la cicadelle remonte et nous risquons d'être touchés, craint Grégory Gibault, pépiniériste à Juigné-sur-Loire (Maine-et-Loire). Notre objectif serait d'organiser un vol de drone avec prise de vues une fois par an, en septembre, dans un rayon de 500 mètres autour de toutes nos vignes mères, et de disposer d'un logiciel qui analyserait les images et nous alerterait automatiquement dès que la couleur d'une vigne semble suspecte. Nos vignes mères sont dispersées, il est impossible de les surveiller à pied. Un drone semble une très bonne solution. »

« La viticulture devrait vivre une belle ère de progrès dans les cinq ans à venir, anticipe Franck Brossaud, directeur adjoint du pôle technique du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, le BIVB. Avec les drones, nous devrions apprendre beaucoup de choses sur le fonctionnement du feuillage. Ils amèneront de nombreux services nouveaux aux viticulteurs. »

Des hélicoptères et des avions miniatures

Les drones, appelés « aéronefs qui circulent sans personne à bord » par l'administration, sont classés en différentes catégories selon leur poids et leur utilisation. Certains sont destinés aux activités de loisir ou de compétition, d'autres sont utilisés pour les prises de vues aériennes ou la réalisation de relevés. D'autres encore sont à usage scientifique ou militaire. La plupart ressemblent à de petits hélicoptères avec quatre, six, voire huit hélices. Certains s'apparentent plutôt à des modèles réduits d'avion. Selon leur utilisation, ils doivent posséder des équipements de sécurité, tels qu'un altimètre, un parachute, un dispositif de limitation d'altitude et un autre permettant de forcer l'atterrissage. Le prix d'un drone peut varier de 500 à 1 000 euros pour un appareil amateur et atteindre 50 000 euros pour un drone civil professionnel équipé d'une caméra ou d'un appareil photo, de toutes les sécurités nécessaires, de l'interface pour le contrôler et pour visionner ce qu'il filme, du chargeur, etc. Les batteries, qui coûtent de 100 à 150 euros et dont l'autonomie n'est que de dix à quinze minutes, sont à prévoir dans le budget.

Une activité très réglementée

Début février, l'histoire du jeune nancéen poursuivi pour avoir survolé sa ville sans autorisation avec un drone a fait le tour de la France. Il a réalisé un film saisissant qui a connu un vif succès sur internet... mais tourné sans autorisation. Or, il faut respecter plusieurs exigences réglementaires fixées dans un arrêté du 11 avril 2012. Ce texte prévoit que les pilotes doivent se faire enregistrer à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Celle-ci donne, sur son site internet, la liste des entreprises ayant reçu une attestation. Les télépilotes doivent notamment avoir suivi la formation théorique de la licence de pilote de planeur ou d'ULM et obtenu une certification officielle. À l'avenir, ils devront posséder un brevet spécialisé. La Fédération professionnelle du drone civil travaille à un projet de formation au télépilotage de drone et à la création d'un brevet spécialisé auquel chaque nouvel utilisateur devra se soumettre. Par ailleurs, l'exploitant d'un drone peut être amené à demander une autorisation de vol à la préfecture ou à la DGAC. Il peut aussi avoir à déclarer son activité de prise de vue aérienne et être obligé de mettre en place une zone de protection d'un rayon de 30 m au décollage et de 50 m durant le vol. Enfin, il doit signaler à la DGAC tous les incidents survenus pendant le vol d'un drone. De leurs côtés, les constructeurs doivent obtenir de la DGAC une attestation de conception qui précise la catégorie de l'aéronef, la nature de l'activité envisagée et le scénario de vol. Quatre scénarios sont possibles selon la distance entre le drone et son pilote lors du vol, la hauteur de vol, les zones survolées (peuplées ou non) et les travaux réalisés.

L'essentiel de l'offre

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