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VIGNE

Le retour de cépages condamnés

ADÈLE ARNAUD - La vigne - n°262 - mars 2014 - page 38

Trois variétés productives revoient la vie en rose. Il y a encore peu, elles étaient écartées des plantations car jugées peu qualitatives. Leurs défauts d'hier se révèlent être des qualités pour la production de rosés.
Le cinsault, cépage à gros grains, donne des jus clair. PHOTOS IFV

Le cinsault, cépage à gros grains, donne des jus clair. PHOTOS IFV

La counoise et le grolleau gris, peu teintés, sont tout à fait adaptés à l'élaboration de vins rosés très clairs.

La counoise et le grolleau gris, peu teintés, sont tout à fait adaptés à l'élaboration de vins rosés très clairs.

Le grolleau gris

Le grolleau gris

Productivité, acidité ou encore faible coloration et teneur en alcool : voici des critères décriés il y a quelques années. Mais ils sont devenus des qualités pour l'élaboration de rosés, dont la consommation ne cesse de progresser. C'est dans ce contexte que trois cépages séduisent à nouveau les viticulteurs, au point que la demande dépasse l'offre des pépiniéristes en plants certifiés.

Cinsault : En tête des restructurations

Le cinsault est présent sur tout le pourtour méditerranéen. Des 50 000 ha en production dans les années soixante-dix, il n'en reste aujourd'hui que 18 000. France-AgriMer observe toutefois une reprise depuis le début des années 2000 qui s'accélère depuis 2009. Dans son estimation de replantations primées en Languedoc-Roussillon pour 2014 et 2015, le cinsault arrive en première position, cette variété étant retenue sur 14 à 15 % des surfaces restructurées.

Christophe Sandoval, apporteur à la cave coopérative de Puimisson (Hérault), est convaincu par l'intérêt de ce cépage. Il en a récemment planté 1,30 ha sur un de ses coteaux peu fertile. « Il est adapté à notre climat sec et chaud, justifie-t-il. Il a fortement été arraché ces dernières années, mais nous nous rendons compte qu'afin d'assurer d'une récolte quantitative et qualitative, il est préférable de rester sur des cépages locaux. »

Il lui a donc paru intéressant de planter cette variété que sa coopérative valorisera en rosé. « Les vins de Pays d'Oc ont gagné beaucoup de parts sur le marché des vins rosés, notamment les rosés très clairs. Le cinsault convient très bien à l'élaboration de ce style de vin, en monocépage, ou alors pour éclaircir des rosés de cépages plus colorés », relève-t-il.

Counoise : Productivité et personnalité

« Nous remettons au goût du jour la counoise, dont les qualités répondent à la demande du consommateur », souligne Sébastien Velletaz, responsable de la pépinière Colomb-Velletaz, à Jonquières (Vaucluse). « Cette variété est surtout adaptée à la production de rosé. En effet, le rapport jus/pellicule est trop déséquilibré pour élaborer des rouges de qualité à cause de ses gros grains, indique Olivier Nasles, propriétaire du domaine de Camaïssette, à Éguilles (Bouches-du-Rhône), et oenologue conseil. En rosé, il montre beaucoup de personnalité, révélant une vraie spécificité aromatique. » Il donne des vins fruités aux arômes de prune et de mûre. De par sa productivité, « la counoise permet aussi de garder un équilibre économique les années où le grenache coule ».

La counoise est un cépage secondaire, cultivé en Provence et dans les côtes du Rhône. Jocelyne Griolet, responsable du service territorial de France-AgriMer en Provence-Alpes-Côte d'Azur, annonce qu'il a été planté sur 6,40 ha avec le bénéfice de la prime à la restructuration durant les cinq dernières années, dont 2,50 ha rien que pour 2013.

Grolleau gris : Productif et fin

Ce cépage est surtout cultivé entre Tours (Indre-et-Loire) et Angers (Maine-et-Loire). En 2013, il était planté sur 463 ha. Pascal Droum, technicien de FranceAgriMer à Angers, observe « une dynamique ces dernières années, avec 72 ha de vignes plantés au cours des dix dernières années, dont 29 ha en 2012 et 2013 ».

Bertrand Roux, conseiller de la pépinière Mercier, basée à Vix (Vendée), souligne que « cette variété revient à la mode alors qu'elle avait quasiment été abandonnée. Sa productivité offre un réel intérêt économique pour l'élaboration de vins rosés ou d'effervescents qui gardent beaucoup de finesse et une belle expression aromatique ».

Ce point de vue est confirmé par Jean-Michel Houet, producteur à Thouarcé (Maine et Loire). Sur son exploitation, le domaine du Moulin de Chasles, il a planté 1,20 ha de grolleau gris il y a six ans. « C'est un cépage donnant des vins souples et très aromatiques, constate-t-il. En assemblage, il me permet d'assouplir les gamays et les cabernets afin de mieux répondre au nouveau marché des vins rosés légers et fruités. » Vigneron indépendant, il souligne également que « ce cépage assure toujours une bonne récolte, mais surtout régulière, notamment lorsque nous sommes confrontés à des gelées tardives ».

Dérogation pour du matériel standard

Les pépiniéristes ont beaucoup de mal à satisfaire la demande en plants certifiés pour ces cépages. Face à cette situation, FranceAgriMer a accordé une dérogation spéciale pour que les viticulteurs puissent bénéficier de la prime à la restructuration pour la plantation de matériel standard, en attendant que les pépinières puissent proposer des plants certifiés. Cette dérogation est valable jusqu'en 2014 pour le grolleau gris et jusqu'en 2015 pour la counoise et le cinsault.

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