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VIGNE

Le bio, pas si écolo

ADÈLE ARNAUD - La vigne - n°266 - juillet 2014 - page 34

La fabrication des matériels et des intrants utilisés en viticulture a un fort impact sur l'environnement. Lorsqu'elle est prise en compte, la viticulture biologique n'apparaît pas comme le système le plus écologique.
L'UTILISATION PLUS IMPORTANTE DU TRACTEUR EN BIO expose le chauffeur aux particules fines issues de la combustion du diesel. © C. WATIER

L'UTILISATION PLUS IMPORTANTE DU TRACTEUR EN BIO expose le chauffeur aux particules fines issues de la combustion du diesel. © C. WATIER

L'analyse du cycle de vie consiste à évaluer l'impact sur l'environnement d'un produit depuis l'extraction des matières premières qui le composent jusqu'à son élimination, en fin de vie. Sans oublier sa fabrication, sa distribution et son utilisation. La même logique s'applique aux machines. On peut ainsi évaluer l'impact d'un système de production.

Fanny Prezman a fait cet exercice au domaine viticole expérimental de l'Inra de Bordeaux (Gironde), dans le cadre de sa formation d'ingénieur agricole à l'école d'ingénieurs de Purpan (Haute-Garonne). Elle a appliqué l'analyse du cycle de vie (ACV) à l'implantation d'une vigne selon trois systèmes de production : l'un reposant sur la culture d'un cépage résistant au mildiou et à l'oïdium, l'autre sur la culture intégrée et le troisième en bio.

Surprise : au regard de l'ACV, le bio montre les moins bonnes performances environnementales. Il est le plus toxique pour la faune et la flore du sol en raison des traitements au cuivre et de l'utilisation plus importante du tracteur. Il est aussi celui qui a le plus d'impact sur la santé humaine. C'est encore une conséquence de l'utilisation plus importante du tracteur en bio. Elle expose le chauffeur aux particules fines issues de la combustion du diesel. Mais pas seulement le chauffeur. Comme le relate Fanny Prezman, lorsqu'on utilise davantage un tracteur « cela concerne toutes les personnes travaillant sur la chaîne du cycle de vie du tracteur : les ouvriers extrayant le pétrole, les ouvriers dans les usines de fabrication ». À l'échelle de l'exploitation, l'utilisation d'un tracteur dont la cabine est équipée d'un filtre s'avère donc intéressant, non seulement pour se protéger de la toxicité des produits phytosanitaires mais aussi des particules fines.

La somme des traitements cupriques pénalise le bio. Le bio est également le système qui a le plus d'impact sur les organismes aquatiques. Il est pénalisé par l'impact de la fabrication des produits cupriques sur ces organismes. Fanny Prezman souligne toutefois que, selon l'analyse du cycle de vie, « un désherbage au glyphosate a beaucoup plus d'effet qu'un traitement au cuivre sur les organismes aquatiques. Mais, dans notre cas, les traitements cupriques sont bien plus nombreux que les désherbages au glyphosate. Au final, c'est leur somme qui a plus d'impact que la somme des désherbages au glyphosate ». Il en est de même pour la toxicité à l'égard de la faune et de la flore du sol : c'est la somme des traitements cupriques qui pose un problème.

Pour obtenir ces résultats, Fanny Prezman a mouliné les données issues d'une nouvelle vigne plantée en 2010 à l'Inra de Bordeaux et conduite selon les trois modalités énoncées, chacune sur 60 ares. Trois ans après leur plantation, Fanny Prezman a additionné toutes les interventions et traitements qu'ont subis ces vignes, y compris pour leur plantation, pour déterminer leur impact sur l'environnement selon la méthode de l'analyse du cycle de vie.

La variété résistante au mildiou et à l'oïdium est issue du programme de sélection par hybridation de l'Inra de Colmar (Haut-Rhin). Son inscription au catalogue des variétés est prévue pour 2016. Dans ce programme, elle n'a pas reçu le moindre traitement fongicide.

En conduite intégrée, les traitements sont pilotés selon les préconisations de l'outil d'aide à la décision (OAD) Mildium. Les vignes sont traitées avec des produits conventionnels et l'entretien du sol est mécanique dans l'interrang et chimique (glyphosate) sous le rang.

La modalité bio est menée selon le cahier des charges de l'agriculture biologique. Les doses de cuivre ont pu être diminuées grâce à l'utilisation de l'OAD Mildium Bio, un nouvel outil en cours de validation. Les modalités bio et intégrée sont plantées de merlot.

Cinq critères. Fanny Prezman a évalué l'impact sur l'environnement de ces trois systèmes selon les cinq facteurs suivants :

- toxicité vis-à-vis de la faune et de la flore du sol;

- toxicité vis-à-vis de la faune et de la flore aquatique;

- toxicité humaine;

- consommation de ressources non renouvelables;

- émission de gaz à effet de serre participant au réchauffement climatiques.

L'étudiante a choisi ces facteurs car ce sont « les plus parlants pour le grand public et les plus facilement interprétables en viticulture ». Elle a calculé l'impact des trois systèmes de production à partir du logiciel Simapro, l'outil de référence mondiale dans les analyses de cycle de vie. Il s'agit donc d'un impact théorique et non réellement observé. De plus, le logiciel est encore en cours d'affinage car la base de données dont il se sert est loin d'être finalisée. Par exemple, au moment de l'étude, un seul tracteur était disponible dans cette base.

À la suite de cette étude, l'Inraconclut que les trois systèmes se distinguent surtout par leur impact sur la flore et la faune du sol, critère selon lequel le bio est nettement moins bien classé. Les différences sont moins importantes pour la toxicité vis-à-vis des organismes aquatiques et de l'homme. Elles sont quasiment nulles pour la consommation des ressources non renouvelables et l'émission de gaz à effet de serre.

Fanny Prezman note que « la plus grande part des impacts est liée à la fabrication des intrants et du matériel, étapes sur lesquelles nous ne pouvons pas intervenir puisqu'elles dépassent la filière vin ». Elle souligne toutefois que « plus nous consommons d'intrants et de matériels, plus nous avons un impact négatif sur l'environnement. Et cela est quand même lié à la conduite du système ».

L'Inra ajoute que les trois systèmes évalués ont tous moins d'impact sur l'environnement que la viticulture classique, selon les rares références disponibles à ce jour. Dominique Forget, souligne encore le poids, dans cette étude, « de toutes les interventions liées à la préparation du sol et à la plantation. Par exemple, la fabrication des engrais de fond joue un rôle important sur les impacts évalués ».

Fanny Prezman et Dominique Forget tiennent enfin à souligner que leurs évaluations restent des tendances qu'il faut prendre en compte avec beaucoup de précautions. Les différences entre les systèmes de production perdureront-elles maintenant que les vignes entrent en production ? Pour le savoir, une évaluation à plus long terme, avec des répétitions annuelles, est nécessaire.

Le travail du sol, un fort impact

Selon l'étude de l'Inra, le travail du sol contribue pour environ 80 % aux émissions de gaz à effet de serre - du CO2 principalement - durant les trois années prises en compte depuis l'installation de la vigne jusqu'à la troisième feuille. Par ailleurs, le bio et l'intégré sont presque équivalents quant à l'émission de gaz à effet de serre. De même, la consommation en ressources non renouvelables est équivalente entre le bio et la conduite intégrée. L'utilisation de glyphosate dans le système intégré a une forte influence sur ce critère, car l'énergie consommée pour sa fabrication est conséquente.

La viticulture bio néfaste aux vers de terre

Patrice Coll, ingénieur agronome diplômé de Montpellier SupAgro (Hérault), avait déjà soulevé les problèmes d'écotoxicité de la viticulture biologique vis-à-vis de certains organismes du sol, dans sa thèse soutenue en décembre 2011. En effet, il constatait que « les parcelles en viticulture biologique renferment plus de matière organique mais l'abondance des vers de terre est plus faible en raison d'un travail du sol plus profond, de l'accumulation de cuivre dans les sols et d'une augmentation du nombre de passage d'engins qui favorise la compaction ». Il soulignait toutefois que « l'appréciation de la qualité globale du sol est complexe. Certains indicateurs rendent compte d'un effet positif de la viticulture biologique alors que d'autres traduisent qu'elle a des effets peu propices au développement des organismes ».

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