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VIGNE

Bio Des vignes moins productives

CHRISTELLE STEF - La vigne - n°277 - juillet 2015 - page 28

Deux essais, l'un mené en Australie et l'autre en Allemagne, confirment qu'en bio et biodynamie les rendements sont plus faibles qu'en viticulture conventionnelle. Cependant, les vins peuvent être meilleurs.
MACLAREN VALE, EN AUSTRALIE. Dans ce vignoble, les scientifiques ont comparé les viticultures biologique, biodynamique, conventionnelle à haut et bas niveaux d'intrants. © N. CLARKE/AFP

MACLAREN VALE, EN AUSTRALIE. Dans ce vignoble, les scientifiques ont comparé les viticultures biologique, biodynamique, conventionnelle à haut et bas niveaux d'intrants. © N. CLARKE/AFP

« En Australie, la production bio est perçue comme plus durable, meilleure pour la santé du sol et de la plante, moins favorable au développement des maladies, et meilleure pour la qualité sensorielle des vins », a expliqué, le 4 juin, Cassandra Collins, de l'Université d'Adélaïde, lors de la journée professionnelle « Viticulture durable » organisée à Montpellier par le Giesco (Groupe international d'experts en systèmes vitivinicoles pour la coopération).

Mythe ou réalité ? Pour le savoir, la scientifique a comparé six ans durant - de 2008 à 2014 - les viticultures bio, biodynamique, conventionnelle à bas niveau d'intrants et conventionnelle à haut niveau d'intrants, sur une parcelle de cabernet-sauvignon âgée de 20 ans, à MacLaren Vale. Situé au sud de l'Australie, à proximité d'Adélaïde, ce vignoble se présente comme le plus écologique du pays.

Dans la partie conduite en bio, la vigne a été désherbée mécaniquement et a reçu du jus de compost. La lutte phytosanitaire a été menée avec du cuivre et du soufre. En biodynamie, la vigne a également été désherbée mécaniquement et a reçu du cuivre, du soufre et des préparations biodynamiques. En conventionnel à bas niveau d'intrants, la vigne a été désherbée avec des herbicides à large spectre et traitée avec du cuivre et du soufre. Enfin, dans la modalité à haut niveau d'intrants, des herbicides résiduaires et des fongicides de synthèse ont été appliqués. Chaque mode a également reçu du compost.

Qu'en est-il des résultats ? Les deux premières saisons (2009 et 2010), Cassandra Collins n'a observé aucun effet. Mais les quatre années suivantes, elle a constaté une chute de la vigueur marquée par une baisse du poids des bois de taille allant de 15 à 30 % en viticultures bio et biodynamique. Elle a également constaté un fléchissement significatif des rendements de 5 % à 15 % en viticultures biologique et biodynamique en 2011, 2012 et 2014.

« C'est lié au désherbage mécanique », suppose-t-elle. Pour pallier cet inconvénient, elle suggère de faire paître des moutons dans les vignes avant le débourrement. Au niveau des sols, elle a noté plus de biomasse microbienne et lombricienne dans les modalités conduites en bio et biodynamie. « Le compost améliore la qualité des sols en augmentant les teneurs en carbone organique total, la biomasse microbienne, le pH, la conductivité électrique et le taux de phosphore. »

Pour ce qui est de la composition des raisins, elle n'a pas noté de différence au niveau des teneurs en sucre, de l'acidité totale et du pH. En revanche, elle a observé des variations irrégulières des teneurs en anthocyanes et en composés phénoliques totaux, ne faisant apparaître aucune supériorité de l'un ou l'autre mode de conduite.

Et qu'en est-il des vins ? En 2009 et 2010, les dégustateurs n'ont pas vu de différence. Mais les années suivantes, ils ont jugé les vins bio et biodynamiques plus riches, plus complexes, plus « vivants », avec une texture plus intéressante que les vins conventionnels. Au final, ils leur ont attribué une note plus élevée. Une observation qui peut plaider en faveur de ces deux modes de production, mais « la perte de rendement et les coûts supplémentaires liés à l'entretien des sols (tonte et désherbage mécanique) peuvent, certaines saisons, réduire jusqu'à 25 % les revenus des viticulteurs », a précisé Cassandra Collins en conclusion de son exposé.

En Allemagne, Johanna Döring, de l'université de Geisenheim, a mené une étude similaire de 2006 à 2012. Dans une parcelle de riesling plantée en 1991 sur un sol sableux et argileux, elle a comparé les conduites bio, biodynamique et intégrée. Les vignes ont été enherbées entre les rangs dans toutes les modalités, désherbées mécaniquement sous le rang en bio et biodynamie et chimiquement dans la modalité intégrée. Elles ont toutes été fertilisées organiquement (engrais vert en conduite intégré, compost bio en bio, compost avec des préparations biodynamiques en biodynamie). La modalité intégrée a reçu une protection à base de fongicides systémiques, les vignes en bio et biodynamie ont été traitées avec du soufre, du cuivre (3 kg/ha au maximum) et des plantes. La modalité biodynamique a en outre reçu des préparations à base de corne de silice et bouse de corne.

Johanna Döring a elle aussi noté une baisse de la vigueur (poids des bois de taille) et des rendements dans les modalités bio et biodynamique. Cette baisse est respectivement de 15 % et 18 % pour la vigueur et de 24 et 25 % pour les rendements. Principale cause de la baisse des rendements en bio et biodynamie : les attaques de mildiou qui furent sévères certaines années.

Au niveau de la qualité des raisins, la chercheuse allemande a noté une teneur en sucre un peu plus élevée dans les modalités bio et biodynamique. Mais elle n'a pas vu de différence au niveau du pH et de l'acidité totale. Johanna Döring n'a pas comparé les vins.

« L'Inra doit diffuser les variétés résistantes d'Alain Bouquet »

Alain Carbonneau, président du Giesco. © C. STEF

Alain Carbonneau, président du Giesco. © C. STEF

Pour Alain Carbonneau, le président du Giesco, la culture de cépages résistants au mildiou et à l'oïdium apparaît comme la solution la plus durable. Lors du congrès de son association, il a rappelé que les variétés obtenues par feu Alain Bouquet, chercheur à l'Inra, procurent des vins qualitatifs adaptés au Languedoc-Roussillon. Mais l'Inra refuse de les diffuser soutenant que leur résistance est monogénique et donc peu durable. D'avis contraire, le président a conclu son intervention par une diapositive intitulée « Plaidoyer pour que l'Inra national autorise leur transfert » en expliquant que ces variétés possèdent des gènes de résistances complémentaires à ceux qui ont déjà été clairement identifiés contre l'oïdium (Run 1) et le mildiou (Vp1 et Vp2). Il soutient ainsi qu'elles ont une résistance « totale et stable au mildiou et à l'oïdium », comme leur géniteur Muscadinia rotundifolia.

Les effets du réchauffement climatique

Le 4 juin, lors de la journée professionnelle « Viticulture durable », organisée à Montpellier par le Giesco, plusieurs chercheurs sont intervenus sur le thème du réchauffement climatique. Morceaux choisis...

En Allemagne, la production de vin de glace diminue car il ne fait plus assez froid. C'est ce qu'a expliqué Hans Reiner Schultz, de l'université de Geisenheim. Et d'ajouter que les effets du réchauffement ne sont pas tous visibles. Des suivis, entamés en 1898, de la température du sol à 1 m de profondeur montrent que celle-ci s'est élevée de 2,4 à 3,2 °C entre mai et août. « Cela augmente les pertes en eau. La respiration du sol s'accroît d'où un relargage plus important de CO2. La matière organique se dégrade également plus vite s'il y a des précipitations. Il s'ensuit une importante libération d'azote, ce qui peut engendrer des problèmes de botrytis », a indiqué Hans Reiner Schultz.

En Australie, Victor O. Sadras, de l'Institut de R & D d'Australie du Sud, a étudié l'impact d'une élévation de la température de 2 °C sur la vigne et les raisins dans la vallée de Barossa. Il a travaillé sur la syrah et le cabernet franc. Il n'a pas observé d'impact lié au réchauffement sur les rendements et moins d'effet que prévu sur la maturité. En revanche, pour une même teneur en sucre, la concentration en anthocyanes a été moindre dans les vignes subissant 2 °C de plus que les témoins.

En Californie, Luis Sanchez, de la société Gallo, a mis au point avec IBM un système de goutte-à-goutte qui module les apports selon la cartographie des rendements et la vigueur observée durant la saison. En 2014, il a obtenu des rendements 16 % plus élevés qu'avec un goutte-à-goutte classique, tout en améliorant l'efficience de l'eau utilisée. Toutefois, le système est coûteux et nécessite encore des mises au point.

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