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VIGNE

Réduction des phytos Les pulvérisateurs passés au crible

MICHÈLE TRÉVOUX - La vigne - n°281 - décembre 2015 - page 38

Les panneaux récupérateurs à jets portés dépassent les autres types de pulvérisateurs lorsqu'il s'agit de faire des économies de produits phyto, tout en garantissant une bonne couverture du feuillage.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en début de végétation, les pertes de produit dans l'air et au sol représentent 70 à 80 % des volumes pulvérisés avec les voûtes pneumatiques. En pleine végétation, le rendement s'améliore. Mais les pertes restent à un niveau très élevé : 40 à 50 % de la bouillie n'atteignent pas le feuillage. Mieux vaut utiliser d'autres appareils pour faire des économies.

Le 5 novembre, à Montpellier, l'IFV, l'Irstea et la chambre régionale d'agriculture du Languedoc-Roussillon ont présenté les performances de différents pulvérisateurs mesurées sur la vigne artificielle EvaSprayViti.

Trois indicateurs ont été suivis : la quantité de produit déposée sur la végétation, l'homogénéité de la répartition de ces dépôts et le pourcentage de perte de produit dans l'environnement. Plus de 383 essais ont été menés depuis 2012 sur sept grandes catégories d'appareils :

- voûtes pneumatiques,

- jet projeté face par face (pendillards),

- pneumatiques face par face,

- jet porté face par face,

- jet porté à flux tangentiel,

- jet porté à ventilateur axial (atomiseurs),

- panneaux récupérateurs.

Premier constat : de fortes variations sont observées dans la quantité de bouillie effectivement déposée sur le feuillage. Pour une même dose appliquée à l'hectare, cette quantité varie de 1 à 9 entre une voûte pneumatique passée tous les quatre rangs en début de végétation et un panneau récupérateur face par face utilisé en pleine végétation.

Deuxième constat, les panneaux récupérateurs sont les appareils les plus indiqués si l'on combine les critères de qualité de pulvérisation et de réduction des pertes. Avec eux, l'économie de produits phytosanitaires est variable selon le volume de végétation et le nombre de manquants, mais elle atteint en moyenne 40 % sur la campagne de traitement. Cependant, les appareils à panneaux récupérateurs ne sont pas tous égaux. Dans cette famille, les jets portés se distinguent. Ils obtiennent les meilleurs résultats quant au volume de produit récupéré. De plus, l'utilisation de buses à fente à injection d'air accroît encore le taux de récupération de bouillie par rapport aux buses classiques. À l'inverse, les panneaux récupérateurs pneumatiques ne permettent pas une bonne récupération de la bouillie car ils produisent des gouttes trop fines qui s'échappent dans l'air. Quant aux panneaux à jet projeté, ils sont déconseillés après la floraison car ils ne permettent pas à la bouillie de bien pénétrer dans la végétation.

Les face par face meilleurs pour la répartition

Ces constats dressés, les orateurs ont passé les autres types de pulvérisateurs en revue. Selon eux, tous les face par face assurent une bonne répartition des bouillies. Avec ces appareils, les deux côtés d'un rang sont traités de manière identique sur toute la hauteur. On peut donc envisager de réduire les doses, avec une marge de sécurité. Ces pulvérisateurs permettent également de localiser les traitements en début de végétation ou sur les grappes.

Les pulvérisateurs à jet porté face par face et dotés de buses à injection d'air limitent significativement la dérive. Ils ne dégradernt pas la qualité d'application tout en donnant les meilleurs résultats en dépôt de produit sur le feuillage, avant floraison. Des travaux sont en cours pour préciser les conditions d'utilisation optimales de ces buses.

Les face par face pneumatiques, eux, assurent une bonne qualité de pulvérisation mais sont très sensibles à la dérive, notamment en début de végétation.

Les voûtes pneumatiques (mains ou canon), qui sont les plus utilisées dans le vignoble (70 % des appareils employés en vignes larges), ont des performances qui dépendent de la manière dont on les emploie. Si on les passe tous les deux rangs, le traitement est souvent de bonne qualité car chaque face du rang reçoit directement du produit. Bien entendu, on n'atteint pas la qualité d'une application au face par face. Un passage tous les trois rangs avec des voûtes dotées d'une main retour permet également de cibler toutes les faces de la végétation. Cependant, on s'éloigne encore de la qualité d'application des face par face. Sans main de retour, les dépôts sont hétérogènes sur les deux rangs dont une seule face est traitée.

Une dérive importante

L'utilisation des voûtes tous les quatre rangs conduit à de grands écarts de couverture entre les faces directement ciblées et les autres. En cas de forte pression de maladie, la protection de la vigne en souffrira. De plus, les pertes de produit par dérive peuvent être très importantes. Elles sont liées à deux paramètres sur lesquels il est difficile d'intervenir : l'orientation des diffuseurs - à régler en fonction de la pousse de la végétation - et le rapport entre la vitesse de l'air et le débit de liquide à la sortie des diffuseurs. Celui-ci détermine la taille des gouttes et donc la sensibilité à la dérive.

Les pulvérisateurs à jet porté et à flux tangentiel utilisés tous les deux rangs ne ciblent directement que l'une des deux faces d'un rang. De ce fait, les dépôts sur la végétation chutent, dans un rapport de 1 à 6, entre la face traitée et la face opposée. De plus, la dérive est importante. On peut la limiter en utilisant des buses à injection d'air, mais celle-ci reste quand même élevée en raison de l'important volume d'air généré par la turbine.

Avec les pulvérisateurs à jet porté à ventilateur axial, on observe les mêmes résultats. De plus, pour ce type d'appareil, il est difficile d'ajuster le flux d'air à la hauteur de végétation des vignes, inférieure à celle des vergers. Cela conduit à une dérive encore plus importante que les appareils à flux tangentiel.

Une rampe bon marché en début de saison

Pour les exploitations qui n'ont pas de panneaux récupérateurs, il existe des rampes de premier traitement, permettant de traiter deux rangs par passage. Il s'agit d'un portique sur lequel sont installées quatre descentes supportant une seule hauteur de buses pour protéger les premiers centimètres de végétation. Très simple, capable de réduire les intrants et les risques de dérives, ce type d'appareil de prix abordable (4 000 à 5 000 €) mériterait d'être plus largement développé ont souligné les intervenants lors du colloque. Calvet en propose un dans sa gamme que Sébastien Codis, spécialiste du machinisme à l'IFV, présente ici lors d'un passage sur le banc EvaSprayViti qui simule une vigne palissée.

Des outils pour gagner en efficacité

La chambre d'agriculture du Gard a conçu et développé deux nouveaux outils pour surveiller la qualité de pulvérisation qu'elle a présentés lors du colloque.

Top Pression est un afficheur de pression numérique. Fixé en cabine, face au chauffeur, grâce à sa ventouse, il indique en permanence la pression de travail. Il remplace le manomètre avec une lecture directe et sans réglage. Prix : 357,50 € HT

Top Contrôle est un boîtier qui s'installe également en cabine et mesure en temps réel les débits droite/gauche, le volume à l'hectare, l'eau restant dans la cuve et la vitesse d'avancement. Cet outil permet de contrôler la qualité de la pulvérisation et de détecter en temps réel tout bouchage des buses, en indiquant leur localisation (côté droit ou côté gauche). Prix : 1 999 € HT.

Il est possible d'équiper ce boîtier du dispositif Top Pression pour un prix global de 2 250 € HT.

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