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DOSSIER - Marché foncier : le tour des vignobles

PAYS NANTAIS Priorité à la restructuration

LUCIE MARNÉ - La vigne - n°293 - janvier 2017 - page 52

Dans le vignoble nantais, le prix du foncier reste stable et abordable. Mais la faible rentabilité des exploitations freine les achats. L'heure est à la restructuration parcellaire plutôt qu'aux agrandissements.
Dans la région, comme ici à Saint-Fiacre-sur-Maines, les vignerons cherchent un parcellaire regroupé et un encépagement varié. © C. WATIER

Dans la région, comme ici à Saint-Fiacre-sur-Maines, les vignerons cherchent un parcellaire regroupé et un encépagement varié. © C. WATIER

«Depuis la crise de 1991, à cause du gel et d'une mauvaise récolte, le vignoble nantais ne s'est jamais relevé. » Les propos de ce notaire local sont durs. Mais ils reflètent hélas la dynamique de ce vignoble. Et au niveau foncier, cela se traduit par des terres à l'abandon ou des arrachages au profit d'autres cultures.

Il faut dire qu'il y a une trentaine d'années, les vignerons du Muscadet ont planté massivement, quitte à effectuer des transferts de plantations de la Vendée vers la Loire-Atlantique. Des prairies ont été transformées en vignes. Le surplus de production engendré par ces plantations a inévitablement conduit à une crise.

Désormais, l'heure est à la réduction des surfaces. L'objectif étant de garder les meilleurs terroirs pour la production de vin. « En une dizaine d'années, 40 % du vignoble nantais ont été arrachés. Il est passé de 14 000 à 8 500 ha », souligne un notaire de la région souhaitant garder l'anonymat. À son plus haut, il comptait 18 000 hectares, dans les années 1980. Et le prix des terres s'en trouve forcément affecté. Il y a vingt ans, il fallait débourser pas moins de 25 000 € pour acquérir un hectare de vignes. Aujourd'hui, 6 000 à 12 000 € suffisent. « Mais les montants varient fortement selon le cépage, l'état de la vigne et la qualité du sol », souligne Édouard Glérant, directeur de la Safer Loire-Atlantique.

Bien que les prix soient au plus bas, les propriétaires peinent à trouver acquéreurs. « Actuellement, c'est très compliqué pour ceux qui partent à la retraite de vendre un domaine entier. Dans ce cas, on envisage une partition du domaine au profit des exploitations alentours », explique Frédéric Macé, directeur du syndicat de défense des AOC Muscadet. Et bien qu'elles rapportent peu, certains propriétaires tardent à vendre leurs vignes en espérant que les prix repartent à la hausse. Résultat : de nombreuses parcelles sont en friche.

« Le problème ne vient pas du prix des terres, souligne Alain Tréton, délégué territorial de l'antenne du vignoble de la chambre d'agriculture. Le principal frein à l'achat est la faible rentabilité des exploitations. Aujourd'hui, les vignerons qui s'installent doivent avant tout réfléchir à leur mode de commercialisation. » Ainsi, les domaines qui valorisent leur production par la vente directe s'en sortent mieux que ceux qui dépendent du négoce.

Pour les viticulteurs, la priorité n'est pas d'accéder à la propriété, mais de restructurer leur parcellaire. « Les vignerons cherchent surtout à avoir un parcellaire regroupé et un encépagement varié sur de bons terroirs pour diversifier leur production », observe Alain Tréton. Et pour remplir ces objectifs, peu importe s'il faut louer ou acheter.

Pourtant, les conseillers de gestion poussent à acheter. « Il faut en profiter. Les prix sont bas et les taux d'emprunt bancaires aussi, insiste Laurent Piveteau. On trouve des vignes à 6 000 €/ha alors qu'une location coûte environ 600 €/ha. En dix ans, on peut donc amortir un achat. »

Mais l'impératif de restructuration est tel qu'il pousse les locataires à arracher du melon de Bourgogne pour le remplacer par du sauvignon ou du chardonnay afin de produire des vins IGP. Leur production est en effet plus rentable. « Nous sommes une des rares régions où des vignerons arrachent pour replanter sur des parcelles qu'ils louent », s'étonne Laurent Piveteau. Ils dépensent ainsi près de 20 000 € pour l'arrachage et la nouvelle plantation. Mais lorsqu'ils enlèvent du melon de Bourgogne pour y mettre à la place du chardonnay ou du sauvignon, ils comptent sur la prime à la restructuration du vignoble, soit 11 500 €/ha versés par FranceAgriMer.

Pour les années à venir, les avis sur l'évolution du prix du foncier viticole divergent. « Je suis plutôt optimiste. Le prix des terres devrait repartir à la hausse. Surtout au niveau des crus communaux où les vignerons parviennent bien à valoriser leur production », s'enthousiasme le notaire de la région.

Au Cerfrance Loire-Atlantique, on reste prudent : « Cette année, le prix des terres a légèrement augmenté suite aux achats des vignerons du Cognaçais qui souhaitaient ramener des autorisations de plantation vers leur vignoble d'origine. Ils ont acheté des terres 12 000 €/ha pour les revendre 10 000 €/ha à leur propriétaire initial après avoir arraché les vignes. Les viticulteurs nantais sont gagnants dans cette affaire : comme leurs parcelles en friche ont été remises en état, ils peuvent les vendre ou les louer à des agriculteurs. En 2016, entre 150 et 200 ha se sont vendus ainsi. Et la même surface devrait être achetée en 2017 par les vignerons charentais. Mais quand cette combine cessera, le prix du foncier baissera de nouveau. »

ET VOUS, PENSEZ-VOUS QU'IL FAUT ACHETER DES VIGNES ? Sylvie Raude, Domaine de La Cordouère, 25 ha à Monnières (Loire-Atlantique)

« Oui. Je me suis installée en 2007 avec mes deux frères. Nous exploitons 25 ha de vignes, 4,5 ha sont en propriété, le reste en location. Cette surface nous suffit. Aujourd'hui, nous valorisons une partie de notre production en vente directe. Le reste part au négoce. À cause des maladies du bois, nous envisageons d'arrêter les baux de parcelles très atteintes, car il est trop coûteux de les entretenir. Si nous tombions en dessous de 20 ha, il faudrait trouver d'autres terres, de préférence à l'achat, même si le foncier viticole augmentait. »

ET VOUS, PENSEZ-VOUS QU'IL FAUT ACHETER DES VIGNES ? Gwénaëlle Croix, Domaine de La Pépière, 38 ha, à Maisdon-sur-Sèvre (Loire-Atlantique)

« L'achat de parcelles n'est pas notre priorité. Nous sommes trois associés en EARL et nous exploitons 38 ha en bio. La société est 100 % locataire de terres appartenant à 19 propriétaires. Le prix d'un bail n'est pas excessif, environ 700 €/ha, et les locataires sont bien protégés. Notre objectif est de regrouper notre parcellaire sur des terroirs et vignes de qualité. Aujourd'hui, nous produisons du muscadet en AOC Muscadet Sèvre-et-Maine, Clisson, Château-Thébaud, Monnières Saint-Fiacre et Gorges. Tout part en vente directe, dont 85 % à l'export. »

ET VOUS, PENSEZ-VOUS QU'IL FAUT ACHETER DES VIGNES ? Frédéric Loiret, Domaine du Grand Air, 24 ha, à Clisson (Loire-Atlantique)

« Oui. Je cherche à racheter les terres que j'ai en location. Ça revient presque au même d'acheter que de louer à 700 €/ha. J'achète des vignes puis je les loue à l'EARL. Cela me fera un apport quand je serai à la retraite. Pour autant, je ne souhaite pas m'agrandir. Je pense avoir atteint un bon équilibre. Sur les 24 ha que compte mon domaine, j'en possède 1,5. Je loue le reste, dont une partie à mon père. La moitié de mon parcellaire est plantée en melon de Bourgogne pour la production de muscadet. Je valorise la moitié de ma production en vente directe.

L'essentiel de l'offre

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