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VIGNE

Tractoriste Au coeur d'une formation

LUCIE MARNÉ - La vigne - n°296 - avril 2017 - page 42

Le 16 mars, les treize stagiaires tractoristes du CFPPA de Romans ont achevé leur formation. Caces et Certiphyto en poche, la plupart partent travailler chez des viticulteurs.
LES STAGIAIRES de la première session de formation de tractoriste dispensée par le CFPPA Terre d'horizon sont fin prêts pour décrocher un emploi. PHOTO : L. MARNÉ

LES STAGIAIRES de la première session de formation de tractoriste dispensée par le CFPPA Terre d'horizon sont fin prêts pour décrocher un emploi. PHOTO : L. MARNÉ

« Va plus vite Alexandre, ou tu ne vas jamais réussir à passer cette piste en dévers ! » Alexandre, aux commandes du New Holland fruitier de 90 ch, écoute les derniers conseils de Nicolas Brogner, son formateur au CFPPA Terre d'horizon, centre de formation agricole à Romans. L'ambiance est détendue ce 16 mars après-midi sous le soleil de la Drôme. Les treize élèves tractoristes du CFPPA viennent de terminer leur ultime examen de conduite. Au terme de trois mois de formation, ces demandeurs d'emploi vont obtenir le Certiphyto et le Certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (Caces) de catégorie 8. Dès la semaine suivante, dix d'entre eux partiront travailler dans des exploitations viticoles et arboricoles du département. « Nous terminons juste à temps pour le début des travaux du sol », s'enthousiasme Cécile Diss, en charge de l'organisation de la formation.

Nicolas Brogner et Xavier Oudille ont encadré cette formation de conduite avec et sans attelage. Les stagiaires ont ainsi pu manipuler une herse Actisol, un broyeur à marteaux et une bineuse à palpeur utilisé en arboriculture. Pour Alexandre, qui pilotait déjà des tracteurs, un rappel théorique de conduite était nécessaire : « Jusque-là, je conduisais au bruit. Je devais sûrement être en surrégime. Désormais, je sais que pour passer le broyeur 540 tr/min en mode éco suffisent. Avant, j'étais au moins à 1 000 tr/min. » Par ailleurs, une journée entière a été consacrée à la pulvérisation. Seul problème : en janvier, il est difficile de faire tourner des pulvérisateurs. « Nous nous sommes rendus chez un viticulteur pour qu'il nous présente son pulvé tracté. Mais il était en mode hors gel, regrette Cécile Diss. Pour la prochaine formation, nous souhaitons prévoir une journée de travaux pratiques avec un pulvé tracté. »

Les stagiaires sont aussi formés à l'entretien et à la réparation des outils, en dehors de la conduite d'engins. « Nous avons eu des cours de mécanique et de soudure. Nous sommes désormais capables de gérer le parc matériel et de planifier le travail » s'enthousiasme Tiphaine, l'une des stagiaires.

Pour s'exercer à la conduite, le CFPPA dispose d'une piste en remblai composée de trous, bosses et passages en dévers sur des monticules de terre. Ce parcours accidenté doit aider les stagiaires à surmonter leurs peurs. « Pour mettre les stagiaires en situation, nous nous sommes rendus deux jours chez un viticulteur et un arboriculteur », ajoute Nicolas Brogner. Les apprentis ont aussi effectué trois semaines de stage. La plupart signent d'ailleurs leur premier contrat chez leur ancien maître de stage.

Âgés de 25 à 59 ans, les stagiaires ont déjà tous travaillé dans des exploitations viticoles ou arboricoles en tant que saisonniers. « Nous avons mis de côté les personnes qui n'avaient aucune expérience professionnelle dans le secteur agricole. Notre formation ne dure que trois mois. Un minimum de connaissances était donc requis », poursuit Cécile Diss.

Ensuite, les candidats présélectionnés ont passé un entretien devant un jury composé de représentants du CFPPA, de Pôle emploi et des professionnels du secteur viticole et arboricole. Seuls les plus motivés et débrouillards ont été retenus. « Nous avons aussi fait passer un petit test de conduite de tracteur aux candidats pour voir s'ils étaient à l'aise. Pour des gens trop peureux, trois mois de formation ne suffisent pas », souligne Cécile Diss.

Les stagiaires ont tous des parcours différents. Mickaël, 30 ans, était auparavant chef de rayon chez Leclerc. Quentin*, 29 ans, détient une licence en sciences cognitives et a pris goût à l'agriculture alors qu'il était saisonnier. Tiphaine, 28 ans, a obtenu un BTS viti-oeno. « C'est enrichissant car nous avons des parcours et des compétences très différents. Certains ont davantage d'expérience en conduite, d'autres en agronomie. On peut s'épauler. Et l'ambiance est top ! », s'enthousiasme Quentin.

Mais à l'issue de cette première formation de tractoristes pour adultes, Terre d'horizon doit convaincre ses financeurs pour renouveler l'opération. « Nous avons rencontré un vif succès. Nous sommes optimistes », souligne Marie-Aline Tripier, directrice adjointe du lycée agricole de Romans. Reste à communiquer auprès des professionnels qui cherchent régulièrement des salariés tractoristes. « Il y a une forte demande. Mais il va falloir tisser des liens forts avec la profession pour se faire connaître et reconnaître », martèle Cécile Diss.

D'autres changements sont à prévoir. « Il faudra débuter la formation un mois plus tard que cette cession pour que les stagiaires puissent s'exercer en conditions réelles. L'hiver, il n'y a pas grand-chose à faire. » Il faut dire que pour mettre en oeuvre cette formation, le CFPPA disposait de peu de temps. « Notre dossier a été validé par le Fafsea en septembre dernier, et nous devions lancer la formation avant la fin de l'année 2016 », explique Cécile Diss. Malgré ce calendrier serré, en quelques semaines vingt-cinq postulants se sont présentés. Preuve que les candidats au poste de tractoriste ne manquent pas !

*Le prénom a été modifié à la demande du stagiaire.

TIPHAINE, 28 ANS « Je me sens confiante pour travailler en autonomie »

 PHOTO : L. MARNÉ

PHOTO : L. MARNÉ

« Après mon BTS viti-oeno en Bourgogne, je suis partie deux ans effectuer des vinifications en Nouvelle-Zélande. J'ai ensuite travaillé dans un domaine en Ardèche, puis dans les côtes du Rhône. J'ai donc des connaissances solides en viticulture et oenologie. Mais pour être polyvalente, il me manquait la conduite des tracteurs. J'ai toujours appréhendé leur pilotage. Avec cette formation, je me sens confiante pour travailler en autonomie. D'autant plus qu'il y a une forte demande. Et c'est bien payé. Mais je regrette que les salaires soient moins élevés pour les femmes que pour les hommes : 15 à 20 % de moins, soit entre 1400 et 1600 € nets par mois. Mais avant cette formation, je ne pouvais prétendre qu'au Smic avec un contrat saisonnier. Bonne nouvelle : demain, je signe un CDD. »

MICKAËL, 30 ANS « Pendant mon stage, j'ai eu plus de responsabilités »

 PHOTO : L. MARNÉ

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« Auparavant, je travaillais dans un supermarché. Voulant changer, J'ai fait valoir mon droit individuel à la formation pour suivre une formation de paysagiste. À l'issue de celle-ci, je n'ai pas trouvé d'emploi. J'ai donc travaillé comme saisonnier chez un viticulteur arboriculteur pour les travaux en vert. Ça m'a plu. Pour continuer dans ce domaine, j'ai suivi la formation de tractoriste au CFPPA, prise en charge par Pôle emploi. J'ai d'ailleurs effectué mon stage chez le même viticulteur. Durant cette période, j'ai eu davantage de responsabilités et j'ai pu conduire les tracteurs. »

QUENTIN*, 29 ANS « J'ai été embauché à la suite de ma formation »

 PHOTO : L. MARNÉ

PHOTO : L. MARNÉ

« Je travaille dans une exploitation viticole et arboricole à Chanos-Curson, dans la Drôme, depuis dix ans. Au départ, c'était un job d'été alors que j'étudiais les sciences cognitives. Puis c'est devenu un travail saisonnier pour gagner un peu d'argent pendant que je recherchais un emploi. J'ai pris goût à ce travail et décidé de continuer dans cette exploitation. Je connais bien l'employeur. Je lui ai donc parlé de mon projet et il m'a conseillé de suivre cette formation si je voulais être embauché chez lui à temps plein. Même s'il me fait confiance, ça lui aurait pris trop de temps de m'apprendre à conduire un tracteur et à gérer du matériel. Il a tenu parole : j'ai signé un CDI chez lui le vendredi soir, après la fin de ma formation, et j'ai commencé dès le lundi suivant. »

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