dossier - Bonnes pratiques phytosanitaires

Traiter en sécurité les EPI en question

Marianne Decoin* - Phytoma - n°634 - mai 2010 - page 32

De l'ouverture de l'emballage au nettoyage du matériel, faut-il porter des EPI : gants, masques, lunettes, combinaisons, tabliers ?
 ph. Tecnoma

ph. Tecnoma

Présentoir à EPI à placer chez les distributeurs. Une initiative utile si la vente s'accompagne de conseils sur les bonnes pratiques de port et d'entretien de ces équipements : même le meilleur équipement individuel ne protège pas s'il est mal utilisé ! ph. Axe Environnement

Présentoir à EPI à placer chez les distributeurs. Une initiative utile si la vente s'accompagne de conseils sur les bonnes pratiques de port et d'entretien de ces équipements : même le meilleur équipement individuel ne protège pas s'il est mal utilisé ! ph. Axe Environnement

Le lavage des gants avant de les enlever évite les contaminations à ce moment précis. Il faut aussi les laver le plus tôt possible après toute éclaboussure, avant que ne commence la perméation.

Le lavage des gants avant de les enlever évite les contaminations à ce moment précis. Il faut aussi les laver le plus tôt possible après toute éclaboussure, avant que ne commence la perméation.

A côté des EPI remis en cause que sont certains masques filtrants (confort) et certaines combinaisons (confort et/ou efficacité selon les cas), il existe les lunettes de protection. Elles sont confortables et utiles, à condition de bien les gérer en respectant des règles d'hygiène, comme pour tous les EPI. ph. Axe Environnement

A côté des EPI remis en cause que sont certains masques filtrants (confort) et certaines combinaisons (confort et/ou efficacité selon les cas), il existe les lunettes de protection. Elles sont confortables et utiles, à condition de bien les gérer en respectant des règles d'hygiène, comme pour tous les EPI. ph. Axe Environnement

Le tablier S-protec de préparation de la bouillie, porté à l'envers pour montrer le marquage. Attention, pour le porter « en vrai », il faut couper les manches à sa taille et porter les gants dessus s'ils sont assez longs. ph. J.C. Grelier

Le tablier S-protec de préparation de la bouillie, porté à l'envers pour montrer le marquage. Attention, pour le porter « en vrai », il faut couper les manches à sa taille et porter les gants dessus s'ils sont assez longs. ph. J.C. Grelier

On peut souiller sa combinaison sans le savoir : démonstration lors d'une formation Agriprotect (v. Phytoma n° 628, novembre 2009, p. 30). « Les gestuelles, les savoir-faire sont très importants », souligne A. Garrigou, auteur de la photo et qui insiste sur la bonne organisation du travail et la conception du matériel pour diminuer les contacts. ph. A. Garrigou

On peut souiller sa combinaison sans le savoir : démonstration lors d'une formation Agriprotect (v. Phytoma n° 628, novembre 2009, p. 30). « Les gestuelles, les savoir-faire sont très importants », souligne A. Garrigou, auteur de la photo et qui insiste sur la bonne organisation du travail et la conception du matériel pour diminuer les contacts. ph. A. Garrigou

Blouse de préparation phytosanitaire, présentée avec les gants correctement portés et un masque à cartouche filtrante. Il ne manque que les lunettes. ph. J.C. Grelier

Blouse de préparation phytosanitaire, présentée avec les gants correctement portés et un masque à cartouche filtrante. Il ne manque que les lunettes. ph. J.C. Grelier

Après avoir évoqué les actions menées en amont du traitement, que dire de ce qui se passe le jour-même du traitement ? Il y a du nouveau en matière de sécurité des applicateurs. En particulier les EPI, équipements de protection individuelle, sont l'objet de débats animés en ce moment... Il faut donc en parler. Et puis on a vu arriver des nouveautés du côté des EPI eux-mêmes. Présentation avec quelques conseils pratiques d'utilisation, dont un répété et re-répété : celui de se laver les mains et les gants. Attention pour ces derniers : AVANT de les enlever...

Le débat public a été lancé par un article d'Isabelle Mahiou paru dans la revue Santé et Travail de juillet 2007, basé sur les travaux d'Alain Garrigou, Isabelle Baldi(1) et Philippe Dubuc(2). C'est ce que racontent les trois auteurs dans une publication scientifique de mai 2008. Celle-ci, qui couvre 17 pages bien tassées, est titrée : « Apports de l'ergotoxicologie à l'évaluation de l'efficacité réelle des EPI devant protéger du risque phytosanitaire : de l'analyse de la contamination au processus d'alerte ».

Suite à cet article, la DGT(3) a saisi l'Afsset(4). Celle-ci a étudié en 2009 certains EPI, à savoir des combinaisons, et publié en janvier 2010 un rapport de 91 pages(5) qui a relancé le débat. Il y a eu des échos résumant l'article et le rapport, puis des évocations des échos, encore plus courtes et simplificatrices...

Résultat : certains en ont conclu que les agriculteurs sont forcément davantage exposés en portant des EPI que s'ils n'en portent pas, quels que soient les EPI et la façon de les porter. Ainsi, le 6 mai, lors d'un colloque organisé par le réseau ANACT et titré « Quels risques professionnels liés à l'application des pesticides ? Peut-on travailler sans s'exposer ? » auquel participaient I. Baldi et A. Garrigou, un autre participant déclarait que, s'il avait bien compris, les EPI ne servaient à rien...

Un choc pour ceux qui pensaient que le simple port d'un EPI garantissait de tout risque quel que soit l'EPI et la façon de le porter... Alors, que penser ? Et surtout, que faire ?

Équipement n'est pas talisman

Que penser ? D'abord que le simple port d'EPI ne garantit pas de tout risque quel que soit l'équipement choisi et la façon de le porter. Un EPI est un équipement, pas un talisman !

Nous l'avions publié en 2005(6) en citant un dossier de presse de la MSA qui travaillait déjà le sujet depuis longtemps : « L'EPI ne supprime ni le danger ni le risque en totalité. C'est l'ultime rempart mais en aucun cas il ne doit être un moyen de prévention à lui tout seul. »

Pour sa part A. Garrigou affirme : « Nos travaux de recherche comme les démarches des préventeurs ont mis en évidence que les EPI sont des barrières utiles mais qui ont des limites. Surtout s'ils sont mal choisis, pas jetés après utilisation prolongée ou pas nettoyés. Il faut les désacraliser. »

Comment ? « Avec une démarche de prévention élargie à l'amélioration de l'organisation du travail et de la conception des matériels et des lieux de travail. » Certes, et l'on évoquera le matériel d'application p. 38 et le poste de préparation de la bouillie et de gestion des effluents p. 42. Mais, vu le débat sur les EPI, il faut en parler ici. A. Garrigou ajoute : « Il faut aussi avoir en tête que, dans la plupart des situations, la contamination cutanée est prépondérante. »

Combinaisons en question

À propos de cette contamination cutanée c'est-à-dire de la peau, A. Garrigou, I. Baldi et P. Dubuc ont mesuré la contamination externe de la peau de viticulteurs : ceux qui portent des combinaisons de protection chimique pour préparer la bouillie sont en moyenne moins contaminés en fin de préparation que les autres mais ils ne sont quand même pas parfaitement protégés. De plus ils se retrouvent davantage contaminés s'ils gardent la même combinaison pendant le traitement et le nettoyage du matériel.

Enfin, les résultats sont aussi dispersés que sont variées les pratiques et les combinaisons elles-mêmes. Il fallait les comparer entre elles. L'Afsset l'a fait en 2009 sur dix modèles.

Point important, cette étude Afsset, comme les résultats d'A. Garrigou, I. Baldi et P. Dubuc, a porté sur des combinaisons mais pas sur des gants, masques et lunettes. Que peut-on dire de ces autres EPI ?

Des gants, oui...

Parlons d'abord des gants. Si l'on ne devait porter qu'un seul type d'EPI, ce serait peut-être celui-là, en particulier pour préparer la bouillie.

Phase de préparation

Pourquoi ? Parce qu'une partie importante du risque se situe à ce moment-là. En grandes cultures, c'est là qu'a lieu la majorité de l'exposition. Même pour les traitements sous serres et abris et sur cultures hautes qui induisent des risques de contamination supérieurs durant la pulvérisation, la préparation de la bouillie reste un moment de risque important. Logique : le produit est concentré et on le manipule de près.

De plus, répétons-le, la peau représente une voie d'exposition essentielle à ce moment-là. Mais si ! Contrairement à ce que l'on croit souvent, elle n'est pas une barrière absolument étanche aux produits chimiques et en particulier aux solvants utilisés dans certaines formulations phytopharmaceutiques.

Or les mains représentent entre 60 et 95 % de l'exposition cutanée lors de la préparation de la bouillie. C'est normal car elles sont les plus proches du produit. Les gants sont donc utiles à ce moment-là. Du moins certains gants et à condition que leur usage soit bien raisonné.

... Mais des gants adaptés, nitriles, etc.

Car il faut choisir des gants adaptés. Nous l'avions écrit en octobre dernier, on doit éviter les « gants de coton, de laine ou même de cuir, ils ont tout faux ». Il faut des gants résistant aux produits chimiques et notamment aux solvants : gants nitriles ou fluoroélastomères (on ne parle plus guère du néoprène).

Comment les choisir et où les trouver ? La plupart des distributeurs de produits phytopharmaceutiques en ont en magasin.

Certaines sociétés productrices de tels produits en proposent, cas de Bayer CropScience France dans le cadre de son opération « Les Gestes Pro ». La société a lancé les « Gestes Pro n°1 : Le bon usage des gants » en arboriculture à l'automne dernier, avec comme slogan « Protégez votre peau. Portez des gants ».

Sonia Laurent, Ingénieur Opérationnel Bonnes Pratiques chez Bayer CSF, explique : « Notre objectif principal était la promotion des bonnes pratiques de mise en œuvre de nos solutions. L'animation s'est traduite par la distribution de 3 600 paires de gants remises dans le cadre d'une action en partenariat avec la distribution nommée « à la conquête de la pulvérisation » ». Point intéressant : les gants étaient accompagnés de conseils pour bien les utiliser, en particulier une fiche technique bien faite.

Par ailleurs Axe Environnement, société spécialisée dans la sécurité phytosanitaire, propose des présentoirs à EPI avec des gants en bonne place. « Nouricia en a implanté dans 26 dépôts », se réjouit émeric Oudin, PDG de la société. Intéressant avec un accompagnement pour informer sur le bon usage des gants.

De l'hygiène et des gestes

En effet, les gants ne sont utiles qu'avec leurs bonnes pratiques d'utilisation. En résumé : de l'hygiène et des gestes de base.

De l'hygiène : les gants doivent être portés sur des mains propres. Sinon, ils confinent les produits ce qui risque d'augmenter leur pénétration par la peau des mains.

Encore l'hygiène : un gant est utile s'il est propre quand on le met. Certains prônent les gants à usage unique. En attendant leur généralisation, soyons réalistes : si on réutilise ses gants, il faut absolument les rincer tout de suite après chaque usage. Sinon, la moindre souillure de produit va attaquer leur matière, sournoisement, petit à petit, et la rendre moins efficace. De plus on se salira les mains en les remettant.

Toujours l'hygiène : après avoir enlevé les gants, se laver aussi les mains !

Geste simple : il faut rincer ses gants AVANT de les enlever afin de ne pas se souiller les mains en les manipulant ensuite. Et les rincer sans les enlever à chaque fois qu'on les souille.

Enfin il faut les enlever avec précaution comme s'ils étaient noirs d'huile de vidange bien crasseuse. Et sans les tirer avec les dents (ce n'est pas une plaisanterie, le cas a été vu).

Autre geste : penser à les laver puis si possible les enlever et laver ses mains, avant de manipuler un objet qu'on ne veut pas souiller : volant du tracteur, casse-croûte, téléphone portable...

Point d'eau commode

Mais pour pouvoir laver ses mains, ses gants, puis ses mains, etc., il faut disposer d'un point d'eau commode sur le lieu de préparation de la bouillie. Avec si possible (là il s'agit de préserver l'environnement) une rétention menant au dispositif de traitement des effluents afin que l'eau de lavage souillée n'aille pas filer directement dans le milieu.

On voit qu'un EPI, ici la paire de gants, n'est utile que dans le cadre d'une organisation globale, ici celle du lieu de préparation de la bouillie. L'EPI, tout seul, ne résoud pas tout !

Revenons aux gants et partons traiter : il faut se munir de gants (propres !!!) pour se protéger les mains en cas de manipulation due à un incident, plus un sac ou une boîte hermétique pour les ranger une fois souillés.

En effet une bonne part de l'exposition lors des traitements a lieu, en fait, non pas pendant que l'on traite mais quand on s'arrête pour déboucher des buses par exemple.

Et une fois l'incident géré et les gants utilisés donc salis ? Il ne faut pas reposer sur le volant ces gants souillés mais les rincer immédiatement si on dispose d'une cuve d'eau claire embarquée, les enlever avec les précautions d'usage et les ranger dans leur boîte ou sac.

Masques filtrants pour certains R

Voilà pour les gants. Et les masques ? Les masques à poussières n'ont d'intérêt que pour :

– préparer de la bouillie à partir de produits poussiéreux type poudre mouillable, et...

– durant les poudrages.

Ils ne protègent pas des molécules gazeuses contre lesquelles seuls les masques à cartouche filtrante contre vapeurs et particules (type A2P3) sont efficaces.

Dans quels cas les porter

Mais ces derniers sont peu confortables, même si les demi-masques ont fait de gros progrès en matière de légèreté et d'ergonomie.

En fait, ils ne sont nécessaires que face à des produits toxiques, nocifs ou irritants par inhalation c'est-à-dire si on les respire. Attention, ce ne sont pas toujours ceux qui ont l'odeur la plus désagréable. Comment les reconnaître ?

Tout simplement en lisant leur étiquette ! Celle-ci comporte des phrases de risque annoncées d'un « R ». Le tableau 1 cite les phrases indiquant des « risques par inhalation ».

Les spécialités munies de ces phrases de risque demandent le port d'un masque filtrant :

– pour préparer la bouillie, et aussi...

– pour l'appliquer en atmosphère confinée (serre notamment), en culture haute ou avec un pulvérisateur à dos.

Et si l'on est allergique à l'idée même de porter ces masques ? Alors il faut s'interdire absolument d'utiliser des produits R26 et R23 et éviter les R20 et si possible les R37.

Comment les ménager

Attention, un masque laissé à l'air libre entre deux traitements « use son filtre ». S'il est fourni avec une poche étanche, il faut le remettre dedans ; à condition qu'il ne soit pas souillé...

... Encore une excellente raison pour se laver les gants et les mains à la fin de la préparation de la bouillie et avant tout autre manipulation comme celle d'enlever le masque !

Par ailleurs, un masque bien stocké durera plus longtemps qu'un autre mais pas éternellement. Quand sait-on qu'il faut changer de cartouche filtrante, ou bien de masque si c'est un modèle jetable ? Certains fabricants donnent des conseils, mais une chose est sûre : dès qu'on commence à percevoir des odeurs à travers le masque, c'est que le filtre n'est plus efficace. À changer.

Ces oubliées lunettes

Pendant la préparation et aussi après

Un EPI dont on parle peu s'appelle les lunettes. Elles sont pourtant utiles en cas de projections accidentelles de liquide pendant la préparation de la bouillie et le nettoyage du matériel.

Cette dernière activité est une source d'exposition au produit. Il n'est pas concentré bien sûr, quoique... certains pulvérisateurs reviennent bien sales du traitement.

Les lunettes sont également utiles pendant les applications sur cultures hautes, sous serre ou avec un pulvérisateur à dos.

Il s'agit bien sûr des lunettes de protection, imperméables aux poussières, aux liquides et aux gaz, incassables et couvrantes. Au contraire des masques à cartouche filtrante, elles ne posent guère de problème de confort. On peut les garder pendant le traitement, surtout sous serres, au pulvérisateur à dos, etc. Bien sûr elles sont particulièrement recommandées pour se protéger de produits irritants pour les yeux ou risquant de les léser (R36 et R41, v. tableau 1).

Tout laver là encore

Attention, pour elles aussi on doit veiller à l'hygiène. Il ne faut pas les manipuler avec des gants ou des mains souillés. Pour les enlever bien sûr mais aussi pour les réajuster sur le nez... On revient au conseil de se laver les gants et des mains ! Et les lunettes elles-mêmes peuvent et même doivent être rincées à l'eau claire après chaque utilisation.

Combinaisons : ce que dit vraiment l'Afsset

Revenons aux combinaisons car ce sont elles les objets du débat le plus animé. L'étude Afsset publiée en janvier dernier a consisté à tester la résistance à la perméation de dix combinaisons de catégorie III, dont cinq de type 3 et cinq de type 4. Pour s'y retrouver entre les catégories et les types, voir le tableau 2.

Tests sur les produits mentionnés dans les notices : 8 combinaisons non conformes sur 10

Huit sur dix se sont montrées non conformes aux performances annoncées en matière de perméation. Cinq de ces huit « non conformes » étaient trop vite perméables, dont trois de par leur matériau et deux au niveau de leurs coutures. Les trois autres (deux de type 3 et une de type 4) restaient utilisables mais leur performance était moindre que celle annoncée.

Le ministère du travail a pris des mesures suite à cette étude : deux combinaisons ont été retirées du marché. D'autres modèles ont été retirés volontairement par leurs fabricants et d'autres ont vu leur notice modifiée. Restent deux combinaisons tenant les promesses de leur notice, toutes deux de type 3.

Mais ces tests ont été effectués avec des substances chimiques pures, essentiellement des acides et des bases. Qu'en est-il avec d'autres produits, en particulier des mélanges ?

Tests avec des phytos et d'autres

Pour le savoir, l'Afsset a fait tester les matériaux des cinq combinaisons les plus performantes, ceci avec divers produits : trois solvants (acétone, diéthylamine, white spirit), une huile minérale, trois produits phytos (à base de chlorothalonil, bentazone et cyperméthrine), une peinture et un biocide (formaldéhyde).

Les matériaux de quatre combinaisons (trois de type 3 et une de type 4) ont été testés avec les produits phytos. Les matériaux des combinaisons de type 3 ont bien résisté. Celui de la combinaison de type 4 a bien résisté au produit à base de chlorothalonil, sans solvant, mais les deux autres, formulés avec solvant, l'ont traversé en moins d'une demi-heure. La présence de solvants dans une formulation semble augmenter sa perméation à travers ce matériau.

Au final, seule une combinaison de type 3 était à la fois conforme aux performances annoncées et suffisamment résistante aux produits phytos pour lesquels on l'a testée.

Détail piquant, le matériau qui résiste à tous les produits testés (les trois phytos plus les six autres) est celui d'une combinaison de type 3 non conforme aux performances annoncées !

Que peut-on en tirer ?

L'étude éclaire a posteriori les résultats publiés par A. Garrigou, I. Baldi et P. Dubuc.

D'abord les combinaisons couramment portées par les agriculteurs suivis, en général de type 4 voire 5 ou 6, ne sont pas adaptées au port continu durant tout le travail, de la préparation de la bouillie au lavage du matériel.

Pourquoi ? Parce que, en cas de souillure lors de la préparation, elles sont traversées parfois en quelques minutes et toujours bien avant la fin du traitement. Le produit entre alors en contact avec le sous-vêtement puis la peau et s'y trouve piégé : la contamination cutanée à la fin du traitement peut être carrément supérieure avec une telle combinaison que sans.

C'est clair, partir traiter avec une combinaison souillée est un facteur de contamination.

Il est évident aussi qu'entrer avec une combinaison souillée dans une cabine de tracteur va polluer celle-ci d'où risque de contamination. Ce qui est moins évident, c'est qu'on peut souiller sa combinaison sans le savoir. Par exemple en s'appuyant sur le pulvérisateur pour verser le produit : si l'appareil n'a pas été lavé entre deux traitements, il peut être lui-même pollué.

De l'idéal au tablier

Soyons réaliste : il est illusoire de demander à quiconque de porter une combinaison de type 3 pendant tout un traitement. Leurs matériaux les rendent inconfortables.

De plus une combinaison souillée lors de la préparation est un facteur de contamination si on la garde même si son matériau n'est pas traversé : tracteur pollué, produit porté au visage si on répond au téléphone portable ou si on s'essuie le front avec sa manche, etc.

L'idéal serait de mettre une combinaison de type 3 pour préparer la bouillie, l'enlever, en mettre une propre de type 4. Facile à dire...

Cahier des charges

La solution ? Elle pourrait passer par un équipement de type 3 à porter en préparant la bouillie, en plus des gants, lunettes, etc.

Son cahier des charges ? Il doit couvrir la partie du corps exposée aux projections et en contact direct avec le pulvérisateur : le devant, bras compris. Partiel, il sera plus confortable qu'un vêtement complet et plus facile à enlever (après rinçage des gants bien sûr). On l'ôte une fois la bouillie préparée, on rince ses bottes et on monte sur le tracteur dans un vêtement propre.

Deux équipements de préparation existent sur le marché, l'un vert et l'autre gris clair.

Tablier vert...

Le vert se nomme S-protec. Fabriqué en France par Manulatex, ce tablier a été conçu par Syngenta Agro dans le cadre de son accompagnement de ses produits.

Isabelle Delpuech, responsable Stewarship - Sécurité Applicateur de la société, explique que celle-ci « a voulu mettre au point avec des partenaires (agriculteurs, techniciens de distribution et de Chambres d'agriculture, préventeurs), un équipement adapté et crédible. C'est un spécialiste français du tablier professionnel qui le fabrique et qui le vend pour une mise en marché par des distributeurs de produits phytos dans le cadre d'un conseil sur la sécurité. »

Syngenta a travaillé la question : choix du matériau, essais de résistance mécanique et tests sur 12 de ses produits soit 4 types de formulation : EC (concentré émulsionnable, la plus chargée en solvants), SC (suspension concentrée), SE (suspo-émulsion) et CS (suspension de capsules). Le tablier est en polyéthylène. Il a une coupe couvrante, des soudures sous les bras (peu exposés), une taille unique à couper à sa guise, un système de fermeture-ouverture rapide, etc. Son emballage et sa surface sont utilisés comme supports de messages de bonnes pratiques mis au point par Syngenta Agro et testés avec des partenaires.

Ce tablier a obtenu en 2009, nous l'avions écrit en octobre, une « attestation d'examen CE du type PB contre les projections de produits chimiques de type phytopharmaceutique », délivrée par un organisme tiers habilité par le ministère du Travail. PB est l'abrégé de « partial body ». Il est certifié catégorie III et type 3.

Il est disponible chez son fabricant et, annonce I. Delpuech, « environ 35 distributeurs, chez qui sa mise en marché se fait dans le cadre d'une démarche de sensibilisation de leur personnel et d'actions de communication sur la sécurité vers les agriculteurs. Syngenta Agro accompagne la démarche mais ne vend pas le tablier ».

Ces équipements, utilisables sur une campagne à condition de les rincer après chaque usage, sont récupérés par Adivalor (voir p. 45).

... Et blouse grise

L'autre équipement, le gris clair, est distribué dans le secteur agricole par Axe Environnement. Baptisé « blouse de préparation phytosanitaire », il est fabriqué par Du Pont de Nemours.

Cette blouse est de catégorie I et non III : elle n'est pas certifiée par un organisme tiers pour la protection qu'elle offre. Alors qu'en dire ?

Point positif pour elle : son matériau est du Tychem F, en fait foi son étiquette. Or, Du Pont nous l'a affirmé, c'est celui de la combinaison certifiée de catégorie III et de type 3 sortie brillamment des tests de l'étude Afsset sur les 9 produits testés dont 3 phytos et 3 solvants.

Par ailleurs elle couvre bien le devant du corps, bras compris, et est même très enveloppante. Cela diminue son confort thermique s'il fait chaud... on n'est pas tenté de la garder pour traiter ! Quant aux coutures, Du Pont affirme qu'elles sont « cousues et recouvertes et offrent une barrière égale à celle du matériau ».

À noter : l'étiquette précise en anglais qu'il s'agit d'un équipement à usage unique (« do not reuse »). Il faudra résister à la tentation.

Conseils pratiques

Attention, il y a trois erreurs à ne pas commettre avec ces équipements de préparation.

Première erreur : les garder pour traiter. Ils ne protègent pas l'ensemble du corps. Conseil : les enlever sitôt la préparation terminée et ne les remettre éventuellement que pour le nettoyage de l'appareil, moment à risque d'exposition, re-répétons-le.

Une deuxième erreur serait de ne pas les laver immédiatement si on pense les remettre ensuite. Même si leur matériau fait ruisseler les liquides, le peu qui reste finira par traverser sournoisement durant les heures qui suivront. On remettra alors un équipement pas aussi étanche qu'avant... Conseil : prendre le temps de le passer au jet d'eau claire avant de monter sur le tracteur.

Troisième erreur : se contenter d'eux pour tout EPI. Conseil : mettre des gants et des bottes, plus un masque et des lunettes si nécessaire... Et ensuite, que faut-il conseiller ?

Le débat n'est pas clos

Combinaison sous tablier ?

Pour certains, il faut absolument porter ces équipements au-dessus d'une combinaison de protection chimique à garder ensuite le temps du traitement.

Pour d'autres, il n'est pas réaliste de conseiller de superposer un tel équipement et une combinaison de protection, même « seulement » de type 4. Ainsi, la notice du tablier S-protec conseille de le porter avec gants, lunettes, bottes et éventuel masque à filtre, mais « par dessus des vêtements de travail ».

On n'ose trancher ! D'autant que l'exposition aux produits ne sera pas la même sur cultures basses que hautes, avec cabine que sans... Rappelons juste que les agriculteurs semblent davantage exposés avec une combinaison que sans s'ils ont souillé celle-ci en préparant la bouillie, ce que le tablier permet d'éviter.

Tablier, blouse, les réutiliser ou pas ?

On l'a vu, la blouse grise est à usage unique. Le tablier vert, lui, assume le fait d'être réutilisable.

À condition d'être :

– rincé tout de suite après utilisation normale ;

– jeté après tout incident important (conseil : les acheter par deux) ;

– toujours porté du même côté ; en principe le marquage (v. p. 35) se porte sur l'envers mais le tablier est réversible tant qu'il est neuf.

Combinaison ou pas ?

Reste une question : au final, faut-il ou non porter des combinaisons de protection ? Sachant que les spécialistes ne sont pas tous d'accord entre eux, nous ne trancherons pas là encore.

Si combinaisons quand même

Mais il y a quand même quelques conseils sur lesquels chacun semble s'accorder :

– Si on porte une combinaison de protection, il faut le faire non pas à même la peau mais sur des vêtements de vrai tissu.

– Si l'on en choisit à usage unique, non lavables, il faut résister à la tentation de les réutiliser car c'est facteur de risque de contamination.

– Si l'on choisit des combinaisons réutilisables, il faut les laver et les stocker à part.

La fiche publiée par Bayer CSF sur ces combinaisons et visible p. 31 contient des conseils de lavage. À noter : on y lit aussi d'utiles consignes d'habillage et déshabillage. Plus celle de prendre une douche en rentrant à la ferme.

Un bon conseil que donnent les préventeurs quoi qu'ils pensent des EPI, et aussi d'autres fabricants. On le trouve dans les pages « Protection des utilisateurs »(7) du livret « Mes anti-sèches phytos » version agriculteurs, de BASF Agro, un des volets de ses « Solutions services ».

<p>(1) Tous deux du LSTE (Laboratoire Santé Travail Environnement) de l'Université Bordeaux 2.</p> <p>(2) De l'Inspection du travail du Var.</p> <p>(3) Direction générale du travail du ministère chargé du Travail.</p> <p>(4) Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail.</p> <p>(5) <i>« Rapport d'appui scientifique et technique – Efficacité de protection chimique des combinaisons de type 3 et de type 4 – Constat de l'efficacité des protections chimiques des combinaisons de type 3 et 4 au regard de la perméation »</i>, Afsset, publié en janvier 2010.</p> <p>(6) <i>« Pesticides et santé, la MSA informe », Phytoma</i> n° 585, septembre 2005, p. 8.</p> <p>(7) Il y a moult informations utiles dans ce chapitre et les autres (réglementation, adresses utiles, environnement, sécurité des consommateurs, qualification-certification), mais ce n'est pas le sujet ici. Pour en savoir plus, voir son distributeur.</p>

Résumé

Début 2010, les équipements de protection individuels (EPI) ont fait l'objet de débats suite à certaines publications. En fait celles-ci (travaux d'ergotoxicologie en viticulture, tests de perméation Afsset) mettent en cause certaines combinaisons.

L'article évoque d'abord d'autres EPI : gants, masques, lunettes, avec leur utilité et les conditions nécessaires à cette utilité.

En particulier, il insiste sur les règles de :

– choix (gants adaptés, cas où le masque filtrant est ou non indispensable) ;

– hygiène (rinçage des gants avant de les enlever ou manipuler toute surface à ne pas polluer, lavage des lunettes) ;

– entretien (stockage du masque).

Concernant les combinaisons, il résume les travaux d'ergotoxicologie et l'étude Afsset. Il signale la mise au point d'équipements spécifiques de préparation de la bouillie à enlever ensuite : modèles disponibles, utilité, consignes d'utilisation.

Il signale les débats encore en cours portant surtout sur les combinaisons de protection chimique dont les catégories, types et classes de perméation sont expliqués.

Mots-clés : bonnes pratiques phytosanitaires, sécurité des applicateurs, EPI, équipements de protection individuelle, gants, masque, lunettes, combinaison, tablier de préparation de la bouillie, blouse de préparation de la bouillie.

L'essentiel de l'offre

Phytoma - GFA 8, cité Paradis, 75493 Paris cedex 10 - Tél : 01 40 22 79 85