dossier - Mauvaises herbes

Mercuriale annuelle, renouée liseron et renouée des oiseaux : comment les contrôler dans les maïs Nouvelles dicotylédones annuelles du maïs

Valérie Bibard* - Phytoma - n°639 - décembre 2010 - page 28

On l'a vu dans l'article précédent, le paysage floristique des parcelles de maïs a changé. Auparavant, on y trouvait des dicotylédones peu sensibles aux triazines et des graminées estivales. Mais, depuis la disparition de l'atrazine, la flore adventice des maïs s'est enrichie de plusieurs espèces de dicotylédones annuelles émergentes plus ou moins difficiles à maîtriser. Les trois principales sont la mercuriale annuelle, la renouée liseron et la renouée des oiseaux. Où posent-elles problème ? Comment y faire face ? Autrement dit, dans quels secteurs doit-on adapter les programmes herbicides pour maîtriser ces adventices et comment peut-on le faire ? Voici des réponses à ces questions, issues d'une base de données d'Arvalis-Institut du végétal.
 Renouée des oiseaux (ph. V. Bibard)

Renouée des oiseaux (ph. V. Bibard)

Mercuriale annuelle femelle (à gauche) et mâle (à droite). Cette adventice est devenue très fréquente en culture de maïs grain et fourrage, on le voit figure 2. ph. V. Bibard

Mercuriale annuelle femelle (à gauche) et mâle (à droite). Cette adventice est devenue très fréquente en culture de maïs grain et fourrage, on le voit figure 2. ph. V. Bibard

Depuis une dizaine d'années, le cortège floristique du maïs a évolué. Autrement dit, les mauvaises herbes les plus nuisibles au maïs ne sont pas vraiment les mêmes qu'il y a dix ans. Arvalis-Institut du végétal oriente son acquisition de références sur le désherbage afin de rechercher les solutions chimiques, mais aussi mécaniques, les plus efficaces face à cette nouvelle flore.

Des essais ont été réalisés dans les principales régions de production de maïs afin de couvrir leur diversité agro-météorologique.

Sans détailler leurs conditions de leur mise en œuvre, précisons qu'ils ont tous été réalisés en suivant les recommandations des bonnes pratiques d'expérimentation et conformément à la méthode CEB n°46 relative à l'étude des herbicides destinés au désherbage du maïs (dispositif en blocs de Fisher, à trois répétitions, avec témoins adjacents ou imbriqués). L'ensemble de leurs résultats alimente une base de données comportant en 2010 plus de 3 000 références. Et ceci en ne prenant en compte que les observations effectuées sur les espèces présentes avec une densité supérieure à 5 plantes par mètre carré.

Stratégies en général

L'exploitation de cette base de données a tout d'abord permis d'identifier les stratégies de désherbage les plus opportunes en fonction de la flore dominante de la parcelle (Tableau 1).

Ainsi, en présence de dicotylédones variées et a fortiori d'espèces émergentes, c'est la double application de produits foliaires en post-levée de la culture et des adventices qui obtient les meilleurs niveaux d'efficacité (Figure 1).

Cette efficacité est évaluée à partir d'une échelle non linéaire allant de la note 0 (efficacité nulle) à la note 10 (efficacité parfaite) ; le seuil d'acceptabilité correspond à la note 7.

Par ailleurs, le « taux de réussite » d'une stratégie de désherbage est le pourcentage de situations à efficacité acceptable c'est-à-dire de notes supérieures ou égales à 7.

Le désherbage d'une parcelle de maïs en double application de post-levée fait appel dans la plupart des situations au mélange d'une tricétone (mésotrione, sulcotrione, tembotrione) et d'une sulfonylurée à large spectre (foramsulfuron, nicosulfuron, rimsulfuron). L'émergence de « nouvelles » espèces de dicotylédones exige souvent d'être plus vigilant quant aux conditions d'application et de compléter ce mélange avec un troisième produit.

C'est ce que nous allons approfondir avec l'exemple de trois espèces très sensibles à l'atrazine donc favorisées par la disparition de cet herbicide : la mercuriale annuelle, la renouée liseron et la renouée des oiseaux.

La mercuriale annuelle

Qui est-elle et où est-elle nuisible ?

Suite au retrait de l'atrazine, la mercuriale annuelle (Mercurialis annua) est très souvent rencontrée en culture de maïs (Figure 2). De par son abondance, elle peut présenter une forte nuisibilité en concurrençant le maïs, et ses fruits toxiques pour le bétail peuvent poser problème en production de maïs fourrage.

Cette espèce présente deux particularités :

– d'abord c'est une euphorbiacée mais elle ne produit pas de latex contrairement aux autres plantes de cette famille,

– ensuite c'est une plante dioïque, les fleurs mâles et les fleurs femelles étant portées par des individus différents (photo p. 28). Les pieds femelles portent des fleurs cachées à l'aisselle des feuilles et les mâles portent des grappes dressées de petites fleurs vertes.

La mercuriale dispose d'un remarquable mécanisme de projection du pollen : à l'ouverture des anthères, certaines cellules se remplissent d'eau jusqu'à l'éclatement. L'énergie est telle que le pollen peut être éjecté hors de l'inflorescence pour féconder des pieds femelles situés à plus de 20 cm. Plus loin, le pollen est transporté par les insectes et le vent.

Désherbage classique efficace souvent, pas toujours

Globalement, les performances des associations « tricétone + sulfonylurée » sont satisfaisantes sur cette espèce.

Toutefois, des échecs sont souvent observés, en général pour des doses faibles et surtout appliquées à un stade trop développé de l'adventice, supérieur à 3 feuilles. En effet, la mercuriale annuelle étant une plante peu mouillable, il est recommandé d'intervenir avant le stade 3 feuilles développées pour favoriser la pénétration des herbicides.

Traitements précoces, moduler les doses mais pas trop

Les résultats présentés dans le tableau 2 montrent que si l'on réduit trop fortement la dose d'herbicide, même au stade jeune de la mercuriale, les performances du désherbage chutent. Nous avons testé ces associations tricétone + sulfonylurée à différentes doses.

À la dose de 0,75 l/ha (la moitié de la dose d'homologation) de chaque partenaire du mélange, l'efficacité est en moyenne supérieure au seuil d'acceptabilité et le taux de réussite de 100 % dans nos essais.

Si l'on réduit la dose à 0,5 l/ha (1/3 de la dose autorisée de chaque produit), l'efficacité moyenne reste supérieure à 7 donc acceptable mais le taux de réussite chute d'environ 20 %.

Enfin, si la dose est réduite à 0,3 l/ha, l'efficacité moyenne n'est plus acceptable et le risque d'échec maximal. Mais on est alors à 20 % de chaque dose homologuée !

Traitement à dose réduite, l'importance du stade

Il est intéressant d'examiner ce qui se passe à la dose pivot de 0,5 + 0,5 l/ha (Tableau 3).

Dans ce cas, si on retarde l'application pour intervenir au stade 4-5 feuilles, le taux de réussite chute à 55 % et les échecs sont plus importants (note minimale = 5) même si l'efficacité moyenne semble acceptable.

Enfin, on ne doit pas traiter tard (6-8 feuilles) à cette dose : efficacité moyenne pas acceptable et risque d'échec important. S'il est impossible de faire autrement, on peut envisager, sans pour autant garantir un taux de réussite de 100 %, de compléter le mélange initial avec un troisième herbicide ou un adjuvant favorisant la pénétration des produits au travers de la cuticule.

La renouée liseron

Qui est-elle et où est-elle nuisible ?

La renouée liseron (Fallopia convolvulus, photo ci-dessus) est une plante annuelle très volubile, rampante et grimpante, qui s'enroule en vrille autour des pieds de maïs, ce qui lui vaut d'être parfois confondue avec le liseron des haies, qui est vivace.

Comme chez toutes les renouées, les jeunes feuilles se dégagent d'une gaine, l'ochréa. Ceci permet de la différencier du liseron vivace.

Cette espèce peu sensible au type de sol se trouve dans la plupart des régions (Figure 3) mais semble préférer les parcelles drainées à sols profonds ou filtrants.

Vers les mélanges triples

Cette dicotylédone émergente est de plus en plus difficile à maîtriser dans les parcelles de maïs. Les solutions classiques de post-levée en double application ne sont pas assez efficaces pour contrôler son développement. Il faut donc souvent recourir à des mélanges triples.

Plusieurs solutions sont possibles : ajouter un anti-dicotylédones foliaire de contact (bentazone ou bromoxynil), ou bien une sulfonylurée (systémique) à spectre anti-dicotylédones (prosulfuron, thifensulfuron-méthyl, tritosulfuron). D'autres produits associent à la fois un antidicotylédones foliaire (de contact ou systémique) et un dérivé auxinique (dicamba, fluroxypyr). Ils sont plutôt réservés aux situations présentant également des dicotylédones vivaces. De plus, pour cause de risque de manque de sélectivité, on ne doit pas les mélanger, de même que les dérivés auxiniques formulés seuls, avec une sulfonylurée à large spectre de type foramsulfuron, nicosulfuron ou rimsulfuron.

Le tableau 4 présente les résultats pour les stratégies suivantes :

– double application tricétone + sulfonylurée à 20 % de la dose homologuée (40 % de chaque produit au total),

– double application tricétone + sulfonylurée à 20 % de la dose homologuée, associée à chaque application d'un anti-dicotylédones foliaire de contact,

– double application tricétone + sulfonylurée à 20 % de la dose homologuée, associée à chaque application d'une sulfonylurée systémique anti-dicotylédones,

– double application tricétone + sulfonylurée à 20 % de la dose homologuée, associée à chaque application d'un herbicide associant un dérivé auxinique et un anti-dicotylédones,

– double application tricétone + sulfonylurée à 20 % de la dose homologuée associée à chaque application d'un dérivé auxinique.

Sélectivité...

Les résultats obtenus (Tableau 4) nous conduisent à écarter les produits contenant des dérivés auxiniques : nous ne recommandons pas leur mélange avec une sulfonylurée à large spectre au vu du risque de manque de sélectivité.

... À l'intérieur de chaque catégorie

Le détail des résultats montre une efficacité du bromoxynil globalement supérieure à celle de la bentazone contre la renouée liseron : le taux de réussite du désherbage est de 81 % pour le bromoxynil octanoate contre 59 % pour la bentazone. Dans la catégorie des sulfonylurées antidicotylédones, les résultats de 2010 montrent une légère supériorité de l'association avec le tritosulfuron (+ adjuvant) par rapport au prosulfuron ou au thifensulfuron-méthyl (Tableau 5).

La renouée des oiseaux

Qui est-elle et où est-elle nuisible ?

La renouée des oiseaux (Polygonum aviculare), présente essentiellement dans l'Ouest de la France il y a une dizaine d'années, se trouve aujourd'hui sur les deux tiers nord du territoire (Figure 4). Elle prospère sous tous les types de sol et tous les climats. Ses graines sont recherchées par les oiseaux, d'où son nom.

Cette espèce se caractérise par un très grand polymorphisme. Ses feuilles en général étroites et fines (photo en médaillon p. 28) en font une plante peu mouillable, ce qui défavorise la pénétration des herbicides donc leur efficacité.

Là aussi, mélanges triples

Cette dicotylédone émergente est problématique pour le maïs, la carte de répartition le confirme. En effet, dans la plupart des régions où la renouée des oiseaux est présente, son contrôle pose des difficultés aux maïsiculteurs.

Comme pour la renouée liseron, les performances d'une double application de post-levée à base de tricétone et de sulfonylurée à large spectre sont souvent insuffisantes. Il faut donc rechercher le type de produit partenaire à associer pour restaurer un niveau d'efficacité suffisant et acceptable. Nous avons mis en œuvre la même méthodologie pour exploiter la base de données que pour la renouée liseron. Les résultats sont regroupés dans le tableau 6.

Efficacité et sélectivité

Les efficacités observées sont un peu plus faibles que pour la renouée liseron.

Cela confirme à quel point la renouée des oiseaux est difficile à contrôler. Les performances obtenues avec en complément un antidicotylédones de contact ou systémique sont juste acceptables : taux de réussite respectivement de 62 % et 63 %.

Les associations contenant des dérivés auxiniques sont légèrement plus performantes mais présentent un risque de manque de sélectivité important et à prendre en compte.

Dans chaque catégorie

Parmi les herbicides foliaires de contact, les performances du mélange avec la bentazone ne sont pas acceptables (28 % de situations acceptables). En revanche l'association avec du bromoxynil octanoate aboutit à une efficacité acceptable dans 67 % des cas.

Côté sulfonylurées anti-dicotylédones, en 2010 le prosulfuron et le tritosulfuron, globalement équivalents entre eux, sont légèrement supérieurs au thifensulfuron-méthyl (Tableau 7).

Conclusion

On voit à quel point le désherbage du maïs s'est complexifié depuis l'interdiction de l'atrazine. L'exemple de la mercuriale annuelle montre que les conditions d'application des produits importent presque autant que le choix des herbicides eux-mêmes. La pharmacopée disponible s'est bien étoffée récemment, mais les nouveaux produits présentent des marges de manœuvre plus faibles quant à leur dose d'utilisation. De ce fait, ils sont nettement plus sensibles aux conditions d'emploi, principalement le stade des adventices et les conditions météorologiques lors du traitement, en priorité l'hygrométrie de l'air pour les produits foliaires utilisés en post-levée.

Les exemples de la renouée liseron et de la renouée des oiseaux témoignent du potentiel des nouveaux herbicides qui permettent de viser de bons objectifs d'efficacité. Là encore, le stade des adventices et l'hygrométrie lors du traitement sont des paramètres essentiels.

Les choses se compliquent encore si les flores se complexifient, notamment si l'on relève aussi une forte présence de graminées estivales sur les parcelles.

En effet, sur ce type de flore, le recours à des interventions de pré-levée faisant appel à des produits racinaires est souvent indispensable. Cela peut obliger à mixer les deux types de stratégie dans un programme complet de désherbage : pré puis post-levée.

<p>* Arvalis-Institut du végétal - 21, chemin de Pau. 64121 Montardon. v.bibard@arvalisinstitutduvegetal.fr</p>

Cet article est tiré de la communication du même auteur à la 21e conférence du Columa : « Journées internationales sur les mauvaises herbes », Dijon 8 et 9 décembre 2010. Cédérom distribué aux participants puis en vente à l'AFPP 42, rue Raymond-Jaclard 94140 Alfortville cedex - afpp@afpp.net

Figure 1

Acceptabilité des différentes stratégies sur flore dominante de dicotylédones classiques et émergentes.

Figure 2

Répartition de la mercuriale annuelle comme adventice dans les parcelles de maïs.

Figure 3

La renouée liseron Fallopia convolvulus. A ne pas confondre avec le liseron des haies. Ce dernier est une vivace alors que la renouée liseron est annuelle. ph. V. Bibard

La renouée liseron Fallopia convolvulus. A ne pas confondre avec le liseron des haies. Ce dernier est une vivace alors que la renouée liseron est annuelle. ph. V. Bibard

Répartition de la renouée liseron comme adventice dans les parcelles de maïs.

Figure 4

Répartition de la renouée des oiseaux comme adventice dans les parcelles de maïs.

Résumé

Ces dernières années, la flore adventice des maïs a évolué. On voit apparaître de « nouvelles » dicotylédones (espèces émergentes). Face à cette flore de dicotylédones diversifiée, les stratégies « tout en post-levée » offrent les meilleures performances à condition d'une part de soigner les conditions d'application et d'autre part de compléter la base « tricétone + sulfonylurée » d'un troisième partenaire. Cet article propose de faire le point sur les performances des stratégies de lutte contre la mercuriale annuelle, la renouée liseron et la renouée des oiseaux, trois dicotylédones émergentes majeures.

Mots-clés : maïs, mercuriale annuelle, renouée des oiseaux, renouée liseron, désherbage, herbicides.

Summary

MERCURIALIS ANNUA, FALLOPIA CONVOLVULUS, POLYGONUM AVICULARE : WHICH SOLUTIONS FOR WEEDING IN MAIZE

In recent years, the weed flora of maize has evolved. New broadleaf appear. To face this diverse flora of dicotyledonous, the “post-emergence” strategies offer the best performances, provided by treating requirements and secondly to complete the basic [triketone+sulfonylurea] mixture with a third herbicide. This article shows the performances of weed control strategies against Mercurialis annua, Fallopia convolvulus and Polygonum aviculare, three major emerging dicots.

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