dossier - Bonnes pratiques phytos

Adivalor : quand les déchets font la croissance

MARIANNE DECOIN* - Phytoma - n°673 - avril 2014 - page 48

Voici le point annuel sur l'activité d'Adivalor, la filière de récupération des déchets de l'agrofourniture – dont font partie ceux des produits phytos. Ça progresse de toutes parts !
Sacs contenant des EVPP rincés et égouttés. Ils sont stockés sur un site de collecte après avoir été apportés par les agriculteurs locaux. Photo : Adivalor

Sacs contenant des EVPP rincés et égouttés. Ils sont stockés sur un site de collecte après avoir été apportés par les agriculteurs locaux. Photo : Adivalor

En avant pour notre point annuel sur Adivalor(1) ! Même si ses activités débordent de plus en plus du secteur phyto, la filière continue à gérer les déchets de ce secteur et même s'y développe. Et puis ce bilan est l'occasion de rappeler quelques bonnes pratiques.

EVPP, filière exemplaire

Emballages vides, la collecte de bidons roule

Commençons par les piliers historiques de l'activité d'Adivalor, à savoir la récupération des EVPP et PPNU, emballages vides de produits phytos et produits phytos non utilisables, qui a démarré en 2001.

La collecte des EVPP est un remarquable succès. 80 % du gisement a été collecté en 2013 contre 78 % en 2012, 77 % en 2011, 73 % en 2010... À titre de comparaison avec d'autres secteurs d'activité, le taux de récupération des papiers et cartons chez les entreprises et particuliers en France était de 70,6 % en 2010(2).

Adivalor a collecté 84 % des bidons plastiques de produits phytos (lesquels représentent 88 % du gisement total). Comme elle les collecte depuis 2001, les procédures sont rodées.

Le taux n'augmente plus que faiblement : les 15 à 16 % restants vont dans les déchetteries acceptant ce type de déchets, en milieu urbain ou périurbain notamment.

Boîtes et sacs, la bonne pratique passe par Adivalor

Quant aux boîtes et sacs carton et papier, dont la collecte a commencé en 2004, leur taux de récupération a augmenté. Il passe de 20 % en 2012 à 35 % en 2013. Il y a donc un net progrès, mais encore de la marge pour 2015.

Le recyclage des emballages progresse avec le rinçage

Ces emballages papier et carton partent en valorisation énergétique (combustible en cimenterie, qui filtre leurs émissions potentielles de cendres) car ils associent souvent plusieurs matériaux, par exemple un film plastique doublant l'intérieur du carton ou du sac. Ils ne sont donc pas recyclables.

En revanche, les bidons en plastique, eux, sont recyclables a priori. Mais le recyclage n'est pas systématique. Il faut que ces bidons aient été rincés. L'idéal est de le faire en préparant la bouillie et d'incorporer l'eau de rinçage dans le pulvérisateur : dose complétée, pas d'effluent spécifique créé, bonne pratique conseillée !

Bonne nouvelle, elle se répand et le taux de recyclage a progressé en 2013. Il est désormais des deux tiers du gisement collecté, contre la moitié en 2012, le tiers en 2011, le quart en 2010... Sachant que la pratique a démarré en 2009. Beau résultat.

À noter : Adivalor est dans le peloton de tête des filières françaises de récupération de déchets, mais aussi des filières européennes de récupération des déchets phytos. Seule la Belgique fait mieux avec 90 % de taux de récupération, l'Allemagne est à 70 %.

PPNU, gérer le bruit de fond

Stocks historiques finis, bruit de fond tenace

Quant au PPNU, 177 tonnes ont été collectés en un an contre 137 la campagne précédente et 176 celle d'avant... Pour mémoire, le record de collecte était de 2 500 tonnes en 2004.

En fait, le stock historique de produits qui avait été accumulés en plusieurs décennies, quand il n'y avait pas de dispositif de récupération, a en gros été collecté (10 500 tonnes éliminées depuis 2001). Dans son rapport d'activité 2013, Adivalor estime que « les stocks résiduels concernent désormais moins de 10 % des exploitations agricoles ».

Mais il reste un « bruit de fond » de produits :

– périmés sans avoir été utilisés parce que, deux années de suite, le climat a fait qu'on n'en a pas eu besoin ;

– qui ont eu des accidents de conservation (gel... Au fait, mieux vaut rendre « hors gel » son local de stockage des produits phytos, c'est une bonne pratique !) ;

– dont le bidon a été entamé mais pas vidé et qui ont pris en masse ;

– qui ont été interdits entre le moment où on les a achetés et celui où on aurait pu les utiliser ;

– qui ont été achetés en prévoyant de les utiliser sur une culture abandonnée entre-temps (retournement, etc.)...

Pratiques conseillées, rappel utile

Il y a donc besoin d'un dispositif permanent de collecte de PPNU. Pas toujours de collecte annuelle, leur volume est bien inférieur à celui des emballages vides.

La bonne pratique, on ne le répétera jamais assez, est de les garder en sécurité dans son local de stockage des produits phytos en attendant qu'une collecte soit annoncée dans le secteur.

Mais attention ! À part des autres produits, et en les identifiant comme produits à « ne pas utiliser ».

Important : il faut les laisser dans leur emballage d'origine : pas de déconditionnement, pas de transvasage. Et si l'emballage lui-même est abîmé ? Il faut le placer dans un suremballage étanche. Et ajouter une étiquette si et seulement si celle d'origine est elle-même abîmée.

Rappel : ces PPNU sont classés comme déchets dangereux (DD) au sens de la réglementation des transports, et sont éliminés en centres agréés pour ce faire.

Les autres déchets autour des phytos

Big bags et sacs de semences

Mais les EVPP et PPNU ne représentent pas la totalité des déchets collectables et éventuellement recyclables ayant un rapport avec la protection des plantes.

Ainsi la collecte des big bags, démarrée mi-2009, est un bon succès : 75 % ont été collectés l'an dernier (70 % en 2012). Ils ont servi à contenir des engrais mais aussi des semences et plants traités. Les 5 845 tonnes collectées ont été recyclées à 100 %. D'après le rapport d'activité, « la filière Adivalor est la seule aujourd'hui, en Europe, capable de recycler les big bags agricoles ».

Quant aux sacs de semences, en général traitées, leur collecte a démarré l'an dernier. Pour ce galop d'essai, 251 tonnes ont été récupérées, soit 8 % du gisement annuel qu'Adivalor estime à « environ 3 000 tonnes ». L'objectif est d'arriver à « 50 % d'ici 2020 ».

Effluents et ÉPI

Adivalor collecte les reliquats secs issus des procédés de traitement des effluents phytos Osmofilm, Héliosec et, nouveau depuis l'an dernier, BF Bulles. La filière a pour cela signé des contrats à titre expérimental avec respectivement Axe Environnement, Solhead et Vitivista. Les déchets récupérés sont considérés et traités comme des PPNU. Et les ÉPI (équipements de protection individuelle) usagés ? Les opérations pilotes engagées en Champagne-Ardenne, Lorraine et Pays de la Loire se poursuivent. Une autre est prévue dans les Pyrénées-Orientales à l'initiative de la Chambre d'agriculture. De plus, il a été décidé fin 2013 de réaliser une étude visant à la configuration d'une filière nationale. Adivalor va la mener.

Et les déchets non phytos ?

Pour mémoire, rappelons qu'Adivalor coordonne également la collecte :

– des FAU, films agricoles usagés ; en progression, c'est le plus gros tonnage collecté par cette filière avec 44 960 tonnes représentant 64 % d'un gisement estimé à 70 000 tonnes par an ;

– des Ephel, emballages de produits d'hygiène d'élevage laitier, avec 549 tonnes de bidons récoltés sur les 1 300 générés annuellement ;

– des Fifu, ficelles et filets usagés (notamment les filets balle ronde) ; la collecte a été lancée il y a un an, en avril 2013, avec 2 245 tonnes récupérées en six mois et des perspectives de développement.

<p>(1) Agriculteurs, distributeurs, industriels pour la valorisation des déchets agricoles.</p> <p>(2) Source : site de la filière papier, http://www.lepapier.fr/chiffres_recyclage.htm consulté le 1er avril et qui ne donne pas de chiffres plus récents que 2010.</p>

1 - Outre-mer, le dossier avance

Dans les cinq départements d'outre-mer, le travail avance pour organiser un système de gestion durable des déchets agricoles : produits non utilisables, emballages plastiques (phytos et autres) et films plastiques.

Le diagnostic est fait et « la partie recommandations-scénarios est en cours de rédaction pour chacune des trois grandes catégories de déchets », explique Pierre de Lépinau, directeur général d'Adivalor.

RÉSUMÉ

CONTEXTE - Adivalor, filière française de récupération, traitement et valorisation des déchets de l'agrofourniture, fondée pour gérer les EVPP et PPNU, se développe hors du secteur phytopharmaceutique mais aussi en son sein.

RÉALISATIONS - Concernant les EVPP, la collecte des bidons plastique fait le plein et leur recyclage progresse fortement. La collecte des cartons et sacs papier progresse (chiffres dans l'article). Les stocks historiques de PPNU sont résorbés et on collecte ceux générés au fil des saisons.

Depuis 2013, la collecte de sacs de semences s'ajoute à celle des big bags (engrais, semences, plants). Les collectes de déchets de procédés de traitement des effluents phytos concernent Héliosec et Osmofilm, plus désormais BF Bulles. Concernant les ÉPI usagés, le dossier avance.

MOTS-CLÉS - Bonnes pratiques phytosanitaires, Adivalor Agriculteurs, distributeurs, industriels pour la valorisation des déchets agricoles, déchets, EVPP (emballages vides de produits phytopharmaceutiques), PPNU (produits phytopharmaceutiques inutilisables), reliquats de traitement des effluents phytos, BF Bulles, Osmofilm, Héliosec, ÉPI (équipements de protection individuelle), collecte, valorisation énergétique, recyclage.

POUR EN SAVOIR PLUS

AUTEUR : *M. DECOIN, Phytoma.

CONTACT : m.decoin@gfa.fr

LIENS UTILES : www.adivalor.fr http://extranet.adivalor.fr/

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