DOSSIER - Pomme de terre

Tour du monde des maladies et ravageurs de la pomme de terre

SERGE DUVAUCHELLE, membre de l'EAPR et du comité de rédaction de Phytoma. - Phytoma - n°700 - janvier 2017 - page 18

L'Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre (European Association for Potato Research) a réuni, du 7 au 11 août, en Écosse, de nombreux acteurs de la recherche épidémiologique. Aperçu.
Maladie des chips zébrées. En Nouvelle-Zélande : 1. Dégâts en parcelles.  A. Pitman

Maladie des chips zébrées. En Nouvelle-Zélande : 1. Dégâts en parcelles. A. Pitman

Maladie des chips zébrées. En Nouvelle-Zélande : 2. Symptômes sur tubercules.  A. Pitman

Maladie des chips zébrées. En Nouvelle-Zélande : 2. Symptômes sur tubercules. A. Pitman

Maladie des chips zébrées. Aux États-Unis (Columbia Basin, État de Washington) : 3. Symptômes sur feuillage. C. H. Wohleb

Maladie des chips zébrées. Aux États-Unis (Columbia Basin, État de Washington) : 3. Symptômes sur feuillage. C. H. Wohleb

Maladie des chips zébrées. Aux États-Unis (Columbia Basin, État de Washington) : 4. Symptômes sur tubercule. C. H. Wohleb

Maladie des chips zébrées. Aux États-Unis (Columbia Basin, État de Washington) : 4. Symptômes sur tubercule. C. H. Wohleb

 5. Dégâts d'Epitrix sp. sur tubercule de pomme de terre. C. Chatot

5. Dégâts d'Epitrix sp. sur tubercule de pomme de terre. C. Chatot

6. Adulte (situé à la jonction de deux feuilles) et dégâts.  C. Chatot

6. Adulte (situé à la jonction de deux feuilles) et dégâts. C. Chatot

7. Epitrix adulte. C. Chatot

7. Epitrix adulte. C. Chatot

8. Tuta absoluta adulte. Les larves de cette mineuse s'attaquent à la pomme de terre.  VIsser

8. Tuta absoluta adulte. Les larves de cette mineuse s'attaquent à la pomme de terre. VIsser

9. Symptômes sur feuilles en Afrique du Sud. VIsser

9. Symptômes sur feuilles en Afrique du Sud. VIsser

10. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules. Fredon Corse

10. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules. Fredon Corse

11. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules.  Fredon Corse

11. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules. Fredon Corse

12. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules.  Fredon Corse

12. Dégâts de Tuta absoluta sur tubercules. Fredon Corse

La rencontre de la section maladies et insectes (Pathology and Pests Section Meeting) de l'EAPR s'est déroulée du 7 au 11 août dernier, à Dundee, en Écosse. L'occasion de faire un tour du monde phytosanitaire.

Cinq continents représentés

85 délégués et dix invités

Organisée par Ian Toth et son équipe du James Hutton Institute (Invergowrie Dundee), cette conférence internationale a réuni 85 délégués et dix invités. Tous les continents étaient représentés, avec une forte présence de chercheurs chinois.

Quarante présentations orales et vingt posters ont fait l'objet de discussions. Le 11 août, la manifestation « Potatoes in practices 2016 » était consacrée à la visite de stands de fournisseurs, de chercheurs, de démonstrations de variétés, de matériels...

La présence de chercheurs de plusieurs continents a offert un aperçu des problèmes principaux et des craintes de chacun.

L'Europe vue par le Royaume-Uni

Cinq points pour la protection

Nicola Spence, chef de la santé des plantes du Royaume-Uni, a présenté la réponse de ce pays sur les questions européennes et internationales de santé des plantes et a évoqué des initiatives coordonnées sur le sujet en Europe. Elle a décrit les bases du plan de protection des plantes en cinq points :

- prévoir par le relevé systématique des risques nouveaux et émergents en Europe et dans le monde à travers diverses publications, notamment celles de l'OEPP, ce qui permet de compléter le registre des risques importants concernant toutes les cultures et forêts (voir Figure 1) ;

- prévenir par des inspections ciblées à la frontière pour intercepter les organismes à haut risque et par des restrictions sur l'importation des végétaux et des produits à haut risque ;

- protéger par une surveillance nationale à l'aide de nombreuses méthodes (piégeage, prélèvements, déterminations...) et éradication des organismes prioritaires ;

- préparer le futur en améliorant des solutions par des recherches : génétique, modèles ;

- établir un partenariat avec les collectivités et les entreprises pour le partage de l'information et des responsabilités.

Elle a insisté sur la coopération et coordination entre pays pour la recherche phytosanitaire : Euphresco, projet financé par l'Union européenne, a été lancé en 2006 et élargi en 2014, notamment aux États-Unis et au Canada ; 32 pays sont engagés dans 60 projets de recherche.

Organismes de quarantaine

Il a été question des organismes de quarantaine importants sur la pomme de terre (au Royaume-Uni mais aussi en Europe). Elle a d'abord cité les organismes entrés au Royaume-Uni qui font l'objet de suivi et éradication : doryphore Leptinotarsa decemlineata (le Royaume-Uni est une zone protégée), pourriture annulaire Clavibacter michiganensis subsp. sepedonicus, et pourriture brune Ralstonia solanacearum.

Elle a évoqué la maladie des chips zébrées (« zebra chips ») due à la bactérie Candidatus Liberibacter solanacearum et son vecteur le psylle de la pomme de terre (Bactericera cockerelli). Les piqûres des nymphes de l'insecte sur les plantes provoquent des symptômes de jaunisse, mais c'est la bactérie qui cause les plus gros dégâts, le « zébrage » intérieur du tubercule (voir photos 1 à 4).

La bactérie et le vecteur sont présents sur le continent américain (États-Unis, Canada, nord du Mexique) et en Nouvelle-Zélande. Les importations de ces zones sont prohibées. Plusieurs présentations portant sur ce problème, il sera détaillé dans l'article suivant (p. 22 à 26).

De même, l'importation depuis les Canaries et les pays d'Amérique du Sud est prohibée à cause de la teigne guatémaltèque de la pomme de terre ou teigne du Guatemala, Tecia solanivora. Comme le ravageur est présent en Espagne, les importations sont contrôlées.

Par ailleurs, un contrôle sévère à l'importation est mis en place pour éviter l'introduction des altises américaines Epitrix spp., notamment E. similaris et E. cucumeris détectées au Portugal et en Espagne. Le risque est l'introduction de larves et adultes dans les tubercules de pommes de terre de consommation, primeurs notamment. Sont contrôlés tous les lots non lavés et 50 % des lots lavés. Sur 185 lots inspectés au Royaume-Uni en 2015, neuf ont été interceptés avec des larves mortes.

Revue des espèces d'altises

Donnons quelques informations sur les altises américaines : il existe d'autres altises de la pomme de terre, Epitrix subcrinita et Epitrix tuberis. Chez les deux espèces détectées en Europe, les adultes sont présents au niveau du feuillage et les larves au niveau du système racinaire. La ponte a lieu dans le sol à proximité du collet des plantes. Les larves provoquent des dégâts au niveau des tubercules (voir photo 5), sous forme d'un réseau sinueux de cicatrices et de galeries, et parfois de trous profonds.

Les dégâts provoqués par Epitrix cucumeris s'expriment au niveau du feuillage par de nombreux petits trous de 1 à 1,5 mm en lui donnant un aspect de dentelle (photo 6). De plus, des adultes (photo 7) peuvent se retrouver durant le stockage. Le plus gros risque de dissémination se fait par la terre adhérente aux tubercules et aux matériels agricoles.

Les teignes, des chenilles foreuses

Signalée au Guatemala pour la première fois en 1973, la teigne du Guatemala Tecia solanivora s'est ensuite répandue dans toute l'Amérique centrale. Cet insecte a gagné l'Amérique du Sud à partir de 1983 et a été signalé dans les îles Canaries en 2001.

C'est un petit papillon dont la chenille attaque les tubercules, aussi bien en culture qu'en stockage.

Les chenilles creusent des galeries superficielles et profondes qui rendent les tubercules inconsommables et ouvrent la voie à différentes maladies cryptogamiques, entraînant le pourrissement rapide des tubercules. Dans les régions infectées, les pertes vont de 50 à 100 %.

L'Amérique vue depuis les États-Unis

Revue des maladies à virus

Amy Charkowski, de l'université de Wisconsin-Madison, a présenté un aperçu des évolutions des maladies aux États-Unis et au Canada. Évoquant le système de certification des plants, il a mis l'accent sur les virus PVY, notamment les nouvelles souches PVY o et PVY N o.

Les virus à vecteurs telluriques (c'est-à-dire vivant dans le sol) font l'objet d'une grande attention : virus du rattle du tabac (TRV) transmis par des nématodes libres du sol, Trichodorus et Paratrichodorus, virus de la fasciation de la pomme de terre Moptop (PMTV) transmis par un champignon du sol, Spongospora subterranea, lui-même par ailleurs responsable de la gale poudreuse sur les tubercules...

Autres bioagresseurs

Ont aussi été évoqués les bactéries (Ralstonia solanacearum race 3 Bv2, Dickeya spp., notamment D. dianticola) et les nématodes à kystes : Globodera rostochiensis découvert en 1941 et G. pallida découvert en 2006 et contre lequel il n'existe pas à ce jour de variétés résistantes. Par ailleurs, la galle verruqueuse, Synchytrium endobiotichum, organisme de quarantaine, détecté localement dans l'île du Prince-Édouard (Canada), fait l'objet d'éradication.

L'Afrique vue depuis l'Afrique du Sud

Production africaine

Jacquie van der Waals, de l'université de Pretoria, a intitulé sa présentation « Production de pommes de terre en Afrique du Sud : tribulations et succès ». Elle évoque dans un premier temps la production dans toute l'Afrique. Dans 45 % des pays où l'agriculture de subsistance domine, les rendements sont de l'ordre de 10 t/ha ; en Afrique du Nord, les rendements sont de l'ordre de 30/35 t.

Production en Afrique du Sud

Deux types de production sont présents sur les 53 000 ha en Afrique du Sud : productions de subsistance (2 000 producteurs) et commerciales (600 producteurs).

En cultures de subsistance, les faibles rendements sont dus à l'absence de plant de qualité, peu d'irrigation, un manque de formation et pas de stratégie efficace de lutte contre les ennemis de la culture.

En productions « intensives », les rendements atteignent 44 t/ha grâce à des méthodes culturales modernes, des rotations de trois ans, l'utilisation de semences certifiées, l'irrigation (90 % des parcelles) et un bon encadrement technique.

Les dégâts de Tuta absoluta

J. van der Waals a évoqué ensuite les problèmes parasitaires, à commencer par la mineuse sud-américaine de la tomate Tuta absoluta. Ce lépidoptère ravageur (voir photo 8) est présent surtout dans le nord de l'Afrique (zone d'exportation vers l'Europe) et dans l'Afrique de l'Est, mais c'est aussi une crainte importante pour l'Afrique du Sud.

Cette mineuse, qui sévit depuis de nombreuses années en Amérique du Sud, est connue aussi en Europe. Elle a été détectée pour la première fois en 2006 en Espagne puis a contaminé de nombreux autres pays du Bassin méditerranéen. Elle a été détectée en France à partir de 2008, d'abord en Corse puis dans le Sud-Est.

L'hôte principal de T. absoluta est la culture de la tomate mais cet insecte peut s'attaquer aussi à la pomme de terre, à l'aubergine et aux adventices solanacées comme celles du genre Datura ou encore la morelle noire (Solanum nigrum).

Sur feuille, il ne faut pas confondre les dégâts avec ceux de mouches agromyzidés (mines folaires) : les mines de T. absoluta sont plus larges (photo 9). Sur pomme de terre, la chenille provoque des nécroses sur tubercules (photos 10, 11 et 12).

Climat et maladies fongiques en Afrique du Sud

Une enquête auprès des agriculteurs sud-africains a été conduite de 2008 à 2012 sur leur perception de la fréquence et de la sévérité des pathogènes.

Le principal problème évoqué est celui des dégâts physiologiques dus à des à-coups climatiques extrêmes(notamment la sécheresse) avec parfois des tubercules déformés. Ainsi, le principal ennemi de la pomme de terre en Afrique du Sud est son climat parfois très « tranché ».

En revanche, ce climat n'est pas favorable au mildiou (Phytophthora infestans uniquement souches A1) qui, de ce fait, se contrôle facilement. L'alternaria avec un climat favorable est plus difficile à maîtriser.

Côté Alternaria, A. solani se contrôle facilement avec les fongicides. Cependant, la lutte est plus difficile contre A. alternata, pathogène en augmentation du fait de la mutation G143A qui réduit sa sensibilité au QoI, mais aussi, le plus souvent, des traitements trop tardifs.

La gale argentée Helminthosporium solani est importante ; le rhizoctone Rhizoctonia solani, lui, est en augmentation. Quant à la gale verruqueuse Synchytrium endobioticum, elle est en progression constante ces dix dernières années : la prolifération des cellules provoque des tumeurs sur tubercules, stolons et parties souterraines des tiges. Les tumeurs ne se forment jamais sur les racines, à la différence de la gale poudreuse ou des nématodes à galle.

Côté bactéries et virus

Ralstonia solanacearum, qui posait de très graves problèmes, est en très forte réduction après la mise en place d'un service de certification des plants en 1995.

Concernant les virus, PVY O, PVY N, PVY NTN, PVY N-Wilga ne sont pas très importants. En revanche, le virus de l'enroulement( PLRV) pose quelques soucis mais la détection dans le plant par méthode qRt-PCR améliore la situation.

La jambe noire et les pourritures molles sont importantes, Pectobacterium carotovorum subsp. brasiliensis en est la principale cause.

Une teigne

Bioagresseur majeur, la teigne de la pomme de terre (Phthorimaea operculella) est un lépidoptère qui attaque le feuillage, mais les plus graves dégâts se font sur tubercules en fin de saison. Les chenilles de premier stade pénètrent sous la peau des tubercules en provoquant de petits tunnels, les larves plus âgées forment des galeries plus profondes où peuvent se développer des pourritures.

L'Océanie vue par la Nouvelle-Zélande

Importance du compactage du sol

Andrew Pitman, de Nouvelle-Zélande (The New Zealand Institute for Plant & Food Research), a présenté les contraintes de production dues aux ennemis à travers une étude de terrain en 2012 et 2013 : en cultures intensives le rendement est de l'ordre de 50 t, mais le potentiel serait bien supérieur ! Le but est d'identifier les facteurs responsables « de l'écart de rendement ».

Le compactage du sol est un facteur important, mais également les pathogènes du sol, notamment le rhizoctone et les gales sur racines causées par la gale poudreuse Spongospora subterranea. Un obstacle de taille est arrivé récemment : la maladie de chips zébrées.

L'Asie vue par la Chine

Un quart de la production mondiale

La Chine est le premier producteur mondial avec 96 millions de tonnes produites, soit un quart de la production mondiale sur 5 millions d'hectares mais avec un rendement moyen de 17 t/ha. L'objectif sur dix ans est de doubler la production.

Xie Conghua, de l'université agricole de Huazhong, en Chine, a présenté la priorité des travaux de son université : l'introduction via le croisement avec diverses espèces de solanum des résistances au mildiou, aux virus, notamment PVY (gène Rychc, provenant de la variété japonaise Konafubuki, Ny-1), à la pourriture brune Ralstonia solanacearum (à partir notamment de S. morelliforme) et la résistance au froid.

Améliorer la qualité des plants pour augmenter les rendements

Anna Dutton, de Syngenta, a exposé un plan de développement visant la durabilité et la productivité de la production. Il est basé sur un bon état sanitaire des tubercules, notamment pour le plant, mais aussi une protection des parcelles de consommation. Un élément très important est la protection des plants contre les virus par piégeage et la lutte contre les vecteurs, et les analyses des virus dans les tubercules.

Greg Forbes, du CIP Chine, à Kuming, a insisté sur la santé des plants dans les pays à faible revenu. Dans de nombreux pays, plus de 90 % des plants ne sont pas certifiés, les gros problèmes sanitaires sont les virus qui provoquent de la dégénérescence et les bactéries, notamment Ralstonia solanacearum. Une amélioration de la santé des plants est capitale pour augmenter les rendements. Greg Forbes a cité un cas de sélection au champ des meilleures plantes pour faire le plant : il s'agit d'une hausse de rendement de l'ordre de 29 %.

Fig. 1 : Risques d'introduction d'ennemis nouveaux et dangereux pour les cultures au Royaume-Uni

Schéma présenté par Nicola Spence, représentant les facteurs de risques phytosanitaires directs (hors concurrence des adventices), toutes cultures confondues.

RÉSUMÉ

CONTEXTE - Du 7 au 11 août, la section maladies et insectes de l'EAPR, avec des participants des cinq continents, a présenté les maladies et ravageurs de la pomme de terre dans le monde.

TOUR DU MONDE - L'article les évoque successivement :

- l'Europe, avec les organismes de quarantaine (doryphore, bactéries Clavibacter michiganensis subsp. sepedonicus et Ralstonia solanacearum, chips zébrées, teigne du Guatemala Tecia solanivora, altises du genre Epitrix) ;

- l'Amérique, avec les maladies à virus (transmises par des pucerons ou des vecteurs telluriques), les bactéries R. solanacearum et celles du genre Dickeya, les nématodes du genre Globodera ;

- l'Afrique, avec R. solanacearum, des virus et les ravageurs Tuta absoluta et Phthorimaea opercula ;

- l'Océanie, avec le rhizoctone et la gale poudreuse ;

- l'Asie, avec R. solanacearum...

MOTS-CLÉS - pomme de terre, bioagresseurs, maladies, ravageurs, EAPR (European Association for Potato Research).

POUR EN SAVOIR PLUS

CONTACT : duvauchelleserge@gmail.com

LIEN UTILE : www.eapr.net

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