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ProWein boude la France

La vigne - n°131 - avril 2002 - page 0

Lors du salon ProWein, à Düsseldorf, les Allemands, comme ici Garibaldi, ont multiplié les animations pour capter l'attention des visiteurs. Ils ont réussi à les détourner des stands français.

'L'an dernier, c'était la ruée. Cette année, c'est super calme ', regrettait un Bourguignon, au deuxième jour du salon ProWein, à Düsseldorf (Allemagne). La plupart des autres Français partageaient son sentiment. Ils l'ont fait remarquer à l'organisateur, mais ce dernier annonce une fréquentation en hausse, avec 25 480 visiteurs en trois jours (du 24 au 26 mars), contre 24 080 en 2001. Le nombre d'exposants a lui aussi progressé, passant de 2 700 à 2 850, dont un tiers d'Allemands. Ces chiffres à l'appui, ProWein se vante d'être le plus grand salon international du monde. A Düsseldorf, un visiteur n'a que l'embarras du choix des provenances.
Pour éviter qu'il s'égare, les Allemands ont multiplié les animations. Le 25 mars au matin, la Hesse rhénane présentait les vins rouges de ses ' jeunes vignerons qui montent '. Un animateur décrivait la propriété, le parcours et les méthodes de travail du producteur. Puis il invitait l'assistance à déguster son vin et à s'émerveiller de sa puissance ou de sa finesse, caractères qu'il y a quelques années, on ne soupçonnait pas les terroirs de la région d'exprimer. Chez Garibaldi, un Munichois importateur de vins italiens, on vous tendait l'un de ces immenses verres ballon qu'affectionnent les amateurs anglo-saxons et les snobs. Pourtant, Paula Bausch, la conférencière, sommelière d'un prestigieux restaurant de Munich et auteur d'un livre intitulé Le Plaisir du vin , expliquait qu'il fallait s'y adonner en toute simplicité. Elle encourageait son auditoire à s'en référer uniquement à son palais pour juger le cru qu'on venait de lui servir, puis elle le décrivait, lui trouvant tout de même une multitude de subtilités aromatiques qu'on était bien en peine de percevoir.

Un peu plus loin, une autre voix s'attachait à capter votre attention. Un peintre présentait ses toiles sur le stand de la coopérative Les quatre saisons de Bad Dürkheim, la meilleure d'Europe selon l'un de ses adhérents. L'artiste avait peint les émotions que lui avaient procurées trois des vins de cette cave. C'était abstrait et fumeux, mais cela permettait d'illustrer un commentaire de dégustation très élaboré et d'élever les vins au rang d'oeuvre d'art. Pas de micro chez GEV (Osnabrück) : contrairement à ses concurrents, cet acheteur en gros avait misé sur les producteurs pour attirer et retenir ses clients. Son stand était occupé par trois grandes tables garnies de bouteilles, autour desquelles se pressaient des cavistes et des détaillants. Le 25 mars vers 11 heures, des caves de Franconie étaient venues leur présenter le sylvaner, cépage qui excelle dans leur région. Elles avaient une heure pour les convaincre. Puis elles devaient céder la place à une autre région.
Etait-ce le succès de toutes ces animations, toujours est-il que les stands allemands ne désemplissaient pas. Les Italiens en avaient eux aussi organisé quelques-unes. Leurs allées étaient bien remplies. Ce brouhaha et cette affluence donnaient une allure de foire à leurs halls. Les halls français avaient, en revanche, des allures de salon feutré où l'on s'ennuyait un peu. Les exposants avançaient que l'Allemagne était prise du même engouement pour les vins du Nouveau Monde que l'Angleterre, il y a deux ans.

Par ailleurs, le marché du vin y souffrirait du ralentissement économique. Les importateurs locaux seraient de plus en plus nombreux, ce qui enlève de l'intérêt à une présence directe des producteurs. Enfin, ProWein n'autoriserait aucune improvisation. Les exposants qui n'ont pas minutieusement préparé leur déplacement en invitant leurs clients ne draineraient aucune visite. ' Si personne ne vient vous voir, c'est que vous n'êtes pas connu. A vous de vous faire connaître ', tranchait un Bordelais, tout en suggérant de le faire avant de se rendre à ProWein.
A ces raisons, nous en ajouterons une autre : les stands allemands et italiens sont bien plus accueillants que les français. Beaucoup sont entièrement ouverts et parsemés de petits bars, de tables et de chaises. On s'accoude ou on s'attable, et on déguste. L'entrée n'est pas barrée par un comptoir derrière lequel se trouve l'exposant et devant lequel se tient le visiteur. Les stands collectifs allemands ne sont pas une succession d'échoppes dans lesquelles on n'entre pas, ou alors seulement au compte-goutte. C'est une succession de lieux de rencontre. Pas étonnant que les gens s'y retrouvent !

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