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GUIDE PHYTOS - DÉSHERBAGE

Herbicides Le choix se réduit

La vigne - n°201602 - février 2016 - page 68

Pour des questions de toxicité, plusieurs matières actives ont été ou vont être retirées prochainement du marché. D'autres sont soumises à des restrictions d'utilisation. Le point sur les solutions qui restent disponibles.
MALGRÉ LES RESTRICTIONS, des solutions restent disponibles. © GUTNER

MALGRÉ LES RESTRICTIONS, des solutions restent disponibles. © GUTNER

Désormais, il va falloir gérer son désherbage sans faire appel à plusieurs produits très utilisés jusqu'ici. Ainsi, l'aminotriazole, suspectée d'être un perturbateur endocrinien, a vu son AMM (autorisation de mise sur le marché) retirée fin 2015, sans délai de distribution ni d'usage. Or, d'après Nufarm, elle était appliquée sur 50 000 à 60 000 ha.

Le Surflan (oryzalin) a, lui aussi, tiré sa révérence. Les distributeurs ne peuvent plus le commercialiser depuis fin novembre 2015. Mais les viticulteurs ont jusqu'au 30 novembre 2016 pour l'utiliser. Goal 2E, tout comme Émir et Sheik vont également disparaître du marché. Les distributeurs ont jusqu'au 30 mai 2016 pour écouler leurs derniers stocks et les viticulteurs jusqu'au 30 mai 2017 pour les appliquer.

Quant à la flumioxazine, elle reste sur la sellette, pénalisée par son classement toxicologique et sa mention H360 D (peut nuire au foetus). Toutefois, son inscription européenne, qui arrivait à échéance le 31 décembre 2015, a été prolongée jusqu'au 30 juin 2016. Les viticulteurs pourront donc encore l'utiliser cette année.

Le glyphosate est, lui aussi, contesté. Mais les experts ne sont pas unanimes à son sujet. En mars 2015, une agence de l'Organisation mondiale de la Santé l'a classé « cancérigène probable chez l'homme ». Quelques mois plus tard, l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeait que ce risque était « improbable ». L'autorisation de mise sur le marché communautaire de la molécule sera-t-elle prolongée ? La Commission européenne a reporté sa décision à fin juin 2016.

Le glufosinate (Basta F1) et la pendiméthaline (Prowl 400) sont également dans le viseur de la Commission européenne, qui considère que ces molécules sont « à substituer » dans les années à venir en raison de leur toxicité.

Résultat : une quinzaine d'herbicides ont disparu du marché ces dernières années. Il y a bien de nouvelles homologations, mais elles s'accompagnent le plus souvent d'une restriction d'usage, ces produits étant limités uniquement aux applications sous le rang. Des solutions restent disponibles.

EN PRÉ-LEVÉE

Le flazasulfuron

Cette molécule anti-graminée et anti-dicotylédone pénètre dans les adventices par voie racinaire mais aussi foliaire. Sa rémanence est estimée entre quatre et six mois par la chambre d'agriculture de l'Aude. Utilisable uniquement sur le rang et dans des vignes âgées de plus de 4 ans, le flazasulfuron est limité à une seule application annuelle. Son emploi est déconseillé sur les sols calcaires et peu profonds. Il est recommandé d'éviter les embruns et de protéger les complants.

Produit : Katana

Spectre : Efficace sur amarante, carotte, chénopode, érigéron et géranium (en l'absence de morelle). Peu ou pas efficace sur laiteron, morelle, véronique. La résistance du séneçon au flazasulfuron a été confirmée en 2015 (voir encadré ci-contre).

Stratégies conseillées : Le Katana peut être appliqué à la sortie de l'hiver associé, si nécessaire, à du glyphosate pour détruire la flore présente. Il peut aussi être utilisé au printemps, après l'application d'un herbicide foliaire et un épamprage, à la dose de 150 g/ha.

La chambre d'agriculture du Loir-et-Cher conseille de l'employer avant le débourrement ou fin mai, en bandes. Celle du Tarn préconise de l'appliquer en mars ou avril. Katana peut aussi succéder, en mai, à un traitement avec de la pendiméthaline (Prowl) effectué avant le stade B (bourgeon dans le coton), indique la chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire.

La flumioxamine

Cette matière active ne peut être utilisée qu'avant le débourrement, sur des vignes de plus de 4 ans, et qu'une seule fois par an. Du fait de sa mention H360 D, elle ne peut pas être mélangée à d'autres matières actives. La flumioxazine ne doit pas être appliquée dans les vignes dont les bourgeons fructifères sont situés à moins de 40 cm du sol, pour limiter les risques d'éclaboussures de l'herbicide sur les jeunes organes en cas de pluie violente. Dans les vignes ayant des coursons de rajeunissement, il faut la programmer, au plus tard, trois semaines avant le débourrement. L'application est à réaliser en l'absence de vent. Avant le traitement, la flore présente peut être détruite avec un herbicide foliaire systémique.

Produits : Pledge, Rami

Spectre : Graminées (ivraie raide, sétaire, pâturin annuel, panic pied-de-coq...) et dicotylédones (amarante, chénopode, épilobe, géranium, mercuriale, morelle). Peu efficace sur érigéron, liseron, rumex crépu. Faible sur les graminées d'été, selon la chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire.

Stratégies conseillées : La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire conseille de l'appliquer jusqu'au gonflement du bourgeon. Celle du Loir-et-Cher préconise de broyer les sarments avant le traitement. Pour celle du Tarn, le Pledge présente l'avantage d'une longue persistance d'action. Elle recommande d'appliquer la bouillie rapidement pour éviter le risque d'hydrolyse de la flumioxazine.

L'isoxaben

Cet herbicide permet de contrôler les levées échelonnées des adventices, en particulier les dicotylédones. Il est absorbé essentiellement par les radicelles des plantules. Sa durée estimée d'action est de 2 à 5 mois. Il résiste au lessivage et est utilisable une fois par an sur les vignes installées, jeunes plants et en pépinières. L'isoxaben peut être associé avec plusieurs herbicides foliaires.

Produit : Cent 7

Spectre : Efficace sur coquelicot, matricaire, mercuriale, véronique. Peu efficace sur carotte, érigéron, géranium, laiteron, pâturin, renouée des oiseaux, séneçon. Pas d'action sur les adventices pluriannuelles, les vivaces et les ligneuses ainsi que sur les adventices déjà germées.

Stratégies conseillées : Le fabricant recommande une application entre janvier et fin avril-mai sur un sol humide, sans grosses mottes. Sur les vignes installées, Cent 7 peut être associé à un herbicide de post-levée afin de détruire la flore présente. La chambre d'agriculture du Loir-et-Cher préconise de l'appliquer dès la plantation, avant le stade bourgeon dans le coton. Une pluie est impérative avant ou après l'application, souligne la chambre d'agriculture du Tarn. Sur jeunes vignes, en deuxième année, la chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire conseille Cent 7 de mars à avril, avec Kerb Flo (propyzamide).

L'oxyfluorfène

Utilisable une fois par an sur des vignes installées, l'oxyfluorfène a une persistance d'action de 3 à 4 mois d'après les estimations. Il ne peut être utilisé qu'en prédébourrement (au moins un mois avant), sur des vignes de plus de 3 ans dont les bourgeons sont situés à au moins 40 cm du sol.

À cause de son classement, l'oxyfluorfène ne peut pas être appliqué en mélange.

Produit : Goal 2E

Spectre : Efficace sur amarante, chénopode, épilobe, morelle, véronique. Peu efficace sur paturin, séneçon, érigéron et chondrille selon la chambre d'agriculture de l'Aude.

Stratégies conseillées : La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire conseille de le positionner en sortie d'hiver, sur un sol dépourvu de sarments, et d'appliquer ensuite du Katana ou du Surflan jusqu'à fin mai.

La propyzamide

Cette matière active agit par voie racinaire sur les graminées hivernales (plantes levées et graines en germination). Elle est applicable de novembre à janvier, pour un effet de dépérissement des graminées au printemps. La propyzamide peut être appliquée sur des jeunes vignes et des complants. Son action est plus rapide sur un sol humide.

Produits : Kerb Flo, Propyce,

Redoutable...

Spectre : Efficace sur brome, fétuque, folle avoine, pâturin, ray-grass, vulpin, coquelicots, stellaires, véronique.

Stratégies conseillées : En cas de présence de graminées hivernales et de dicotylédones, Kerb Flo doit s'utiliser avec un herbicide foliaire.

La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire le conseille en association avec le Cent 7 en deuxième année de plantation. La chambre d'agriculture du Loir-et-Cher le préconise uniquement sur les graminées.

Propyzamide et oxyfluorfène

Cette association agit sur de nombreuses graminées annuelles et dicotylédones. Elle s'applique avant le débourrement, sur des vignes âgées de plus de 2 ans et dont les bourgeons sont situés à plus de 40 cm du sol.

Produits : Émir, Sheik

Spectre : Efficace sur pâturin, panic pied-de-coq, ray-grass, fumeterre, gaillet, carotte, morelle, véronique, laiteron. Peu efficace sur liseron, rumex et pissenlit, d'après la chambre d'agriculture de Languedoc-Roussillon.

Stratégies conseillées : Ces produits sont compatibles avec des herbicides foliaires et possèdent eux-mêmes, selon leur fabricant, une efficacité foliaire additionnelle sur les annuelles et les vivaces.

La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire les préconise en association avec le Katana ou avant une application de celui-ci.

Le pénoxsulame

Cette matière active permet de contrôler de nombreuses dicotylédones avec une persistance d'action estimée à 2 mois. Elle est utilisable une fois par an sur des vignes de plus de 2 ans.

Produit : Boa

Spectre : Efficace sur amarante, chénopode, morelle, séneçon, mercuriale, pourpier, renouée. Peu efficace sur panic, érigéron, séneçon, selon la chambre d'agriculture du Languedoc-Roussillon.

Stratégies conseillées : Ce produit s'applique avant le stade boutons floraux agglomérés, en l'absence de pampres, en association avec des herbicides de contact ou antigerminatifs.

La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire conseille d'employer cette matière active sur des vignes âgées de 4 ans et plus en association avec une autre prélevée à dose réduite comme Katana, par exemple.

La pendiméthaline

Cette molécule est efficace contre les graminées et les dicotylédones. Elle ne peut s'appliquer qu'une fois par an, uniquement sur le rang, en pré-débourrement sur des vignes de plus de 4 ans. Le sol doit être humide.

Produits : Prowl 400, Baroud SC

Spectre : Efficace sur digitaire, sétaire, pâturin, lamier pourpre, mouron des oiseaux, renouée et véronique. Peu efficace sur érigéron, liseron, ray-grass, séneçon, épilobe, géranium et carotte.

Stratégies conseillées : En présence d'adventices levées au moment du traitement, la pendiméthaline peut être appliquée en association avec un herbicide foliaire. La chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire la préconise avant le stade bourgeon dans le coton, suivi de l'application du produit Katana en mai, pour une bonne complémentarité d'action dans le temps.

EN POST-LEVÉE

Pyraflufen-éthyl et glyphosate

Cette association permet d'allier l'action rapide du pyraflufen-éthyl au « travail de fond » du glyphosate. Elle agit par contact et par systémie foliaire. Cette association est utilisable deux fois par an sur les adventices annuelles et bisannuelles et une fois par an sur les vivaces. Elle s'applique sur les vignes de plus de deux ans, par temps sec et calme. Évitez tout contact avec les parties vertes de la plante et attendez 10 à 15 jours après un épamprage, un rognage, un relevage ou un attachage avant de l'appliquer.

Produits : Guild, Vertical

Spectre : Menthe, pâturin, renoncule, chardon, chénopode, liseron, morelle, séneçon, panic. Peu efficace sur géranium, prêle.

Stratégies conseillées : Cette association peut être appliquée seule ou avec un herbicide de pré-levée, en stratégie mixte, séquentielle (produit foliaire et prélevée en double-application) ou tout foliaire. La chambre d'agriculture du Maine-et-Loire la recommande en cas de repousse d'herbe en cours de campagne, à une dose de 4 à 8 l/ha.

Le glufosinate d'ammonium

Cette molécule à absorption foliaire présente un large spectre d'efficacité sur graminées et dicotylédones. Elle permet d'effectuer en un seul passage le désherbage, uniquement sur le rang, et l'épamprage de la vigne. Son délai avant récolte de 14 jours rend possible son utilisation tardive pour préparer le passage de la machine à vendanger. Du fait de son classement, elle ne peut pas être mélangée à un autre produit. Les jeunes plants doivent être protégés.

Produit : Basta F1

Spectre : Efficace sur folle avoine, vulpin, pâturin, brome, panic, sétaire, digitaire, ray-grass, mouron laiteron, séneçon, chénopode, épilobe, géranium, véronique, pissenlit, renouée, amarante, liseron, chiendent.

Stratégies conseillées : Le fabricant de Basta préconise une dose de 3 l/ha sur les annuelles et bisannuelles à un stade jeune, de 4 à 5 l/ha sur les annuelles et bisannuelles développées, de 5 l/ha sur ray-grass, ortie, brome stérile et vivaces. Du fait de son effet rapide, la chambre d'agriculture du Maine-et-Loire le préconise en cas de repousse d'herbe importante en cours de campagne. Toutefois, des buses anti-dérive et des caches sont nécessaires.

Le glyphosate

Cette matière active foliaire systémique reste efficace sur de nombreuses dicotylédones et sur les graminées, excepté sur le ray-grass et l'érigéron où les cas de résistances sont en progression.

Le glyphosate s'emploie à des doses différentes selon les espèces. Celles-ci sont limitées à 1 440 g de matière active par hectare et par an pour les graminées annuelles, à 2 160 g pour les dicotylédones annuelles et bisannuelles, enfin, à 2 880 g pour les vivaces par taches.

Cette matière active doit être utilisée en respectant les bonnes pratiques d'application - à savoir le stade d'intervention, les réglages et les mélanges -, et en alternance avec des herbicides présentant un mode d'action différent.

Pour une efficacité optimale, il faut appliquer le glyphosate sur des adventices poussantes (avant le tallage pour le ray-grass), lorsque l'hygrométrie est supérieure à 60 % et la température entre 15 et 25 °C. Le traitement ne doit pas être suivi d'une pluie.

Produits : nombreux

Spectre : Efficace sur graminées et dicotylédones. Peu efficace sur vivaces, géranium et carotte, selon la chambre d'agriculture du Languedoc-Roussillon.

Stratégies conseillées : La chambre d'agriculture du Languedoc-Roussillon préconise de l'employer avec un volume de bouillie de 120 à 150 l/ha. La chambre d'agriculture du Maine-et-Loire le conseille, elle, en cas de repousse de l'herbe en cours de campagne, avec un volume de bouillie de 100 à 200 l/ha, en utilisant des buses anti-dérive et des caches.

QUOI DE NEUF ? UNE HAUSSE DES RÉSISTANCES

- Début 2015, la résistance du séneçon au flazasulfuron (Katana) a été confirmée.

- Fin 2015, une autre résistance a été mise en évidence, celle du ray-grass à la cycloxydime (Stratos), au fluazifop-p-butyl (Fusilade max) et au quizalofop-éthyl (Pilot). « Il s'agit d'une résistance croisée avec ces antigraminées spécifiques, explique Thierry Favier, responsable agronomique pour la vigne à la CAPL (Coopérative agricole Provence-Languedoc). On peut remplacer l'usage d'un de ces produits par une application entre novembre et janvier de Kerb Flo (propyzamide) ou de Legurame PM (carbétamide), qui donnent de bons résultats mais cela remet en cause le respect des cahiers des charges qui proscrivent l'utilisation d'herbicides l'hiver. »

- Les viticulteurs doivent aussi gérer la résistance, plus ancienne, du ray-grass et de l'érigéron au glyphosate. Pour le ray-grass, on peut y remédier en pré-levée avec de la flumioxazine (Pledge) ou du flazasulfuron (Katana). « Pour l'érigéron, nous préconisons une application de flazasulfuron sous le rang », indique Thierry Favier.

Épamprage chimique : à raisonner en fonction du cépage

L'épamprage permet de protéger la vigne des contaminations primaires de mildiou et de la phytotoxicité des désherbants systémiques appliqués sous le rang. « Les herbicides autorisés pour cet usage agissent uniquement par contact et dans la limite de leur spectre d'action, souvent incomplet, indique la chambre d'agriculture du Languedoc-Roussillon. Cette pratique est justifiée sur le plan technico-économique pour les cépages à fort potentiel de rejets (merlot, viognier, chardonnay et cinsault) dans les zones très vigoureuses. » En revanche, l'épamprage présente moins d'intérêt sur le grenache et la syrah. L'application d'un produit d'épamprage doit s'effectuer, avant la floraison, sur des pampres de 30 à 40 cm de long. Les produits homologués sont à base de glufosinate d'ammonium, de diquat, de carfentrazone-éthyl et de pyraflufen-éthyl. À noter l'arrivée du Beloukha (voir encadré ci-dessous) à base d'acide pélargonique, un produit d'origine naturelle.

QUOI DE NEUF ? L'ARRIVÉE DE BELOUKHA

- Le premier désherbant de biocontrôle a fait son entrée sur le marché : Beloukha, de la société Jade. À base d'acide pélargonique, ce produit de contact post-levée provoque le dessèchement des herbes dans les deux à trois heures qui suivent son application. Sa persistance d'action est estimée à trois semaines, voire plus. Il est non classé et rentre dans la catégorie Nodu Vert et IFT Vert du ministère de l'Agriculture.

- Belchim Crop Protection a aussi lancé deux nouveaux herbicides. Chikara Duo associe le flazasulfuron et le glyphosate, pour un effet pré et post-levée des adventices, pendant quatre mois, indique le fabricant. Katana Duo, qui allie aussi le glyphosate et le flazalsulfuron (à dose plus élevée), promet, lui, une persistance de six mois. Ces deux produits ne sont utilisables que sous le rang et une seule fois par an.

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