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VENDRE - Observatoire des marchés

Exportations 2016 Cognac sort grand gagnant

CHRISTELLE STEF - La vigne - n°295 - mars 2017 - page 60

En 2016, la valeur des exportations françaises de vins et spiritueux enregistre un nouveau record avec un chiffre d'affaires de 11,9 milliards d'euros. Cette croissance est portée par les spiritueux, notammentle cognac.

Les exportations de vins et spiritueux en 2016 ont atteint 11,9 milliards d'euros. C'est l'équivalent de 118 Airbus. « C'est un nouveau record, même si l'augmentation en valeur n'est que de 1,2 % par rapport à 2015 et que les volumes expédiés [188 millions de caisses de 12 bouteilles, NDLR] sont globalement stables », commente Christophe Navarre, le président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) et PDG de Moët Hennessy. Avec un excédent commercial de 10,5 milliards d'euros, les vins et spiritueux confortent ainsi leur deuxième place sur la balance commerciale française, derrière l'aéronautique mais devant les parfums et les cosmétiques.

Les facteurs qui encouragent cette dynamique ? Un taux de change euro/dollar favorable aux exportations françaises et une forte progression des marchés américains (+ 8 % en valeur) et chinois (+13 % en valeur). Ces deux pays représentent à eux seuls plus de 40 % de la valeur des exportations de vins et de spiritueux et près de 30 % des volumes. Les États-Unis sont ainsi le premier marché et la Chine le troisième, derrière le Royaume-Uni.

La croissance en valeur est portée par celle des spiritueux (+5,2 %). Ceux-ci représentent désormais un tiers du montant total des exportations (3,9 milliards d'euros). Un record historique.

Cognac, qui contribue à 70 % de cette valeur, a réalisé d'excellentes performances. La région a expédié 14,8 millions de caisses de 12 bouteilles en 2016 : (+ 5,5 %) pour un chiffre d'affaires de 2,8 milliards d'euros (+6,5 %). C'est la grande gagnante de l'année 2016. Au point qu'elle repasse devant la Champagne pour la valeur de ses exportations.

À l'inverse, le chiffre d'affaires des vins (7,9 milliards d'euros) est en léger retrait (0,8 %). Celui des vins tranquilles se maintient à 5 milliards d'euros. Mais celui des effervescents baisse de 2,5 % en valeur, entraîné par le recul du champagne. En cause : la livre sterling qui a « dévissé et qui a pénalisé nos exportations au Royaume-Uni », explique Christophe Navarre. Or, l'Angleterre est le premier marché d'exportation en volume pour le Champagne, selon le Comité Champagne.

La Provence, grâce à ses rosés, continue sa progression fulgurante en volume (+23 %) et en valeur (+28 %). Le Val de Loire progresse également. « On enregistre une forte progression en volume et en valeur en Amérique du Nord, toutes appellations et tous vins confondus. En Europe, on note une reprise des volumes exportés au Royaume-Uni. Aujourd'hui, notre offre à l'étranger est plus importante avec la présence de Savennières, de Chinon et des crus de Touraine... Ces appellations tirent la valorisation vers le haut », rapporte Claire Duchêne, directrice de la communication d'InterLoire.

La Bourgogne tire aussi son épingle du jeu avec une augmentation de 4,4 % en valeur et de 0,8 % en volume. « Nous avons fait passer la hausse des cours mais certains clients commencent à tiquer. Nous avons conscience que nos prix sont élevés mais nous restons confiants », rapporte Louis-Fabrice Latour, le PDG de la maison Louis Latour. Il est toutefois un peu déçu des performances de sa région aux États-Unis : +3 % seulement, ce qui est bien inférieur à la moyenne de la profession. En revanche, la Bourgogne a réalisé de bonnes performances en Angleterre : + 10 % alors que l'ensemble des exportations françaises de vins vers ce pays a baissé de 10 %. « Il y a eu beaucoup d'achats de précaution car le millésime 2014 en blanc est d'excellente qualité. Sur ce marché, on s'attend à une année 2017 compliquée », tempère Louis-Fabrice Latour.

De son côté, le Beaujolais se maintient. Si, en volume, les exportations accusent un recul de 1 %, en valeur elles augmentent de 1,7 %. Pour Louis-Fabrice Latour, c'est de bon augure « même si les chiffres sont encore bas ».

Pour le Bordelais, « les chiffres sont un peu contrastés », explique Philippe Castéja, le PDG du négoce Borie-Manoux. La région a réalisé de belles performances en Chine, à Hong Kong. Mais les exportations vers le Japon ont reculé avec une baisse plus forte en volume qu'en valeur. « Toutefois, nous avons accompli de belles performances par le passé. Il faut donc relativiser les choses », note Philippe Castéja.

La région est également satisfaite de ses résultats aux États-Unis. « La croissance se voit. C'est le premier marché consommateur de vin », explique le négociant.

En revanche, les marchés européens ralentissent. « En Belgique, nous ne sommes pas contents de nos performances », avoue-t-il. Les marchés anglais et allemands sont également complexes. Les entrées de gamme en souffrent.

Mais ce qui inquiète les exportateurs, c'est la nouvelle baisse des volumes de vins expédiés (-1,8 %). « C'est lié aux faibles récoltes qui ne permettent pas de répondre à la demande ainsi qu'à la hausse des prix », a détaillé Christophe Navarre. Cela pénalise la compétitivité des vins français sur certains marchés, comme l'Allemagne qui est un marché de prix.

Ce repli risque fort de se poursuivre. En effet, le millésime 2016 est de nouveau déficitaire, avec toutefois des disparités selon les régions. « Il y a une belle récolte en rouge à Bordeaux. C'est de bon augure », indique Christophe Navarre. Mais, en moyenne, la récolte 2016 reste faible. « Elle met en évidence la fragilité de l'outil de production. Cela pénalise nos capacités à exporter durablement et solidement. Dans le même temps, nos concurrents fournissent les marchés. Il faut un changement. Il faut développer nos capacités de production », assène Christophe Navarre. Regagner du terrain, tel est son maître mot.

Cet objectif est d'autant plus crucial que la consommation de vin en France ne cesse de baisser. « Elle est passée de 20 l par habitant par an dans les années 1960 à 7 l aujourd'hui. Celle des spiritueux est restée stable. Il faut continuer à exporter. C'est un relais indispensable pour nos entreprises », insiste-t-il.

La conquête de nouveaux marchés passe par la signature d'accords bilatéraux de libre-échange. C'est ce que vient de faire l'Union européenne avec le Vietnam et le Japon. Pour les exportateurs, il faut en signer d'autres, notamment avec la Chine. « Le Chili et l' Australie ont signé un accord avec la Chine. Leurs vins n'y sont pas taxés alors que la France paie des droits de douane importants. C'est un handicap compétitif pour nos entreprises », insiste Christophe Navarre.

Les opérateurs restent toutefois confiants pour 2017. « Nous avons la chance de commercialiser des millésimes de qualité. Avec le 2015 et le 2016, on a de beaux outils de conquête pour développer l'export », se réjouit Christophe Navarre.

L'arrivée de Donald Trump à la tête des États-Unis pourra-t-elle changer la donne ? Les opérateurs ne sont pas inquiets. « Ne spéculons pas. Aujourd'hui, nous n'avons pas de signaux concernant la mise en place de nouvelles taxes. Les Américains aiment nos produits. Si l'entrée de nos vins et spiritueux était freinée, je ne suis pas sûr qu'ils apprécieraient. »

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