Sur le métier

Frédéric Piérotin veille à la qualité sanitaire des semences

PAR CHANTAL URVOY - Phytoma - n°716 - septembre 2018 - page 52

Responsable de la station de semences de la coopérative Cerena, dans l'Aisne, Frédéric Piérotin garde toujours un oeil sur les aspects « adventices » et « grains malades », que ce soit en parcelles de multiplication ou à la station lors des opérations de nettoyage. Au moment du traitement des semences, il doit également prendre en compte le risque maladies et ravageurs à venir pour protéger au mieux la future culture.
 Photo : C. Urvoy

Photo : C. Urvoy

Basé à Chevresis-Monceau (Aisne), Frédéric Piérotin gère la station de semences de la coopérative Cerena depuis quatre ans, après avoir été chef de silo. Également responsable du laboratoire d'analyse de la station, il est habilité à contrôler les surfaces en multiplication. La zone d'activité de la coopérative se situe principalement dans l'Aisne, les Ardennes, le Nord et la Somme, avec 1 400 adhérents et une collecte de 650 000 t en moyenne. Elle produit une grande partie de ses besoins en semences de blé et d'orge d'hiver et de printemps : au total, 600 ha de multiplication (dont 490 ha de blé) pour 4 000 t de semences dont plus de 80 % pour les semis d'automne. Pour compléter, elle achète 300 t de semences de blé à préparer et 100 t de semences de variétés particulières déjà conditionnées. « Nous souhaitons être autonomes au maximum », explique Frédéric Piérotin.

Au champ, zéro folle-avoine

Autre objectif : fournir des semences les plus pures possible, c'est-à-dire notamment sans graines d'adventices ni grains malades pour éviter la dissémination dans la culture à venir. Tout commence au champ avant la récolte. « Nous vérifions la pureté variétale, le bon isolement de la parcelle, mais également l'absence d'adventices, notamment la folle-avoine. » Tolérance zéro pour cette dernière : en cas de présence, la parcelle est écartée d'office ! Frédéric Piérotin scrute également les épis à la recherche de sclérotes d'ergot. « S'il y en a quelques-uns, le lot sera signalé pour bien veiller à les éliminer ultérieurement. »

En station, nettoyage en plusieurs étapes

En pleine saison, la station fait travailler douze personnes dont neuf saisonniers. Après la récolte commencent plusieurs étapes de nettoyage. Tout d'abord, le nettoyeur-séparateur trie, à l'aide d'une grille, les semences selon le volume, le poids, l'épaisseur et la largeur. « L'objectif est d'éliminer les grains cassés, fusariés, les petits grains, les pailles, les poussières... » Les semences passent ensuite dans le trieur alvéolaire qui, en classant les graines d'après leur forme, supprime celles qui n'ont pas encore été éliminées vu leur diamètre identique à celui de la semence, mais qui ont une forme différente.

Pister les sclérotes

La table densimétrique entre alors en scène. Elle sépare par vibration et flux d'air les grains de forme et de dimension voisine de la semence mais de poids spécifique légèrement différent. « Cela permet d'affiner le travail déjà réalisé, notamment pour enlever les gros grains fusariés, plus légers que la semence. »

Depuis 2013, la station est équipée d'un trieur optique. À l'aide de caméras, cet appareil termine le travail en éliminant les impuretés selon la couleur et la forme. Les grains cassés, décolorés (car malades ou échaudés) et les sclérotes d'ergot sont ainsi supprimés efficacement. « Le trieur optique est utilisé seulement si on observe la présence de sclérotes, précise le responsable de station. Chez Cerena, nous visons l'absence totale même si le SOC(1) tolère trois sclérotes pour 500 g. »

Protéger la semence

Une fois les grains bien nettoyés, intervient la protection phytosanitaire. « Nous proposons trois traitements : Vibrance Gold, Attack-Vibrance Gold et Latitude-Redigo(2). » Vibrance Gold et Redigo protègent la graine contre un complexe de maladies : carie, charbons, fusariose, rhizoctone, septoriose, helminthosporiose. Latitude est un traitement spécifique antipiétin échaudage et Attack protège des ravageurs souterrains (taupins, mouche grise, zabre...).

« Après une betterave, le risque "mouches" étant accru sur céréales, on conseille le mélange Attack-Vibrance plutôt que Vibrance seul. En cas de blé sur blé, le risque piétin est plus important, donc il faut s'orienter vers Lattitude-Redigo. »

Depuis 2014, la pesée du traitement de semences est automatisée, de même que l'injection du produit, et le circuit entièrement fermé.

« Les opérateurs ne sont plus en contact avec les produits. »

Les semences sont traitées par lot de 30 t. Le mélange semences/traitement est réalisé en dix secondes dans des bacs de 25 kg. Puis les semences sont conditionnées.

Qualité contrôlée

Des contrôles qualité interviennent tout au long de la chaîne de production. Le laboratoire de la station étant agréé par le SOC depuis 2015, Frédéric Piérotin effectue ses propres analyses, environ 350 par an. Un premier prélèvement est réalisé à la livraison. « Il permet d'observer l'aspect du lot, notamment la présence de sclérotes d'ergot pour ensuite intensifier le nettoyage, si besoin. »

Un deuxième échantillon est prélevé automatiquement sur les lots nettoyés pour mesurer le PMG(3). Un troisième a lieu sur les semences traitées pour vérifier la pureté variétale, le taux de germination et réaliser le dénombrement (comptage des grains autres que l'espèce souhaitée). « Il permet notamment de vérifier l'absence de sclérotes d'ergot et de graines d'adventices. »

Les premières commandes pour les semis d'automne arrivent mi-août. Frédéric Piérotin lance alors les livraisons. L'activité s'intensifie jusque fin septembre. L'orge de printemps est quant à elle triée en novembre et préparée de fin novembre à février, voire jusqu'en mars.

(1) Service officiel de contrôle et de certification du Gnis.(2) Vibrance Gold associe le difénoconazole, le fludioxonil et le sédaxane. Attack est un des seconds noms commerciaux de Force 20 CS, à base de téfluthrine. La substance active de Latitude est le silthiofam, celle de Redigo le prothioconazole. (3) Poids de mille grains.

BIO EXPRESSFRÉDÉRIC PIÉROTIN

1998. BTS ACSE à Rethel (Ardennes).

1999. Agent de collecte chez Alpha 2 à Vervins (Aisne).

2001. Agent de collecte chez Cohesis à Clermont-les-Fermes (Aisne).

2006. Responsable de silo chez Cerena, à Saint-Gobert (Aisne).

2014. Responsable de station de semences chez Cerena, à Chevresis-Monceau (Aisne).

2015. Formation de responsable laboratoire et de technicien agréé cultures.

Depuis 2015. Gère également le laboratoire de la station de semences et contrôle les contrats de multiplication au champ.

L'essentiel de l'offre

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