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Sur le métier

Jérôme Mestrude, au coeur de la conception des pulvérisateurs

PAR CHANTAL URVOY - Phytoma - n°693 - avril 2016 - page 56

Chef produit chez Tecnoma, Jérôme Mestrude orchestre le développement de nouveaux pulvérisateurs. Une mission qui demande des qualités de synthèse pour tenir compte des besoins des utilisateurs, des concessionnaires, des commerciaux et du service après-vente, mais également des qualités d'équilibriste afin de trouver le juste milieu : ni innovation trop en avance, ni milieu de gamme sur un marché trop encombré.
 Photo : C. Urvoy

Photo : C. Urvoy

De formation génie mécanique et production, Jérôme Mestrude entre en 2000 chez Tecnoma, à Épernay (Marne), un des spécialistes de la pulvérisation agricole en France. Tecnoma fait partie du groupe Exel, leader mondial de la pulvérisation agricole avec d'autres marques comme Berthoud, Hardi, Evrard... Chef produit depuis 2007, Jérôme Mestrude se retrouve au coeur de la conception des nouveaux pulvérisateurs en lien avec le bureau d'étude.

Veille stratégique

Tout commence par une synthèse des informations en provenance de différentes sources : la veille réalisée sur les salons et les colloques (normes, tendances...), les remarques des clients remontées via les commerciaux et le SAV de l'entreprise, et les observations de ses collègues.

« Nous pouvons également lancer des enquêtes pour sonder ce qu'attendent les concessionnaires et les agriculteurs dans cinq, dix, quinze ans, et quel saut technologique ils sont prêts à faire..., explique notre chef produit. Le développement d'un matériel doit tenir compte des besoins des agriculteurs mais également correspondre à une demande des concessions. »

Tendances du marché

Cette synthèse est ensuite confrontée aux orientations du marché.

« Aujourd'hui, nous cumulons tout ce que nous avons eu de façon successive ces quinze dernières années. Cela a commencé par les bonnes pratiques de pulvérisation avec en arrière plan la sécurité des opérateurs et du voisinage, la protection de l'environnement et de la culture. Puis ont suivi l'aspect "productivité des chantiers" et enfin la pulvérisation de précision. »

En matière de sécurité des opérateurs, l'exposition aux produits est aujourd'hui au centre des préoccupations. Pour faire avancer la réflexion, Jérôme Mestrude travaille avec l'Irstea(1), l'IFV(2), le CIVC(3) et Arvalis.

« N'ayant pas les moyens de réaliser des mesures de contamination des opérateurs, nous pouvons confier nos pulvérisateurs existants ou en phase de conception à l'Irstea pour tester cet aspect. »

Quatrième axe de progrès : la qualité de la pulvérisation. Les buses actuellement utilisées sont-elles encore pertinentes ? Comment faire pour que l'application satisfasse à la fois à l'augmentation des débits de chantier, à la sécurité de l'environnement et à celle de l'applicateur ? Et bien sûr, pour que le changement soit acceptable par l'utilisateur, il ne faut pas oublier des critères habituels comme l'ergonomie, la facilité d'utilisation et le coût.

Cahier des charges et étude de faisabilité

En ayant tout cela à l'esprit, Jérôme Mestrude rédige un cahier des charges qui puisse, d'une part, satisfaire tous les acteurs et, d'autre part, permettre de sortir le produit dans un délai respectable (deux à quatre ans) et conduire à un succès commercial. Le SAV, les commerciaux, voire la direction, participent également à la rédaction.

« L'oeil de la direction est important pour mesurer l'ambition du cahier des charges, explique Jérôme Mestrude. Il nous faut en effet trouver un juste milieu entre l'innovation qui va concerner seulement les agriculteurs leaders et un matériel "coeur de gamme" avec lequel on va toucher tout le monde mais se retrouver en concurrence avec d'autres fabricants. »

Le cahier des charges est ensuite soumis au bureau d'études pour étudier la faisabilité des éléments nouveaux.

« En effet, dans un nouveau produit, il y a seulement 10 à 20 % de réelles nouveautés. »

L'étude de faisabilité peut, dans certains cas, réduire les rêves du chef produit, mais elle évite de perdre deux ans de recherche sur quelque chose qui n'est pas réalisable.

Revues de projet

Dès que les premières pistes émergent du bureau d'études, des revues de projet ont lieu avec son responsable et la direction.

« Cela permet, si besoin, de corriger le tir au fur et à mesure, surtout pour les projets étalés sur trois à quatre ans. Sur cette durée, le marché peut évoluer, de même que la réglementation. Nous validons également les choix de design et les technologies proposées par le bureau d'études en fonction de ce que nos clients sont en mesure d'accepter. »

Quand le projet est bien avancé, les prototypes sont testés sur le terrain.

« À ce stade, nous pouvons impliquer des concessionnaires et des agriculteurs pour tester le prototype d'une innovation adapté sur un pulvérisateur existant, par exemple. » Lorsque le prototype est validé dans son ensemble (design, ergonomie, nouvelle technologie...), il passe à la phase d'industrialisation. La mission de conception de Jérôme Mestrude, en collaboration avec le bureau d'étude, est alors terminée. Une fois le produit sorti de l'usine, il reprendra la main pour le lancement commercial en collaboration avec les équipes commerciales et le réseau de vente.

Travail en commun

Comment notre chef produit voit l'avenir avec notamment Écophyto 2 ? « Les producteurs auront toujours besoin de pulvérisateurs pour appliquer les produits standards, de biocontrôle ou encore les biostimulants. Par contre, nous allons devoir adapter nos appareils à ces nouveaux produits. »

Quant aux relations avec les firmes phytosanitaires, Jérôme Mestrude regrette qu'il n'y ait pas plus de travaux en communs.

« Pourtant, l'avenir ne peut pas être vu sans l'association de tous les acteurs liés à la pulvérisation. Il y a là une étape importante à franchir. »

(1) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture. (2) Institut français de la vigne et du vin. (3) Comité interprofessionnel du vin de Champagne.

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BIO EXPRESS

JÉRÔME MESTRUDE

1997. Ingénieur Ensais en génie mécanique et production à Strasbourg (Bas-Rhin).

1998. Chef d'atelier chez un concessionnaire agricole à Bétheniville (Marne).

2000. Responsable Service après-vente France chez Tecnoma à Épernay (Marne).

2003. Responsable SAV France et Export, et de la formation technique.

2007. Chef produit en charge du marketing et de la communication.

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