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VIGNE

L'Isobus débarque en viticulture

Clara de Nadaillac - La vigne - n°230 - avril 2011 - page 50

Le système Isobus conquiert de plus en plus d'appareils viticoles : les dernières machines à vendanger de Grégoire et de New Holland, les enjambeurs STP de Tecnoma et les tracteurs de Same en sont équipés. Le point sur cette technologie.
DES 2012, SAME DEVRAIT PROPOSER L'ISOBUS sur ses tracteurs Frutteto. Le constructeur a travaillé avec l'entreprise Tecnovict qui a développé une effeuilleuse compatible Isobus. Cette machine règle le taux d'effeuillage selon la vigueur grâce à un GPS et à une carte de la vigueur de la vigne, embarquée sur le tracteur. © C. DE NADAILLAC

DES 2012, SAME DEVRAIT PROPOSER L'ISOBUS sur ses tracteurs Frutteto. Le constructeur a travaillé avec l'entreprise Tecnovict qui a développé une effeuilleuse compatible Isobus. Cette machine règle le taux d'effeuillage selon la vigueur grâce à un GPS et à une carte de la vigueur de la vigne, embarquée sur le tracteur. © C. DE NADAILLAC

L'Isobus est un protocole de communication entre un tracteur et ses outils très employés en grandes cultures, qui commence à faire son apparition en viticulture.

Qu'est-ce que ce système ?

Concrètement, il s'agit d'un système de transfert de données, répondant à la norme Iso 11783. Il repose sur un câble multiplexé nommé Bus can, reliant une unité de contrôle située dans le tracteur, à une autre présente sur l'outil. Le câble permet aux boîtiers de contrôle de communiquer. L'utilisateur pilote tous les outils depuis un seul terminal installé dans la cabine du tracteur. Il est la représentation virtuelle de l'outil.

Comment l'utilise-t-on ?

On raccorde le câble de l'outil à la prise à neuf broches Iso du tracteur. Le tracteur reconnaît alors instantanément l'outil, dont les caractéristiques apparaissent sur le terminal. A titre d'exemple, sur les machines à vendanger 9000 de New Holland, lorsque l'on connecte une cellule de pulvérisation Berthoud, la pression de pulvérisation, la hauteur de travail ou encore le niveau de remplissage des cuves apparaissent sur le moniteur. Le viticulteur peut ainsi piloter et programmer ses outils, directement de sa cabine. Mais attention, seuls les matériels compatibles avec le système Isobus du tracteur peuvent être détectés.

Quels constructeurs le proposent ?

A l'heure actuelle, quatre constructeurs viticoles ont équipé leurs engins d'un système Isobus : New Holland sur ses machines à vendanger 9000, Grégoire sur ses porteurs G, Tecnoma sur ses enjambeurs STP et dernier arrivé, Same, exposait un tracteur fruitier équipé d'Isobus lors du salon parisien Sima, en février.

Sur les dernières machines à vendanger Grégoire (G6, G7, G8), on peut installer les matériels du constructeur charentais. Sur les New Holland, les pulvérisateurs Berthoud et les outils Provitis peuvent être montés. Les enjambeurs STP de Tecnoma reconnaissent les pulvérisateurs de la même marque. Et chez Same, c'est l'effeuilleuse Tecnovict qui peut être installée.

Pourquoi ont-ils opté pour cette technologie ?

L'Isobus a de nombreux atouts, outre le fait de faire communiquer le tracteur avec l'outil. Tout d'abord, il simplifie les faisceaux électriques de la machine elle-même. Les risques de pannes sont ainsi diminués. De plus, la maintenance est simplifiée, « puisque la machine détecte elle-même les défaillances », analyse Alexandre Colmart de chez New Holland.

Par ailleurs, « tout comme dans l'automobile, le Bus can permet de développer des systèmes dont le fonctionnement est basé sur un programme informatique », explique Jérôme Mestrude, de chez Tecnoma. Régime moteur, débit hydraulique, etc. sont automatiquement ajustés en fonction de la tache accomplie par la machine. Par exemple, sur les vendangeuses G7 et G8 de Grégoire, dès que le viticulteur arrête la tête de récolte en sortie de rang, le régime moteur chute à un niveau prédéfini par le chauffeur. Ce type d'automatisme occasionne en outre une économie de carburant. On peut également mémoriser les réglages de l'outil sur le terminal.

Parallèlement à cela, le moniteur Isobus dispose d'un emplacement pour lire une carte mémoire SD. Par ce biais, les constructeurs peuvent faire des mises à jour du programme informatique de l'engin.

Autre atout, et non des moindres, le pilotage est plus agréable pour l'utilisateur : tout se fait via le moniteur Isobus tactile et convivial. Plus besoin d'un joystick différent pour chaque matériel. L'espace dans la cabine est optimisé.

Quelles applications ouvrent l'Isobus ?

L'Isobus conduit à une viticulture de précision. Toujours grâce au lecteur de carte SD du moniteur, le viticulteur peut entrer une cartographie de sa parcelle, avec différentes zones de vigueur. Couplé à un GPS, ce système permet de moduler tous les travaux en fonction des zones de maturité des parcelles et d'enregistrer en temps réel les opérations effectuées sur le terrain. Cela permet donc à la fois une meilleure qualité de travail et une traçabilité parfaite. On n'en est encore qu'aux prémices.

Same a par exemple travaillé avec l'entreprise italienne Tecnovict pour développer un effeuillage en fonction de la vigueur végétative, « afin de reproduire le travail manuel », précise Gérard Charrier de chez Same. Le viticulteur définit trois niveaux de vigueur sur sa carte. Si le tracteur se trouve sur une zone très végétative, le calculateur de l'effeuilleuse agit sur le moteur hydraulique pour obtenir un flux d'air plus fort, afin d'effectuer un effeuillage plus conséquent. Le rouleau de l'effeuilleuse renvoie un feedback confirmant au tracteur sa vitesse de rotation.

Ce type d'application sera certainement décliné sur de nombreux outils, comme les écimeuses ou les épandeurs. Mais la plus prometteuse reste de loin la régulation des doses de bouillie en fonction de la vigueur. Rendez-vous dans quelques années !

Le Point de vue de

Pierre Tavallo, viticulteur au Gaec Tavallo et entrepreneur de travaux agricoles à Narbonne (Aude)

« 30 % d'économie de fuel »

Pierre Tavallo, viticulteur au Gaec Tavallo et entrepreneur de travaux agricoles à Narbonne (Aude)

Pierre Tavallo, viticulteur au Gaec Tavallo et entrepreneur de travaux agricoles à Narbonne (Aude)

« Avec mon frère, nous nous sommes équipés de deux machines à vendanger 9060L de chez New Holland pour les vendanges dernières. Nous avons récolté 320 ha avec. Le Bus can a de nombreux avantages.

Tout d'abord, il joue sur la consommation. La machine s'autorégule en fonction des taches demandées. Elle n'est jamais en surrégime. Grâce à cela, nous avons diminué notre consommation de fuel d'environ 30 % par rapport à nos anciennes machines, des VL 620. Par ailleurs, ce système électronique procure un confort de conduite puisqu'au fur et à mesure que l'on enclenche des organes, le moteur s'adapte. A titre d'exemple, il n'y a plus besoin d'accélérer pour vider une benne en fin de rang. La machine le fait toute seule.

Un autre atout est la régularité des réglages.

Si l'on décide de secouer à 450 coups/minute, cela reste à 450. Sur les anciens modèles, cela fluctuait entre 420, 430, 460, etc. C'est un petit plus, mais qui améliore encore la qualité de récolte.

Autre avantage, le faisceau électrique est simplifié, ce qui fait que nous n'avons eu aucune panne électronique. Or, sur les VL nous avions eu de petits problèmes. En revanche, je n'ai pas utilisé la machine en polyvalence et ne vais pas le faire. Je ne sais donc pas comment fonctionne la connection avec un outil. »

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