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De nouveaux produits assez rémanents

La vigne - n°109 - avril 2000 - page 0

Le fludioxonil, le cyprodinil, l'azoxystrobine et le tébufénozide laissent des résidus dans les raisins, mais aussi dans les vins. Cependant, les résultats restent en deçà des LMR dans les raisins, et à la limite du seuil de détection dans les vins pour le fludioxonil et le cyprodinil.

Les objectifs de sécurité alimentaire et de qualité sanitaire des denrées ont incité le ministère de l'Agriculture et de la Pêche à mettre en oeuvre des mesures de vigilance autour de l'utilisation des produits phytosanitaires. De nombreux plans de surveillance des résidus ont été mis en place dans les filières de production. L'enquête sur les résidus dans le raisin et le vin est l'une des plus anciennes. Initiée en 1990, elle se poursuit à ce jour.
Au cours des années 90-98, 820 échantillons de raisins ont été prélevés dans treize régions viticoles, dont quatre sont à l'origine de plus de 70% des prélèvements: Bourgogne, Champagne-Ardennes, Aquitaine et Rhône-Alpes. 739 échantillons de vins ont fait l'objet d'analyses. 38 molécules ont été étudiées, correspondant à 47 substances actives. 1 585 analyses de résidus ont été réalisées sur des raisins et 795 analyses sur des vins. Sur les raisins, seuls 9 résultats sont supérieurs aux LMR (limites maximales de résidus), la conformité réglementaire est donc de 99,5%! Les substances actives impliquées dans ces dépassements sont le dinocap, l'oxadixyl, le fénoxycarbe et les dithiocarbamates. Depuis la synthèse de 1996 (voir La Vigne n° 74), aucune autre substance active testée ne s'est trouvée en dépassement de LMR.
7 nouvelles molécules ont été testées en 1998: 4 fongicides (fludioxonil, cyprodinil, bénalaxyl et azoxystrobine), 2 insecticides (lufénuron et tébufénozide) et 1 métabolite commun aux dicarboximides, le 3,5 DCA (dichloroaniline). Pour le fludioxonil et le tébufénozide, cette campagne complète les résultats déjà acquis.

Le fludioxonil est un antibotrytis appliqué à 500 g/ha avec Géoxe, ou 300 g dans Switch. Il est assez rémanent: il se retrouve régulièrement dans le raisin à des teneurs faibles, inférieures à 0,5 mg/kg (sa LMR). Il est présent dans 70% des échantillons pour la dose pleine (500 g/ha) et dans 57% pour la dose réduite (250 à 300 g). Cependant, quelle que soit la dose, pour les applications à plus de 80 jours, les teneurs sont inférieures à 0,1 mg/kg (son délai avant récolte, DAR, est de 60 jours). Sur le vin, quelle que soit sa couleur, le niveau de résidus est voisin de 0,02 mg/l, proche de la limite de quantification. Le pourcentage de détection est toutefois bien supérieur après application de la dose pleine (32% sur rouges et 49% sur blancs), comparativement à la dose réduite (respectivement 8% et 0%).
Le DAR du cyprodinil est identique à celui du fludioxonil. Sa LMR est de 1 mg/kg. Cette substance active, associée au fludioxonil dans Switch, est apportée à des doses allant de 375 à 450 g/ha. Elle est détectée dans la moitié des échantillons de raisins à des teneurs comprises entre 0,05 et 0,10 mg/kg. Dans les vins, le cyprodinil est présent dans 20% des échantillons à des teneurs proches de la limite de quantification (0,02 mg/l). Le taux de transfert raisin/vin n'a pu être qu'approché (10%) compte-tenu du faible nombre d'échantillons.
La LMR du bénalaxyl sur raisin est de 0,2 mg/kg. Cet antimildiou est appliqué dans des associations à la dose de 100 g ou de 125 g/ha pour les échantillons étudiés. Lors de traitements réalisés entre 120 et 70 jours avant les vendanges, le bénalaxyl n'est pas détecté sur raisin, à une exception près. Il n'a pas non plus été détecté sur le seul échantillon de vin étudié (la matière active n'est recherchée dans le vin que si elle a été détectée dans le raisin).
L'azoxystrobine est une strobilurine appliquée à la dose de 250 g/ha avec Quadris, ou de 187 g/ha avec Quadris Duo. Elle est détectée dans 70% des échantillons de raisins, avec une teneur moyenne de 0,06 mg/kg et une valeur maximale de 0,29 mg/kg, pour une LMR fixée à 2 mg/kg. Les teneurs observées sont bien corrélées à la date du traitement. Appliquée à plus de 80 jours de la récolte, son taux de détection est de 44% et les teneurs sont toutes inférieures à 0,05 mg/kg. Pour des délais inférieurs, de 35 à 60 jours, le taux de détection est de 100%, avec des teneurs comprises entre 0,1 et 0,2 mg/kg. A noter que le DAR de cette strobilurine est de 21 jours. Dans le vin, on retrouve l'azoxystrobine dans 69% des rouges et 52% des blancs, à des teneurs inférieures à 0,1 mg/l. Le taux de transfert est de 50% dans les vins rouges et 30% dans les vins blancs.
Le lufénuron, appliqué à la dose de 50 g/ha, est détecté dans 50% des échantillons de raisins, avec une moyenne de 0,05 mg/kg (la LMR raisin est de 1 mg/kg). Il n'est jamais retrouvé dans le raisin lorsqu'il est appliqué à plus de 80 jours de la récolte (son DAR est de 21 jours). Entre 80 et 40 jours, les teneurs retrouvées oscillent entre 0,02 et 0,06 mg/kg. Dans le vin, le lufénuron n'a jamais été détecté à la limite de quantification de 0,01 mg/kg.

Le délai avant récolte du tébufénozide est de 21 jours, comme pour le lufénuron. Cet insecticide s'applique à la dose de 144 g/ha. En application précoce (130 à 110 jours avant la vendange) pour lutter contre la pyrale, il ne laisse pas de résidus détectables dans les raisins. En revanche, pour l'usage tordeuse, avec des applications entre 100 et 29 jours avant récolte, 97% des échantillons présentent des résidus de tébufénozide à des teneurs inférieures à 0,25 mg/kg, soit la moitié de la LMR. Le tébufénozide est retrouvé systématiquement dans les vins à des teneurs inférieures à 0,20 mg/l. Son taux de transfert est de 40%, quel que soit le type de vinification.
Enfin, pour compléter les résultats déjà obtenus avec les trois matières actives dicarboximides (iprodione, vinchlozoline et procymidone), des analyses ont porté sur leur métabolite commun, le 3,5 DCA (dichloroaniline). Dans le cas de parcelles traitées avec de l'iprodione, le 3,5 DCA ne se retrouve jamais dans les vins. Mais il est présent dans 80% des vins issus des parcelles traitées avec la procymidone et dans 34% des vins issus des vignes traitées avec la vinchlozoline. Les teneurs observées sont comprises entre 0,005 mg/l et 0,07 mg/l pour la procymidone. Elles présentent une moyenne de 0,03 mg/l dans le cas de la vinchlozoline.
Ces résultats permettent de dresser un bilan de plus en plus exhaustif de la situation des résidus. Parmi les nouvelles molécules citées, un certain nombre se retrouvent assez régulièrement dans le vin. La simple détection de ces molécules, même à des niveaux très faibles, souvent proches de la limite de quantification, peut toutefois engendrer des difficultés à l'exportation. C'est pourquoi la DGAL (Direction générale de l'alimentation) et la DGCCRF (répression des fraudes) ont proposé la fixation de LMR sur le vin au plan européen. Ce dossier, en cours de négociation, se fonde sur les résultats des essais de résidus présentés dans les dossiers d'homologation, et sur les nombreuses analyses réalisées dans le cadre des plans de surveillance des résidus dans le raisin et le vin. On voit là toute l'utilité de cette enquête.

(1) Draf-SRPV Aquitaine, expert national résidus de produits phytosanitaires.
(2) Fredec Aquitaine.
(3) Laboratoire du Grappa.

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